

L'Enquête
ajouté le 2 décembre 2011 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Ligne grande vitesse
Élus et milieux économiques roannais se serrent les coudes et font du lobbying à tous crins. Leur objectif: que la nouvelle ligne ferroviaire reliant Paris à Lyon passe par Roanne. Pour les patrons roannais, ce TGV serait une chance.
«Lyon en 30 minutes, Paris en 1h30, ça vous changerait la vie?». La campagne de communication du Grand Roanne Agglomération tape fort. Les affiches placardées à Roanne, Lyon et Saint-Étienne veulent interpeller le passager. Les patrons du roannais, eux, ont déjà la réponse. OUI, c'est clair et net, le TGV qui mettrait Paris à 1h30 de Roanne et Lyon à 30 minutes leur changerait la vie. Et celle de leur entreprise.
Du temps de travail préservé
André Marcon, directeur de Nexter Systems l'a bien compris et s'est largement engagé dans le combat. Nexter a en effet la particularité d'avoir ses trois sites principaux à Versailles, Bourges et Roanne. Trois villes concernées par le tracé. Les salariés de Nexter Systems Roanne effectuent, en moyenne, une soixantaine de trajets vers les deux autres sites ainsi que vers Lyon. «8.000heures de trajet seront gagnées chaque année grâce à cette nouvelle ligne», martèle André Marcon. «Cela représente 1.000 jours de travail!».
Du business supplémentaire
Véronique Guillot-Raymond, co-gérante de la SARL Guillot assurances regroupant trois agences Generali va plus loin: «Nous nous rendons environ 25 fois par an à Paris pour rencontrer nos clients. Si le temps de trajet était plus court, nous pourrions y aller beaucoup plus souvent, ce qui nous permettrait de développer un véritable réseau d'affaires sur la capitale». Julien Barras, fondateur de la TPE Href, créateur de contenus pérennes pour le web, met en avant la réactivité dont il pourra se prévaloir auprès de ses clients. «Je travaille essentiellement avec des éditeurs parisiens. Au pied levé, en cas d'urgence, je pourrai leur proposer un rendez-vous dans la demi-journée. C'est quand même un réel atout pour l'entreprise!». Pour Recoveo, spécialiste roannais de la récupération de données, la réactivité est incontournable. «Aujourd'hui, en cas d'urgence, nous envoyons un taxi récupérer le disque dur endommagé à Paris. Car cela prend moins de temps que de le faire voyager par le train...», ironise son dirigeant, Florent Chassignol. La plupart des patrons du Roannais voient dans ce TGV une réelle opportunité de convaincre plus facilement leurs clients. «On sait bien que, dans l'industrie, pouvoir montrer un outil de travail performant et sophistiqué, constitue un facteur primordial de la prise de commandecar cela sécurise le client», assure Charles-Henri De la Motte, directeur général de Steriflow, fournisseur d'autoclaves pour l'industrie agroalimentaire. «Nous avons des donneurs d'ordre dans le monde entier. Quand on leur annonce qu'il y a encore 4heures de trajet une fois à Paris, bien souvent l'envie de nous rendre visite s'évapore...». Jean-Louis Danjoux, dirigeant de l'entreprise textile TAD, enchaine sur le même credo: «des visites plus fréquentes de nos clients participeraient à la constitution de partenariats plus durables».
Attractivité
Au-delà de ces atouts individuels et collectifs, dont les retombées pourraient être très significatives pour Roanne et son agglomération, Laure Deroche, maire de Roanne, résume en un mot le gain essentiel: «attractivité». Pour l'élue, «Roanne va devenir une destination». Une étape décisive en terme de recrutement par exemple pour décider des cadres de haut-niveau à venir travailler pour des entreprises du Roannais. «J'ai du mal à faire venir des jeunes qualifiés à Roanne. Avec le TGV, ce sera complètement différent. Car le TGV, c'est aussi partir n'importe où le week-end!», sourit Laurent Marqué, directeur industriel de l'entreprise Setic spécialisée dans les machines de câblerie. Les réseaux économiques sont donc unanimes: oui au TGV à Roanne. Et vite!
Le projet POCL (Paris/Orléans/Clermont-Ferrand/Lyon) est né en 2007 d'une réflexion mêlant deux problématiques: la saturation de la ligne Paris/Lyon avec 502 trains/jour (700 à l'horizon 2020) et la mauvaise desserte ferroviaire du centre de la France. L'État a fixé des objectifs précis à RFF pour cette nouvelle ligne dont le coût est estimé de 12,2 à 14milliards d'euros: assurer un temps de parcours entre Paris et Clermont-Ferrand inférieur à deux heures, relier Orléans au réseau des trains à grande vitesse, améliorer la desserte de Bourges et des villes du grand centre, constituer un itinéraire pertinent alternatif à l'actuelle LGV Paris-Lyon. Ce projet prévoit donc la construction d'une nouvelle ligne reliant la capitale à la préfecture rhônalpine, via la construction d'une nouvelle voie ferrée de 500 kilomètres traversant les régions Auvergne, Bourgogne et Centre. La mise en service de cette nouvelle ligne est programmée pour 2025. 4 scénarios ont été réfléchis par Réseau Ferré de France, propriétaire et gestionnaire du réseau ferroviaire dont plusieurs passent par Roanne. Depuis le mois d'octobre,..et jusqu'à fin janvier, des réunions de débats publiques ont lieu dans tous les territoires concernés. La réunion de Roanne s'est tenue mi-octobre devant une assemblée particulièrement concernée de plus de 1.200 personnes, un record! La réunion publique de Saint-Étienne se tiendra le 12janvier prochain. La préfecture ligérienne est également concernée par ce projet puisqu'elle pourrait profiter d'une liaison plus rapide vers Paris, via Roanne. Et ce grâce, à une électrification de la ligne. RFF devrait prendre sa décision avant l'été 2012. En attendant, les élus et les milieux économiques roannais se mobilisent fortement pour que Roanne figure bien sur le tracé retenu.
www.debatpublic-lgv-pocl.org LE CALENDRIER
Qu'est-ce que pourrait apporter au Roannais le passage du TGV?
Le TGV à Roanne? Cela changerait tout, absolument tout. En mettant Roanne à 25 minutes de Lyon et à 1H30 de Paris, le TGV permettrait à Roanne de retrouver la place qui était la sienne autrefois. Il faut rappeler qu'au début du 20e siècle, Roanne était une ville brillante. Elle a ensuite souffert de son enclavement. Roanne est aujourd'hui une belle endormie qui souffre de son manque d'accessibilité. Le TGV nous consacrera comme la porte Ouest de la région lyonnaise. Des cadres s'installeraient ici. Il faudra des logements adaptés, des services. C'est toute la ville qui en sera bouleversée.
Des investisseurs choisiraient Roanne plus facilement?
Bien entendu. C'est évident. Nous avons ici un cadre de vie exceptionnel. Le seul problème, pour l'instant, est d'y accéder.
Est-ce que c'est forcément une bonne nouvelle pour les entreprises locales qui vont probablement voir les prix du foncier grimper en flèche?
Il est vrai que les prix des terrains vont certainement augmenter. Il est vrai aussi que les Roannais pourront plus facilement aller travailler ailleurs. Mais globalement, les avantages en terme de recrutement et d'opérationnalité sont tellement plus importants que cela compensera largement ces inconvénients.
- 1H30 : le temps de trajet entre Roanne et Paris avec un tracé passant par Roanne. - 2H30 : le temps de trajet pour rejoindre Paris depuis Saint-Etienne via Roanne. - 30 minutes ; le temps de trajet pour rejoindre Lyon depuis Roanne. -12,4 à 14 milliards d'euros : le coût estimé de la construction de cette nouvelle ligne ferroviaire selon le tracé retenu. - 40.000 euros : le budget de communication alloué par le Grand Roanne agglomération dans une campagne de sensibilisation visant Stéphanois, Lyonnnais et Roannais. - 25% à 35% : la part de financement supportée par les collectivités locales. - 8 : le nombre de chambres consulaires mobilisées dans une association pilotée par la CCIT du Roannais. [ENSAVOIRPLUS]EN CHIFFRES
Stéphanie Gallo
JDE | Édition Loire 42 | 2 décembre 2011

