Entreprise du mois
Née dans une cabane de jardin il y a cinq ans, l'agence de webmarketing Intuiti a grossi à vue d'oeil pour dépasser le cap du million d'euros de marge brute. Son exercice 2009 s'est soldé par l'achat de 700m² de locaux et la constitution d'une SAS au capital de 132.000 €.
Sébastien Payonne
«Intuiti, la petite agence de webmarketing qui monte» titrait il y a quatre ans le Journal des Entreprises pour rendre compte de la naissance de la jeune société lancée par Séverine Pirault et Arnaud Chaigneau. À l'époque, les deux créateurs entendent apporter aux annonceurs les services permettant de faire la promotion de leurs marques sur le web, principalement grâce à la maîtrise des techniques de référencement et d'e-marketing (affiliation, liens sponsorisés, e-mail marketing,etc.). 48 mois plus tard, force est de constater qu'Intuiti n'a pas fait mentir notre titre: l'agence, qui compte désormais une vingtaine de collaborateurs, a progressivement élargi ses champs d'action à la création de supports médias et à l'accessibilité numérique. Un panel de métiers renforcé notamment grâce au rapprochement opéré en 2006 avec Artiss, l'agence web de Vincent Roux, devenu le troisième associé d'Intuiti. Se nourrissant les unes les autres, ces prestations devraient permettre à l'agence de clôturer en mars prochain son exercice avec une marge brute stabilisée à 1,3M€. Avec en point d'orgue, la négociation d'un important contrat-cadre «monde» (référencement, webmarketing, e-reputation,etc.) pour l'ensemble du groupe Veolia, un des premiers clients de l'agence, qui lui avait confié il y a cinq ans un budget de... 3.500 €. Intuiti aura donc traversé sans trop d'encombres la périlleuse année 2009, durant laquelle elle a même mené à bien plusieurs projets stratégiques.
Un siège, mais aussi une pépinière
Le premier est peut-être le plus symbolique, tant il s'inscrit dans une certaine mythologie de la réussite web. Née dans un local de jardin de 25m², route de Clisson, avant de migrer en 2006 vers la Halle 6 de l'Ile de Nantes, Intuiti a fait l'acquisition de 700m² de locaux rue du Préfet Bonnefoy, dans le centre de l'agglomération, anciennement affectés à une annexe de l'École Pivault. Entièrement repensé par le très en vogue architecte nantais Frédéric Tabary, l'espace accueillera, outre les équipes de l'agence, plusieurs locataires: la start-up Monnuage.fr, le secrétariat de l'association numérique Atlantic 2.0 ainsi que le site web Doyoubuzz, dans lequel Intuiti détient une participation minoritaire depuis sa création, en 2008. Le montant alloué à l'achat et à la rénovation des lieux n'est pas communiqué.
Une marque unique
Le second projet stratégique de 2009 a lui pris la forme de l'unification des activités de l'agence. Jusque-là réparties dans deux SARL différentes (Intuiti pour le webmarketing et Artiss pour la création) aux capitaux modestes placées sous la coupe d'une holding, elles ont été fusionnées en fin d'année passée dans une SAS au capital de 132.000 €. Une opération qui sonne la disparition de la marque Artiss. Offrant une meilleure lisibilité à l'offre de l'agence, la nouvelle structure devrait également - grâce à son capital renforcé - de rassurer les émetteurs d'appels d'offres. Toutes structurantes, ces deux initiatives devraient entretenir la croissance de l'agence, dont la cadence commerciale - habituellement calée entre 120.000 et 200.000 € de marge brute signée par mois - a été battue lors d'un historique mois de novembre2009. Prochains axes de croissance: le développement des prestations en e-réputation (mesure en ligne de la réputation et de la notoriété des marques), le lancement d'une offre de formation, l'intensification des collaborations avec les sociétés de service et d'ingénierie informatique. Plus surprenant, Intuiti devrait également élargir son champ d'action aux prestations de communication traditionnelle, en liant des collaborations avec des agences traditionnelles (voir interview). Voilà qui prouve bien qu'en seulement cinq ans, Intuit s'est affranchie de l'image de «petite main» qui colle trop souvent aux agences web.
Au cours des derniers mois, toutes les agences de communication «traditionnelles» ont constitué en interne des pôles web. Est-ce une menace pour votre développement?
Arnaud Chaigneau: Cette concurrence accrue ne change pas trop la donne, car il ne suffit pas de greffer une expertise web dans une agence pour qu'elle fonctionne aussitôt et propose une offre pertinente. La difficulté est en effet de réussir une véritable intégration, en faisant en sorte que des métiers très différents travaillent réellement ensemble. Pour les agences traditionnelles, cela est d'autant plus difficile que cela remet en cause leur culture: les directeurs artistiques et les planeurs stratégiques, qui sont habituellement au coeur du pouvoir, doivent accepter d'être à un niveau de compréhension égal à celui d'un «simple» référenceur. Alors que nous sommes pourtant des acteurs 100% web, mener à bien cette logique d'intégration nous a pris trois ans! Et il faut aussi comprendre ce que change le web dans la façon de communiquer.
Quelle est justement votre vision de ce sujet?
Séverine Pirault: Les marques ne peuvent plus négliger le web. Mais elles doivent comprendre qu'elles n'y sont pas des «maîtres du monde» qui y développent un message axé uniquement autour des produits, du service et d'un seul message corporate qui, finalement, n'intéresse pas grand monde. Internet, c'est en quelque sorte un café du commerce où les internautes échangent entre eux au sujet d'une marque, en bien ou en mal. Du coup, les internautes sont devenus de véritables médias. C'est donc désormais aux marques de participer ou non à leurs conversations. Pour cela, il ne faut pas développer un discours en force, mais plutôt apporter un contenu éditorial, des services, qui peuvent être périphériques à l'activité d'une marque, mais qui lui permettent de légitimer son savoir-faire et sa pertinence sur les univers et les valeurs qu'elle couvre. Cela change bien des choses: pour une marque b-to-b, cela nécessite parfois de passer par des actions grand public pour rayonner ensuite auprès de ses clients. Notre client Veolia a ainsi choisi de lancer Human Urban, une série de sites d'échanges autour de la vie en ville, pour participer à la conversation des internautes.
Les ponts sont donc coupés entre agences web et traditionnelles?
Arnaud Chaigneau: Non. Nous continuons à travailler avec les agences qui ne nous considèrent pas comme de simples exécutants, mais qui échangent avec nous sur les orientations à donner. Dans le même temps, nous nous apercevons que nos dispositifs de marketing online nécessitent de plus en plus de développer des actions offline. Mais plutôt que de nous adjoindre en interne les compétences nécessaires pour mener celles-ci, nous avons pris le parti de constituer un réseau de partenaires experts, dans lesquels nous pourrions éventuellement prendre des participations. Nos effectifs resteront focalisés sur les expertises fondamentales du web marketing: conduite de projets, référencement, accessibilité, création...
2004
Naissance d'Intuiti
2006
Association avec l'agence web Artiss. Constitution de la holding AVS, qui chapeaute les deux sociétés
2007
Installation dans la Halle 6, sur l'Ile de Nantes
2008
Prise de participation dans la start-up nantaise DoyouMultimédia, à l'origine du site Doyoubuzz
2009
Association avec PixFL, groupement d'experts en accessibilité numérique. Unification de toutes les activités dans une SAS dôtée d'un capital de 132.000€. Disparition de l'identité Artiss
2010
Installation dans un nouveau siège de 700 m², rue du Préfet Bonnefoy, à Nantes
- Intuiti est une SAS au capital de 132.000 €. Elle est présidée et contrôlée par AVS, une SARL associant Séverine Pirault, Arnaud Chaigneau et Vincent Roux. - L'entreprise emploie 20 salariés pour une MB de 1,3 M€ - Tél. : 02.40.34.13.72. - www.intuiti.net
JDE | Édition Loire-Atlantique 44 | 8 janvier 2010


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