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Rencontre

JDE Edition Isère 38

Pierre Streiff. La différence réside dans le mental

ajouté le 5 juin 2009  -  - Mots clés : Actualité, Rencontre, Pierre Streiff, Streiff SA, génie climatique, Fédération du BTP Isère, Leaders

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Pierre Streiff, président du groupe éponyme de génie climatique, a appris du sport de haut niveau la place cruciale du mental en compétition... et dans l'entreprise.

Pierre Streiff, dirigeant de la société éponyme de génie climatique, est le nouveau président de la Fédération de BTP Isère. Ce féru de sport compare l'entreprise à la compétition de haut niveau, notamment à la Formule1, qu'il a côtoyée de près.

Anne-Gaëlle Metzger

Pierre Streiff est à la tête d'un groupe de génie climatique de 180personnes et depuis peu président de la Fédération du BTP Isère. Il parle avec entrain de son travail, s'enthousiasme des avancées techniques, s'anime face aux possibilités de développement pour la «climatisation propre», se retient d'expliquer dans le détail le fonctionnement de la géothermie ou d'un puits canadien. Mais il ne résiste pas à l'envie de raconter une anecdote dans laquelle un promoteur local du début des années 80 trouve la climatisation luxueuse mais qui, en l'an 2000, trouve saugrenue l'idée de s'en passer pour réduire les coûts. «Le métier évolue. Il y a seulement quinze ans, mon père était plombier chauffagiste, aujourd'hui je travaille dans le génie climatique», explique celui qui est la troisième génération de l'entreprise Streiff. Une chemise bleue, ses initiales brodées sur le poignet gauche, une cravate coordonnée, l'oreillette de son téléphone portable cachée sous des cheveux mi-longs, il pourrait être le dernier Streiff à diriger la société. Il n'est pas question pour lui de «forcer» ses enfants, âgés aujourd'hui de 18 et 14 ans, à prendre la relève.

«Pas très brillant à l'école»
«Mon père voulait être médecin, il avait d'ailleurs commencé ses études. Mais mon grand-père est tombé malade et lui a demandé de reprendre l'entreprise... Moi, j'ai eu le choix. Je reconnais que je n'étais pas très brillant à l'école, je ne savais quoi faire, je n'ai pas eu un déclic passion. J'étais un cancre par rapport à mon frère... J'aimais bien ce que faisait mon père, j'ai travaillé avec lui par simplicité. Et puis ce métier est devenu une passion avec le temps. Aujourd'hui, je ne me vois pas faire autre chose.» Il a pourtant failli suivre une tout autre voie, celle tracée par son frère, Philippe Streiff, pilote de Formule 1. «Le week-end, je le suivais sur les grands prix dans tous les pays. Et j'ai eu l'occasion de faire ?Malboro cherche un pilote?. Sur un millier de candidats, il y a cinq finalistes mais un seul qui sort de cette école. J'étais parmi ces cinq-là, au côté notamment de Jean Alesi. Je me suis dit, ça y est, je suis pilote de F1.» Il se voyait comme son aîné parmi les vingt meilleurs mondiaux. «Mais mon frère, c'était un exploit. Il faut être plus que passionné, il faut être égoïste, volontaire, sans la moindre hésitation. J'ai couru en formule Ford et Formule 3. Mais un jour, je n'ai pas cru en moi, je me serais contenté d'une cinquième place, ce n'est pas si mal. J'ai su ce jour-là que je ne serai jamais pilote de F1. Car à chaque départ, il faut penser être le meilleur du monde, être persuadé de finir premier même si on part en dernière position.»

«Il faut partir gagnant»
Il se tourne alors vers le monde de l'entreprise, qui «se rapproche du monde sportif. Sur un gros chantier, techniquement difficile, il faut relever le challenge. Il faut partir gagnant pour réussir, comme un champion de haut niveau. C'est comme ça qu'un chef d'entreprise sort la tête de l'eau. Si je tire la gueule le matin en arrivant, que je suis fatigué, mon personnel se demandera qui est cette larve. Il faut toujours montrer qu'on a la pêche pour que l'équipe l'ait.» Il estime que dans son groupe règne aujourd'hui un «super bon climat social. Il y a de la convivialité et de la franchise, c'est comme ça que ça marche. Les employés doivent se sentir chez eux. Pour moi, c'est comme une deuxième famille, je passe plus de temps avec eux qu'avec mes enfants.» Il explique sa réussite professionnelle parce qu'il «y croit; je ne suis pas plus fort que les autres mais le mental fait la différence. Et quand un problème survient, il faut le prendre, le gérer sans se laisser abattre. Il y a des choses plus graves dans la vie que des problèmes d'entreprise.»

«En période de crise se posent des problèmes terre à terre»



Pierre Streiff a été élu en avril dernier à la présidence de la Fédération du BTP Isère, succédant à Jacques Chanut. Il fait le point sur son nouveau rôle et sur le secteur des bâtiments et des travaux publics.
Comment abordez-vous votre nouvelle responsabilité?
Le président de la Fédération du BTP est élu pour trois ans, renouvelable une fois. Le premier mandat se fait généralement avec l'équipe en place. Puis, lors du second, le président choisi un vice-président qui sera théoriquement son successeur. Je travaillais donc avec Jacques Chanut depuis trois ans pour connaître les rouages. Je l'ai vu faire, mais après, chacun fait comme il le sent. Quand on se prend de passion, on fait à sa manière, on ne calque pas ce que font les autres. Si vous aimez ce que vous faites, vous orientez. De plus, Jacques Chanut a présidé une très bonne période. Ses soucis étaient différents de ceux qui existent maintenant sous la crise, où il y a des problèmes plus terre à terre. Les préoccupations ne sont jamais les mêmes d'une présidence à l'autre et les personnalités diffèrent.
Comment se portent les entreprises du secteur?
Celles qui se portent le mieux sont les entreprises techniques, comme le génie climatique ou l'électricité, et les entreprises d'isolation. Ce sont celles qui bénéficient le plus des retombées du Grenelle de l'environnement. Bien que construire avec l'environnement concerne tous les corps d'état, de l'architecte au peintre. Les plus durement touchées sont les entreprises de travaux publiques. Le secondaire a eu le temps de voir venir la crise et de s'y préparer, notamment en répondant au maximum aux appels d'offres. Mais le contexte concurrentiel est très ardu. Il y a des entreprises en difficulté, qui se battent sur les appels d'offres. Certaines demandent de l'aide à la Fédération, il faut les soutenir.
Que peut la Fédération pour les aider?
Nous sensibilisons les maîtres d'ouvrage pour qu'ils adoptent une charte du mieux disant lorsqu'ils passent des appels d'offres, et qu'ils ne choisissent pas forcément ceux qui sont 20% moins chers. En temps de crise, certaines sociétés pratiquent des prix anormalement bas pour remporter des marchés. Mais elles risquent le dépôt de bilan à terme, car ce ne sont pas forcément les plus solides qui agissent ainsi. Si elles déposent le bilan en court de chantier, il faut relancer un appel d'offres, généralement dans de mauvaises conditions. Tout le monde est alors perdant. Nous demandons donc que les commissions d'appel d'offres soient vigilantes sur les prix anormalement bas. Sinon, la Fédération aide les entreprises en difficulté à trouver d'autres solutions qu'une baisse irraisonnée des prix, comme le chômage technique, ou des choix de gestion qui éviteront de mettre la clé sous la porte.
Vous évoquiez le Grenelle de l'environnement. Y a-t-il des opportunités à saisir?
Dans une quinzaine d'années, tous les nouveaux bâtiments devront être à énergie positive et respecter les normes de Haute qualité environnementale (HQE). Les entreprises peuvent d'ores et déjà adhérer à la charte Bâtir avec l'environnement. C'est bien d'aller de l'avant, c'est même l'avenir du business. Il ne faut pas travailler avec d'anciennes méthodes!

Parcours


9février 1959
Naissance à La Tronche, Isère.
1978
Il entre chez Streiff, entreprise familiale de plomberie-chauffage, créée par son grand-père.
1987
Il crée à Saint-Martin-le-Vinoux (38), sa propre entreprise, ?Pierre Streiff génie climatique? tournée vers l'industrie et le tertiaire; il reprendra les employés de son père lors de son départ à la retraite.
1995
Il rachète l'entreprise de génie climatique Gillet à Charancieu (38).
2000
Création d'Eolya, société de maintenance en chauffage et climatisation.
2006
Il devient vice-président de la Fédération du BTP Isère.
2007
Il reprend l'entreprise de génie thermique et énergie Eurothermie, à Challes-les-Eaux (73).
2009
Il accède à la présidence de la Fédération du BTP Isère, succédant à Jacques Chanut.

Il aime - Partir avec sa femme et ses deux enfants: «J'aime me retrouver avec eux. Nous voyageons un peu partout. La prochaine destination sera certainement Londres, que je ne connais pas encore.» - «Toujours la voiture, je fais d'ailleurs encore des petites courses pour m'amuser.» - Les sports nautiques, le ski, le surf de neige, le footing, le sport en général. Il n'aime pas - Le défaitisme: «Partir perdant, ça m'énerve».

JDE | Édition Isère 38 | 5 juin 2009

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