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jeudi 2 septembre 2010

Fait du mois

JDE Edition Isère 38

Vacances. Les plans détente des patrons rhônalpins

ajouté le 3 juillet 2009  - 

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Les patrons de PME prennent en moyenne 3,4 semaines de vacances par an.

Avec le retour de l'été, les vacances pointent le bout de leur nez. Malgré leurs responsabilités et leur rythme de travail effréné, les chefs d'entreprise de Rhône-Alpes vont aussi en profiter. Certains se ressourcent en famille, en voyage, dans les musées... D'autres ne s'accorderont qu'un court temps de repos. Mais tous resteront connectés à leur entreprise grâce à (ou à cause de!) leur ordinateur et à leur téléphone portable. Témoignages.

Dossier réalisé par les éditionsdu Rhône, de la Loire et de l'Isère

Que font les patrons de la région de leurs vacances? En prennent-ils au moins? Crise oblige, la question est d'autant plus d'actualité. Une enquête réalisée par Bertrand Duchéneaut dans ?Les dirigeants de PME? montre que ceux-ci prennent en moyenne 3,4semaines de vacances par an. Et nombreux sont ceux qui profitent de la trêve estivale nationale pour prendre des congés. D'ailleurs, il le faut!

Passer en «mode festif»
«Un chef d'entreprise qui zappe les vacances peut être un facteur de risque pour sa société», affirme Gérard Paljkovic, chargé de mission à l'Agence Rhône-Alpes pour la valorisation de l'innovation sociale (Aravis). En effet, même en période de crise et de stress intense, l'individu a besoin de temps de récupération. C'est vital. À trop accumuler de fatigue, on risque de perdre en clairvoyance et de ne pas prendre les bonnes décisions... Les chefs d'entreprise ont donc, eux aussi, le droit de lâcher prise pour se faire plaisir. Le coach Xavier Riondel leur conseille même de passer «en mode festif»; tandis que le consultant Vincent Lenhardt les invite à prendre du recul jusqu'à réfléchir «au sens de leur vie». Ils n'en seront que plus efficaces à la rentrée!

Connectés même en vacances
Néanmoins, les dirigeants de sociétés restent souvent connectés au travail même en vacances. Si cela peut les rassurer et leur permettre de profiter, ensuite, à 100% de leur temps de repos, c'est plutôt une bonne chose. Reste que ce temps de prise de contact avec l'entreprise doit rester limité. C'est d'ailleurs ce que font la plupart des chefs d'entreprise de Rhône-Alpes que nous avons interviewés. Loin de l'image des grands patrons qui profiteront peut-être de leur yacht privé, les dirigeants en profitent surtout pour se reposer, en famille, et au calme. Si certains n'ont encore même pas eu le temps d'organiser leurs vacances d'été, d'autres les consacreront au voyage, à la lecture, aux loisirs sportifs... ou même au yoga. Nous leur souhaitons en tout cas de bonnes vacances!

J.-M. Gliner (Innovafonds). «Joignable et serein»

 Vacances.  Les plans détente des patrons rhônalpins

Quand le travail est un plaisir, les vacances sont moins indispensables. Voilà la philosophie des deux dirigeants d'Innovafonds.


Jean-Michel Gliner a fondé puis dirigé la société d'informatique Silicomp avant de la vendre et de créer Innovafonds à Corenc (Isère) avec Emmanuel Arnould. Si Jean-Michel Gliner part un bon mois au Canada, son associé prendra des journées en pointillés en Rhône-Alpes. «C'est important dans l'équilibre de la vie personnelle d'avoir des vacances, explique le premier. Mais avec les moyens de communication actuels, on peut partir tout en étant présent. Je lis mes e-mails une demi-heure par jour. Je suis joignable, donc je suis serein.»


Emmanuel Arnould précise qu'il «n'y a pas de notion de vacances ou pas, il y a une organisation du temps. L'entreprise, en général, est organisée en mode pyramidal, avec un dirigeant seul et solitaire. Mais chez Innovafonds, c'est différent: nous sommes deux associés, il y en a toujours un en ?backup?. Et quand on a la capacité et la volonté de déléguer, que l'on s'entoure de talents, on a moins besoin de décompresser.» «La perception de vacances est liée au management et à la structure de la société, pas à sa taille, renchérit Jean-Michel Gliner. Quand elle est très structurée avec une hiérarchie forte, que l'organisation passe avant la personne, les gens se génèrent du stress et ne peuvent pas partir en vacances sereins. Alors que quand on laisse l'humain s'exprimer, on ne se sent pas indispensable... Mais on doit rester joignable!»

Vincent Lenhardt. «Trouver un sens à sa vie»

Vincent Lenhardt, coach en «développement des hommes et transformation des organisations».


Quelle attitude doivent adopter les chefs d'entreprise en vacances?
Si certains opèrent une rupture complète en fermant la boutique, la plupart restent en lien avec leur entreprise. Il faut en effet garder le contact sinon, le risque, c'est de se retrouver avec une pile de travail et d'être submergé quand on revient. Surtout, le dirigeant, ou le cadre, risque de laisser passer des signaux lourds.
Par exemple?
Durant l'été 2007, j'accompagnais un patron d'une grande banque française. Il a été l'un des seuls à revenir au bureau au mois d'août alors que se profilait déjà la crise financière. Resté en veille, il avait décelé les signaux, alors légers, de ce qui se tramait.
Avec la crise, les chefs d'entreprise doivent-ils envisager leur été d'une façon différente?
Les entreprises sont plus ou moins touchées par la crise. Pourtant, elles doivent toutes se placer dans une logique de survie. Elles doivent se préparer au pire! Même si une entreprise a encore quelques marges de trésorerie aujourd'hui, elle peut se retrouver dans une situation inconfortable dans six mois ou un an si elle ne se prépare pas. C'est ce que Jim Collins appelle le paradoxe de Stockdale dans son ouvrage ?Good to great?. Il raconte comment un amiral de l'armée a survécu, malgré les tortures, alors qu'il était prisonnier. Il a survécu car il était pessimiste. En s'attendant au pire, on se prépare à tenir au maximum. On se crée un moral d'acier.
On dit pourtant qu'il faut positiver pour avancer
... En effet, il ne faut pas désespérer. Sans être paranoïaque non plus, le chef d'entreprise doit être prêt à parer des événements brutaux.
Peut-on aussi profiter de l'été pour prendre du recul?
Il faut en effet profiter de cet espace-temps pour se ressourcer, réfléchir, lire... et trouver du sens à sa vie. Les chefs d'entreprise peuvent d'ailleurs lire ?Nos raisons de vivre? de Viktor Frankl sorti chez Interéditions. À travers l'expérience de survivants de camps de concentration, il montre que ceux qui survivent ne sont ni les plus forts, ni les plus riches, ni les plus intelligents... Mais ceux qui ont donné un sens à leur vie. Aujourd'hui, l'humain est soit un producteur, soit un consommateur. Mais cherche-t-on à être le plus riche du cimetière? Face à la crise économique, qui est globale, il est temps de réfléchir au sens de sa vie et pas seulement professionnelle. Quitte à revoir ses priorités.

Docteur en psychologie et diplômé d'HEC et d'un MBA, Vincent Lenhardt, à la fois coach et consultant, dirige la société Transformance.

Cinq conseils pour profiter au mieux de ses vacances

Xavier Riondel, spécialiste de l'accompagnement au changement.

Spécialisé dans le coaching d'entreprise, la gestion du stress et l'accompagnement au changement, Xavier Riondel nous livre cinq conseils pratiques pour permettre aux chefs d'entreprise de passer de bonnes vacances.


1 - Ne pas tout laisser tomber «La première erreur serait de vouloir tout laisser tomber. Le chef d'entreprise doit rester en contact avec son entreprise, mais il doit également savoir s'organiser et déléguer un certain nombre de dossiers à ses collaborateurs avant son départ. Beaucoup essaient de couper tout contact avec leur entreprise... Au bout de deux jours, ils se jettent sur leur téléphone portable.» 2 - Ne pas passer en ?mode vacances forcées ? «Le chef d'entreprise doit garder son rythme naturel. Il ne doit pas passer en ?mode vacances forcées?. Le changement d'habitudes serait trop brutal et au final mal vécu. S'il a l'habitude de se lever à 6h... Et bien qu'il continue de se lever à 6h. Cela lui laisse le temps de boire tranquillement son café, de faire un petit tour, de gérer un dossier urgent avant que sa famille ne se lève.» 3 - Prévoir des occupations «Il n'y a rien de pire qu'un chef d'entreprise lâché dans la nature sans occupations prévues. Il va alors passer son temps à penser à son entreprise. L'idéal est donc qu'il organise ses vacances en se renseignant à l'avance sur les activités sportives et de loisirs mises à sa disposition sur place.» 4 - Passer progressivement en ?mode festif ? «Pour passer de bonnes vacances, le chef d'entreprise doit passer progressivement en ?mode festif?: alimentaire, vestimentaire, mais aussi dans son comportement. Le chef d'entreprise qui débarque le premier jour des vacances en tong et avec le Pastis à la main, cela n'existe pas!» 5 - Se faire plaisir, s'amuser, se détendre «Une fois la période d'acclimatation passée, le chef d'entreprise se laisse progressivement aller pour au final se faire plaisir en sortant de la notion d'obligation, de responsabilité, de résultats. Il peut alors se détendre, s'amuser avec ses enfants, partager des moments intimes avec sa femme sans avoir le téléphone portable à côté. L'entreprise reste présente mais dans des proportions raisonnables, à raison de trois périodes d'un quart d'heure à une demi-heure par jour.»

- Tél.: 06.83.42.71.79

J. Chirat (Imprimerie Chirat). «Surveiller les règlements»

Jacques Chirat, P-dg de l'Imprimerie Chirat.

Dans un contexte marqué par la crise, Jacques Chirat a choisi de rester plus proche de son entreprise cet été.


«Chaque année, les congés sont pris en rotation - 50% de l'effectif en juillet, 50% en août - de manière à assurer nos contrats. Nous avons pas mal de périodiques à sortir», expose Jacques Chirat. Comme chaque année depuis 1990, le P-dg de l'Imprimerie de Saint-Just-la-Pendue (Loire) a prévu de s'accorder pour sa part quinze jours de repos à temps plein et «une semaine de reprise à mi-temps à partir du 18août». «D'habitude, je pars dans le Sud de la France. Cette année, je n'ai pas prévu grand-chose. Je vais sans doute rester une semaine dans la région pour visiter et peut-être passer trois, quatre jours en Italie», confie Jacques Chirat.

Une nécessaire proximité
Si le dirigeant a choisi de ne pas trop s'éloigner de son entreprise, c'est que le contexte économique difficile l'y contraint. «Du 1eroctobre à fin mars, on était dans le positif. Sur avril et mai, on a constaté une dégradation qui nous place dans une perspective de stabilité, voire de légère baisse de notre chiffre d'affaires. La période estivale va être plus difficile cette année. J'ai donc fait le choix de rester plus proche de mon entreprise, plus disponible pour surveiller les règlements et toute la partie financière. Cette proximité va aussi me permettre d'être plus réactif vis-à-vis de nos clients et prospects», développe Jacques Chirat.

M.-C. Lombard (TNT Express). «Lâcher prisegrâce au yoga »

Marie-Christine Lombard, P-dg de TNT Express.

Avec la crise, la présidente de TNT Express a revu ses priorités et travaille à un meilleur équilibre entre vies familiale et professionnelle. Cet été: yoga au programme.


Cet été, la P-dg de TNT Express, à Lyon, prendra deux à trois semaines de congés, en août, au moment le plus creux. Le temps nécessaire pour lâcher prise... sans pour autant délaisser son téléphone portable ni sa messagerie électronique. «En général, la première semaine, je ne parviens pas à faire le vide. À partir du milieu de la deuxième semaine, ça commence à aller mieux... Et la troisième semaine, je récupère vraiment. Mes proches collaborateurs ont pris le relais, je dors bien, je fais du sport et je profite de ma famille et de mes amis.» Cette année, Marie-Christine Lombard pratiquera le yoga matin et soir. «J'en avais envie depuis longtemps, la crise m'y a précipitée!» Meilleur niveau de tolérance, capacité à affronter l'adversité, connaissance de soi: les vertus anxiolytiques du yoga lui sont d'une grande aide. Peu encline à lézarder sur une plage, elle passera donc un été actif. Une chose est sûre: elle ne prendra pas l'avion! Car si elle affectionne son travail à l'international, source d'ouverture et de découvertes, les trajets aériens sont pour elle un «calvaire» qu'elle subit toute l'année, avec des déplacements d'affaires 200 jours par an!

Elsa Frances (Cité du design). «Pas le temps de planifier»

Elsa Frances, directrice de la Cité du design de Saint-Étienne.

Elsa Frances met un point d'honneur à prendre des vacances l'été. Vacances qu'elle n'a cependant pas le temps de vraiment planifier.


«Le mois de juillet sera chargé. Nous allons devoir mettre la dernière main à l'inauguration prévue à la rentrée», annonce d'emblée la directrice de la Cité du design de Saint-Étienne. La structure fermera néanmoins ses portes pendant quinze jours. «C'est important d'avoir une période de vacances communes, cela permet d'éviter d'être tenté d'appeler les collègues, ou l'inverse... Les salariés savent qu'ils ont un numéro où ils peuvent me joindre en cas d'urgence. Le problème, c'est que la notion d'urgence varie beaucoup d'un collaborateur à l'autre!». Pour sa part, Elsa Frances prendra trois semaines de vacances. Où? Elle ne sait pas encore. «J'ai du mal à planifier mes vacances, je n'ai pas vraiment le temps!» Si la directrice avoue consulter ses e-mails régulièrement pendant ses vacances, elle parvient tout de même à décompresser. «J'arrive à fermer le portable mais je m'amène quand même du travail. Je n'ai pas le choix. Et puis, je reconnais que cela permet de travailler tranquillement.»

Philippe Gueydon (King Jouet). «Déconnecté à 80 %»

Philippe Gueydon, P-dg de King Jouet.

Pendant les vacances d'été, Philippe Gueydon, le P-dg de King Jouet, fait un point quotidien avec l'entreprise.


En prenant trois semaines de vacances cet été, Philippe Gueydon, le P-dg de King Jouet, en profite pour se ressourcer en famille et «s'aérer». D'abord quinze jours pour visiter les lacs italiens avec sa femme et ses trois filles. Puis une semaine rien qu'avec son épouse. «On part souvent à la montagne, précise-t-il. Cela permet de refaire son stock de globules rouges!» Néanmoins, le P-dg n'est déconnecté qu'à 80% de son poste. Car il reste en contact via le BlackBerry pour traiter des sujets urgents. Il fait un point quotidien d'un quart d'heure environ en fonction de la situation. «Une solution pour ne pas s'en prendre plein la figure en rentrant!» En effet, l'entreprise et ses nombreux magasins restent ouverts pendant toute la période estivale. Et il en profite aussi pour prendre du recul, réfléchir, prendre le temps de penser aux sujets les plus importants, qu'ils soient professionnels ou personnels.

Les chiffres

- Face aux cinq semaines de vacances des salariés, les patrons de PME prennent en moyenne 3,4 semaines par an. 53% prennent entre une et trois semaines, 25% déclarent prendre cinqsemaines. Seuls 4% des patrons de PME s'accordent plus de cinqsemaines. NB: la durée de vacances des patrons de PME est d'autant plus courte que l'entreprise est petite. - 90% des dirigeants de PME déclarent avoir une vie personnelle très tournée vers l'entreprise. - 67% indiquent que leur vie familiale est équilibrée. - En moyenne, les patrons de PME lisent onze livres par an: 25% de zéro à trois livres par an, 25% de quatre à huit, 25% de neuf à douze, 25% plus de douzelivres. - 50% des patrons de PME pratiquent régulièrement un sport. D'après une étude publiée dans ?Les dirigeants de PME, enquêtes, chiffres, analyses pour mieux les connaître?, Bertrand Duchéneaut, Éditions Maxima.

Tristan Rousselle (PX'Therapeutics). «Période chargée»

En tant que sous-traitant, PX'Therapeutics reçoit en début d'été les cahiers des charges d'industriels, ce qui entraîne beaucoup de travail de production. Les ingénieurs-chercheurs de cette start-up de biotechnologies installée à Grenoble et Lyon étalent donc leurs vacances de mai à mi-octobre. Par contre, les cadres dirigeants prennent leurs vacances en juillet-août, leurs interlocuteurs étant absents. Ainsi, Tristan Rousselle, le dirigeant, part «trois semaines en famille dans les pays chauds. Je ne resterai pas connecté toutes mes vacances. Mais j'ai l'habitude d'être souvent absent tout au long de l'année, pour des congrès, des déplacements commerciaux,etc. Nous sommes donc organisés en conséquence.»

Jean-Michel Gliner et Emmanuel Arnould, cofondateurs d'Innovafonds, relient l'organisation des vacances au mode de management (de g.à d.).

JDE | Édition Isère 38 | 3 juillet 2009

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