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jeudi 17 mai 2012

Fait du mois

JDE Edition Loire-Atlantique 44

PME régionales. Regain de tensions avec les grandes entreprises

ajouté le 3 février 2012  - 

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La tension monte d'un cran entre PME et grandes entreprises. «Les grands donneurs d'ordres se débrouillent toujours pour ne pas nous payer la facture dans les temps. Cela peut aller jusqu'à 90 jours», relate ainsi un chef d'entreprise ligérien.

Les relations se durcissent actuellement entre les PME régionales et leurs donneurs d'ordres. Délais de paiement à rallonge, conditions de marché plus drastiques, etc.: les grands groupes seraient-ils en train d'étrangler le tissu industriel local?

Depuis toujours, les rapports entre donneurs d'ordres et sous-traitants relèvent du dialogue de sourds. Et ces derniers mois, la tension monte d'un cran. Pourtant, une véritable omertà entoure cette question. Interrogé sur cette problématique, un industriel ligérien en vue préfère couper court: «sujet trop sensible actuellement». Explication du dirigeant d'une seconde PME nantaise: «Quand les petits sont mécontents, ce ne sont jamais les gros qui perdent à la fin. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, nous sommes dans la baston». Quelques-uns osent cependant crever l'abcès. À l'image de Jean-François Gendron, président de la CCI de Nantes Saint-Nazaire, qui dénonçait déjà en décembre dans nos colonnes «l'égoïsme» des grands groupes à l'égard des PME.

«Payé à 90 jours»
Que reprochent donc nos PME aux grandes entreprises? Les griefs sont nombreux. La question des délais de paiement arrive en pôle position pour les chefs d'entreprises qui ont tous répondu sous couvert d'anonymat. «La loi qui réduit les délais de paiement n'est jamais respectée. Les grands donneurs d'ordres se débrouillent toujours pour ne pas nous payer la facture dans les temps. Cela peur aller jusqu'à 90 jours», relate un dirigeant nazairien. Loin donc des 60 jours calendaires autorisés par la loi. «Les PME deviennent les banquiers des grandes entreprises», s'exclame même Croissance Plus. Sondage à l'appui.Selon cette association qui réunit des PME innovantes françaises, 73% des entreprises subissent un allongement des délais de paiement de leurs clients. Deuxième écueil: la nouvelle structuration de nombreux marchés-l'aéronautique notamment-, sur fond de mondialisation et de réduction du nombre de sous-traitants. «Les acheteurs préfèrent de plus en plus confier leurs activités à un groupe restreint de sous-traitants. Du jour au lendemain, nous n'avons plus été consultés par un donneur d'ordre historique sans que l'on nous donne de justification», déplore cet industriel. Et quand les régionaux sont choisis par les nouveaux Rang 1, ces nouveaux intermédiaires «prennent eux aussi leur marge. Et soyez sûr que le client final ne paiera pas plus. Du coup, ce sont les PME locales qui trinquent», ajoute un autre patron de PME.

Lourdes procédures
Troisième point d'achoppements entre petites et grandes entreprises: les conditions de marchés. Les prix seraient plus serrés tandis que les exigences des donneurs d'ordres augmenteraient. «Process de fabrication, stockage, condition de livraison, normes de sécuritéetc., les procédures s'alourdissent et on n'y comprend plus rien! Surtout que l'on nous demande sans cesse des services en plus, sans que le prix évolue en conséquence», peste ainsi un Ligérien. C'est cette culture d'achat qui «raisonne uniquement sur le prix» et «ne connaît pas la valeur du travail» que dénoncent beaucoup de PME. Enfin, les grandes entreprises qui, pour beaucoup, se sont engagées à ouvrir les portes à l'international pour les PME traîneraient des pieds. En dépit des belles promesses du Pacte PME. «Ces chartes, c'est du pipeau. C'est censé améliorer les relations. Mais ce n'est que de l'incantatoire. On ne voit rien venir», s'emporte Olivier Jeanneau, délégué général de l'UIMM régional. «En France, les relations entre PME et groupes sont mauvaises, mais à l'international, elles sont exécrables! Sur les 40 boîtes du CAC, seules 13 jouent le jeu de l'export». Et c'est Pierre Lellouche, secrétaire d'État au commerce extérieur, qui le dit!

Frustrations
Confronté à ce long cahier de doléances, le groupe ancenien Manitou joue la carte de la pédagogie: «Il existe chez nos sous-traitants un sentiment de frustration dû au fait que certains rencontrent des problèmes de trésorerie après s'être pourtant restructurés pour faire face à la crise. Notre politique d'achat doit prendre en compte cette difficulté sur le court terme mais aussi garantir le développement de la compétitivité à moyen-long terme pour préserver un tissu local fort. Elle doit permettre l'élargissement de notre panel fournisseurs pour accompagner notre croissance sur nos marchés, notamment ceux émergents», indique Laurent Gobinet, directeur des achats de Manitou. Entre les deux parties, Jean-François Gendron résume l'enjeu. Les tensions actuelles «font baisser les marges des PME, ce qui limite leurs capacités à se développer. On parle toujours des banques et des charges; il y a aussi les relations entre PME et groupes. C'est un problème national, ce n'est pas en local que l'on va régler la question de l'esprit citoyen de nos grandes entreprises», explique le Nantais qui va prochainement rencontrer Jean-Claude Volot, le médiateur de la sous-traitance, pour évoquer cette problématique. Dans le même temps, des groupes de travail se sont mis en place à la CCI de Nantes. «Ce sont des discussions informelles. Ce que je veux, c'est réussir à structurer la démarche», explique Jean-François Gendron.

Rolland versus Gendron
Cette démarche ne fait toutefois pas l'unanimité en local. Yann Rolland se détache ainsi du discours de la CCI. Pour le président du Medef 44, «les donneurs d'ordres ont l'obligation de trouver sans cesse des coûts bas. Il y a des métiers qui ne sont plus adaptés à la compétition mondiale. On est désolé pour nos chefs d'entreprises, mais...». Une analyse complétée par Éric Groud, président de la CCI du Maine-et-Loire, pour qui «il faut se bouger! Notre avenir, c'est la recherche et l'innovation». Approbation de certains chefs d'entreprise, comme Philippe Jacqmin, gérant de CIMC à Châteaubriant. «Le méchant, ce n'est pas forcément le grand groupe. Avec la crise, il y a aussi des PME qui font n'importe quoi et qui cassent les prix, quitte à prendre des marchés à perte». Une façon de rappeler que les PME ont aussi des responsabilités et toujours leur destin entre les mains.

«Les délais de paiement font crever des PME»

 PME régionales.  Regain de tensions avec les grandes entreprises

Jean-Claude Volot, médiateur de la sous-traitance
Est-ce que vous constatez une dégradation des rapports entre les donneurs d'ordres et les PME?
La situation n'est pas réjouissante, mais je ne constate pas de détérioration, mais pas forcément non plus d'amélioration.
Sur les 18 derniers mois, nous avons reçu 320 demandes de médiation et nous sommes parvenus à dégager des solutions satisfaisantes pour les deux parties dans 83% des cas. 320 demandes, ce n'est pas énorme, d'accord. Pourquoi? Soit les PME ne nous sollicitent pas parce qu'elles ne nous connaissent pas et, ça, c'est le boulot des syndicats et des organisations professionnels qui doivent informer leurs adhérents, et aujourd'hui ils ne le font pas. Soit parce que les sous-traitants ont peur de représailles. Soit parce que finalement ils râlent pour râler et qu'ils n'ont aucun élément factuel démontrant ce qu'ils avancent. Si je prends l'exemple de l'aéronautique à Nantes, je n'ai aucun dossier qui me soit remonté.
Sur quoi portent généralement ces litiges entre grands groupes et donneurs d'ordres?
Les délais de paiement
posent de plus en plus problèmes. C'est la première source de litiges. La LME (NDLR: loi de modernisation de l'économie) n'est pas respectée au quotidien par beaucoup de groupes et je souhaite que cela relève de sanctions pénales car c'est délibéré. Pas de la part de leurs présidents, mais plutôt du fait des acheteurs ou des directeurs financiers. Ça suffit, parce que ça fait crever des PME qui sortent déjà affaiblies d'une première crise.
Mais saisir la médiation de la sous-traitance, cela signifie s'exposer à des représailles commerciales pour une PME?
Mais pas du tout. Il faut arrêter avec ça.
C'est un raisonnement très français. On constate qu'après une médiation, dans 75% des cas, la relation est au contraire confortée car les deux parties ont enfin pu se parler.

  • TROIS QUESTIONS

«Nous avons renoué le dialogue»


Le programme Synapse a été mis en place par Manitou en 2010 pour aider ses sous-traitants à résister et à se diversifier en pleine crise. Quel bilan en tirez-vous et Synapse a t-il permis de réunir les deux parties?
Plus de 90 entreprises ont fait l'objet d'un contact, amenant la conduite de 81 diagnostics. 11,4millions d'euros ont été injectés dans la filière au titre du P2RI (NDLR: Prêt régional de redéploiement industriel), 34 plans Dinamic Entreprises mis en place pour leur permettre d'améliorer leur performance et 38 dispositifs Oseo de financement ou d'actions en garantie ont été mis en place. Cela a permis de renouer le dialogue entre nous.
Aujourd'hui la donne a changé. Manitou est en phase de redémarrage. Synapse va perdurer?
Oui. Depuis avril2011, nous sommes dans une phase Synapse 2 proactive, pour informer nos fournisseurs de nos perspectives. Bientôt nous passerons en phase 3 pour élargir notre panel fournisseurs et chercher des compétences. Nous souhaitons nous inscrire dans une relation long terme équilibrée avec nos sous-traitants. Pour cela nous avons signé la charte des bonnes pratiques entre donneurs d'ordres et sous-traitants. Certains diront que ce n'est qu'une charte, mais nous la considérons comme une feuille de route.

S.V. et S.J.

JDE | Édition Loire-Atlantique 44 | 3 février 2012

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