

L'Enquête
ajouté le 6 février 2009 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Investissement
Le prochain démarrage de la production de l'A350 modifie le tissu aéronautique ligérien. Alors qu'Airbus construit de nouvelles usines pour le futur avion européen, de nouveaux venus font leur apparition dans le paysage local. À Saint-Nazaire, EADS crée Aerolia (photo); Daher vient de confirmer l'implantation d'un site industriel à Bouguenais tandis que Spirit s'approche de l'estuaire de la Loire. De leurs côtés, les PME se regroupent au sein de clusters pour faire face à cette nouvelle donne.
Dossier réalisé par la rédaction
Jacques Auxiette l'affirmait à l'occasion de ses voeux, le 19janvier: «Des sociétés importantes ont décidé de développer leurs activités de recherche et de production; il s'agit de Daher à Nantes et de Spirit à Saint-Nazaire».
Daher s'installe
Depuis, le groupe Daher a confirmé la création d'une usine à Nantes ainsi que l'installation d'une équipe de R & D au sein de la plate-forme technologique Technocampus, dédiée aux matériaux composites. Niveau recherche, Daher travaillera sur la réalisation d'un caisson central de voilure en matériaux composites. Baptisé «Ecowingbox», ce projet est financé à hauteur de 3,7M€ par le conseil régional. Cette activité de recherche et développement s'accompagne d'une implantation industrielle, complétant les deux sites que l'équipementier aéronautique compte à ce jour en Loire-Atlantique (Daher Aéroforme à Saint-Hilaire de Chaléons et Manutex à Saint-Nazaire). À l'heure où nous imprimons, Daher n'avait pas encore dévoilé son projet nantais. En août dernier, les dirigeants de ce groupe de 7.000 personnes avaient déjà fait un premier déplacement à Nantes. À l'époque, ils annonçaient leur volonté de créer en 2009 une usine spécialisée dans les technologies d'injection de résine et l'automatisation de drapage. À terme, celle-ci devait employer sur 25.000m² entre 300 et 500 personnes.
Spirit négocie toujours
La venue de Daher, largement plébiscitée et accompagnée financièrement par les élus, a pourtant été à deux doigts d'être remise en cause à la fin de l'année. Dans l'entourage de Jacques Auxiette, on ne cache pas avoir eu à l'automne «une grosse peur» de voir ce projet définitivement enterré. À la venue de Daher pourrait s'ajouter celle de Spirit à Montoir de Bretagne. Joël Batteux, maire de Saint-Nazaire, confirmait début janvier l'existence de négociations avec l'équipementier américain concernant la création d'une usine de quelques dizaines de personnes. Du côté d'Airbus, on indique ainsi que le spécialiste des aérostructures est en quête de «plusieurs hectares de terrains à Montoir de Bretagne». Contacté, le groupe américain reste toutefois prudent: «Dans le cadre de l'étude du projet, Spirit a demandé des aides publiques. Puisqu'aucune décision n'a été prise à ce sujet à ce jour, toute annonce d'implantation serait prématurée. Nous n'avons pas pris la décision de construire une usine à Saint-Nazaire ou ailleurs», assure Conrad King, directeur des relations publiques et de la communication de Spirit AeroSystems Europe.
L'effet Power 8
À l'origine du renouvellement du tissu aéronautique ligérien, le prochain démarrage de la production de l'A350 sur les sites Airbus de Nantes et de Montoir de Bretagne qui se préparent à cet enjeu avec la réalisation de nouvelles usines de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrées. Dans le sillage de l'avionneur européen, les sous-traitants locaux se préparent eux aussi et s'organisent dans l'optique du futur A350. Certains d'entre eux comme Allio, Duqueine Chatal ou Espace ont ainsi décidé de se regrouper pour atteindre la taille critique attendue par Airbus dans le cadre du plan Power 8 qui prévoit davantage d'externalisation des programmes pour des sous-traitants structurés. Car le grand paradoxe de l'A350, c'est que cela sera l'avion dont la fabrication sera la plus externalisée de l'histoire d'Airbus (près de la moitié du programme sera réalisé par des partenaires), mais l'avionneur a décidé de travailler avec moins de sous-traitants en direct. Ce qui explique la nouvelle donne actuelle: de solides groupes industriels se constituent et s'installent à proximité des usines Airbus tandis que les PME ont tendance à rassembler leurs forces pour exister face à ces nouvelles conditions de marché.
Pour faire face aux nouvelles conditions de marché, les PME ligériennes de l'aéronautique se regroupent en clusters.
Pas facile d'exister sur le marché aéronautique lorsqu'on est une PME. Surtout lorsque, à l'instar d'Airbus, les grands donneurs d'ordres réduisent le nombre de partenaires avec qui ils traitent en direct. C'est ce qui a poussé Jean-Claude Chatal et son frère Alain, respectivement P-dg des sociétés Espace (210 salariés à Saint-André-des-Eaux) et Chatal (210 salariés à Herbignac), à constituer le groupement Ace Aéronautique, rapidement rejoint par Armor Méca, spécialise costarmoricain du fraisage. Le capital de cette SAS, créée il y a quelques mois, est détenu à parité par les deux dirigeants ligériens. «Lorsqu'Airbus a annoncé son plan Power 8, nous avons compris que si nous ne regroupions pas, nous ne pourrions plus travailler en direct avec eux car il fallait atteindre une taille critique de 400 salariés. Aujourd'hui, Ace Aéronautique fait partie des sous-traitants de rang 1 pour les pièces élémentaires et les petits sous-ensembles métalliques. Nous recevons les consultations d'Airbus en direct alors que les sous-traitants de rang 2 ont disparu de leur base de données. Tous nos contrats Airbus passent désormais sur Ace Aéronautique», explique Jean-Claude Chatal. D'ici à cinq ans, l'objectif du groupement est d'atteindre 100M€ de CA, alors que le chiffre d'affaires cumulé des trois sociétés impliquées culmine aujourd'hui à 40M€.
Vers des alliances réunissant une vingtaine dePME?
Cette même stratégie de groupement a aussi permis aux PME de Clust'Export de se faire référencer auprès d'Airbus. Surtout, comme l'indique le nom de l'association, les cinq sociétés (Allio, Chatal, Ajilon, Duqueine et Espace) font front commun pour attaquer les marchés internationaux. Affichant au total plus de 1.000 salariés pour 60M€ de CA, les cinq sociétés arrivent plus facilement à entrouvrir les portes des donneurs d'ordres tout en mutualisant leurs moyens. En un an, 1M€ de contrats a ainsi été décroché, notamment au Canada. Clust'Export a même répondu à un marché de 4M€, chose qu'aucune des cinq PME n'aurait pu faire seule. Reste maintenant à confirmer ce bon début. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Gérard Allio, P-dg du groupe Allio et président du Clust'Export, n'entend pas s'arrêter en si bon chemin: «Nous allons créer d'autres clusters en aéronautique. Clust'Export va être le noyau dur pour l'export du réseau Neopolia, dont une cinquantaine de sociétés sur la centaine que compte le réseau, sont positionnées sur l'aéronautique. Le but est de rassembler quinze ou 20 sociétés par le biais de groupements momentanés d'entreprises, afin de répondre, en fonction des opportunités, à de gros marchés nationaux».
Pour assurer la production et l'assemblage de l'A350, Airbus a décidé d'investir massivement dans ses sites de Nantes et de Gron.
Les sites Airbus de Nantes et de Montoir de Bretagne se préparent à accueillir la production de l'A350 qui devrait débuter en 2011. Pour le site nantais, le groupe a annoncé un plan d'investissement de 500M€ pour la période 2008-2015. Une enveloppe qui couvre notamment la réalisation, en cours, d'un bâtiment de 40.000m² d'où sortiront le caisson central de voilure, les poutres ventrales, les entrées d'air du réacteur et certaines pièces élémentaires du futur A350. Les deux autres volets de cette enveloppe de 500M€ iront au renforcement de la R & D et à la montée en cadence des programmes existants (A320, A330, A340). A Montoir, l'usine d'Airbus Gron fait, elle, l'objet d'un plan d'investissement de 100M€ qui prévoit la construction de deux bâtiments d'une surface totale de 30.000m² livrés début 2010, sur un terrain d'une vingtaine d'hectares jouxtant l'usine actuelle. Le premier accueillera l'activité assemblage de l'A350, le second servira au stockage des tronçons. Des investissements massifs qui annoncent une profonde reconfiguration des sites ligériens d'Airbus, confortés dans leur activité.
Installé à Bouguenais, Technocampus, le centre de R & D dédié aux matériaux composites, sera inauguré en septembre prochain. Actuellement en cours de construction, le bâtiment regroupera à terme 300 ingénieurs et personnels de recherche. Cet investissement de 77M€ est largement financé par les pouvoirs publics, notamment le conseil régional. Airbus, EADS, le Cetim et Daher ont déjà, ou vont, y installer des équipes qui travailleront sur l'utilisation des matériaux composites pour l'aéronautique mais aussi pour d'autres secteurs comme l'automobile ou la navale. Plus légers, plus résistants et plus malléables que les matériaux traditionnels, les composites offrent de nombreux avantages. Ils permettent ainsi de construire des avions moins lourds, donc moins consommateurs en énergies. Outil de marketing territorial, le Technocampus pourrait permettre de faire de Nantes une des références européennes en matière d'utilisation des composites, objectif déclaré d'Airbus en ce qui concerne son usine de Bouguenais.
Aerolia investit à Saint-Nazaire dans l'usinage mécanique de panneaux, suite à une technologie développée en propre depuis 2005. «Nous sommes les seuls au monde à faire cela», assure Arnaud Mayer, directeur d'Aerolia Saint-Nazaire. Le procédé classique, l'usinage chimique, «est un process qui n'est pas éco-efficient, ce qui aboutit à un classement Seveso des sites qui l'utilisent. Nous, nous développons un usinage mécanique. C'est un procédé propre, ce qui est un avantage considérable, et qui ouvre des perspectives que nous n'avons pas encore totalement explorées, en termes de définition des pièces», poursuit le dirigeant nazairien. Venant d'acheter sa cinquième machine, Aerolia devrait en commander deux nouvelles. Un investissement lourd, une machine coûtant entre 3 et 4M€. Le procédé nazairien intéresse un certain nombre d'industriels de l'aéronautique. Aerolia fait notamment état de contacts avec Bombardier, Eurocopter et Latécoère.
JDE | Édition Loire-Atlantique 44 | 6 février 2009

