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jeudi 2 septembre 2010

Entreprise du mois

JDE Edition Isère 38

Sofileta. Le textile innovant et familial

ajouté le 1 mai 2009  - 

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Sofileta crée, conçoit, développe et commercialise du tissu technique pour l'automobile, l'aéronautique, etc.

Sofileta est la société phare de la famille Bouret, à la tête de cinq entreprises textiles du Nord-Isère. Pour se développer, elle a misé sur la production française et la technicité de ses produits. C'est ainsi qu'elle fabrique des tissus antibactérien, anti UV, régulateurs thermiques, ou encore résistants au feu ou à la chaleur. Et elle participe à la «révolution du textile intelligent» qui comporte des capteurs électroniques et s'adapte aux conditions extérieures.

Anne-Gaëlle Metzger

L'industrie textile française est en berne. Ou en tout cas, c'est l'idée reçue qui prévaut. Mais Sofileta et, de manière plus large, le groupe Sopatex sont là pour démontrer que le textile est encore présent et même à la pointe de l'innovation. «Le groupe a connu différents virages techniques au cours de son histoire, explique Benoît Bouret, directeur stratégie de Sofileta, passant de la soie aux fibres synthétiques et aux mailles élastiques. Mais nous sommes aujourd'hui encore une entreprise 100% française, tout le personnel et tout l'outil industriel étant sur le territoire du Nord-Isère. La clé réside dans la technicité du produit. Il faut faire des choix à temps pour être à la pointe de la technique, ce qui permet de jongler avec les coûts. La délocalisation n'est pas la solution. En étant concentré ici, nous gardons la maîtrise de la production, de la productivité et de la qualité.» Pour ce dirigeant, «le 100% made in France inclut les notions de service et de réactivité. Nous fournissons des tissus sur-mesure et notre expertise pour une adaptation parfaite aux besoins du client. Quant aux délais de production, ils sont de l'ordre de trois à cinq semaines pour l'ensemble du cycle industriel.» Être à la pointe de la technique demande des «investissements importants et continus, de l'ordre de 10% du chiffre d'affaires tous les ans». Ceux-ci permettent à l'entreprise de «maintenir un matériel industriel performant et compétitif, tout en obtenant des gains en productivité et en qualité, et même en prix».

Six sociétés
Sopatex, propriété de la famille Bouret, est l'entité administrative qui chapeaute quatre sociétés nord-iséroises du secteur textile, Sofileta à Bourgoin-Jallieu étant la principale, tant en termes de chiffre d'affaires que de notoriété. La société Gaudin teintures et apprêts (GTA) prépare et ennoblit les tissus, au sens large. La Société industrielle de tissages PM (SITPM), basée à Apprieu, s'occupe du tissage, de l'ourdissage et de l'encollage. Rossignol tissus élastiques, appartenant également à la famille Bouret, est en charge du tricotage. SITPM et Rossignol fournissent des écrus, c'est-à-dire le tissu brut, à Sofileta qui concentre les fonctions tertiaires du groupe. Francital environnement, dernière filiale de Sopatex, fabrique des produits confectionnés pour des niches professionnelles, comme les pompiers ou les forestiers.

De la haute technologie
Pour sa part, Sofileta crée, conçoit, développe et commercialise du tissu au large, prêt à utiliser pour les secteurs de l'automobile, de l'aéronautique, du médical,etc. Capable aussi bien de petites unités que de grandes séries, elle s'est diversifiée dans un grand nombre de niches qui lui permettent d'avoir une variété géographique de sa clientèle et lui évitent des cycles saisonniers. D'ailleurs, dans le contexte économique actuel, outre l'optimisation des coûts, Sofileta recentre ses efforts commerciaux sur ses grands clients et les grandes zones géographiques. Depuis un an, l'entreprise prospecte également dans des secteurs de haute technologie pour étudier les combinaisons possibles entre le tissu et l'électronique par exemple. «Mais, dans ce cadre-là, nous restons concentrés sur les métiers textiles», souligne Benoît Bouret. Attentif aux demandes spécifiques de chaque client, il avoue que le passage en production peut être une phase délicate qui demande une formation spécifique des opérateurs et qui a amené l'entreprise à recruter des «profils complémentaires», plus orientés vers les technologies de pointe. Sofileta est également membre de Métis. Cette plateforme technologique de transfert de savoirs entre les industries traditionnelles et les nanomatériaux compte quatre autres membres, Thuasne, Sport soie, ArjoWiggins et Rexor, adossés au CEA et à Minatec. «Métis est un incubateur de projets et un puissant outil de veille technologique. Cette association d'entreprises rhônalpines, qui ne sont pas concurrentes entre elles, permet d'atteindre une taille critique pour supporter l'incubation et la veille.» Sofileta est également un des représentants du pôle PME/PMI de Minalogic et un membre récent du Pôle innovations constructives (Pic). «Appartenir à des réseaux est une forme de dynamisme et relève d'une volonté d'ouverture.» Et c'est d'ailleurs pour «préparer la révolution du textile intelligent» que Sofileta se trouve au sein du Sitelesc, organisme de professionnels de la micro et nanoélectronique.

Benoît Bouret. «La révolution des textiles intelligents»



Benoît Bouret, directeur stratégie, et Philippe Jamet, directeur du développement, expliquent les dernières innovations.
Quels sont vos domaines d'innovation?
Sofileta est organisée en trois divisions. La partie historique Active wear/bodywear/fashion (40% du CA), qui fournit des fabricants de vêtements de sport, de lingerie et du luxe, se concentre sur des tissus fonctionnels. Ils vont par exemple permettre la gestion de la transpiration, la régulation thermique, ils vont être antibactérien ou anti UV. La division Advanced textiles (50% du CA) propose des fibres à haute performance technique pour des équipements de protection individuelle. Ces tissus, qui vont par exemple résister au feu, serviront pour les sapeurs-pompiers, la protection chimique, dans les secteurs de la mécanique, de la métallurgie, pour les forces de maintien de l'ordre ou les militaires,etc. La section Advanced materials (10% du CA) s'occupe de tous les tissus autres que l'habillement. Ces matériaux vont par exemple être intégrés dans une durite pour leurs propriétés de haute résistance mécanique, ils vont servir à rigidifier ou au contraire assouplir le produit fini. Sur ce marché, nous fournissons notamment les sous-traitants de rang «un» de l'aéronautique. C'est dans cette branche que se concentre aujourd'hui l'essentiel de notre R & D pour créer les textiles et matériaux de demain.
Et quels vont être ces textiles de demain?
Nous pouvons parler de révolution du textile intelligent. L'idée est d'avoir des matériaux qui changent selon les conditions, qui s'adaptent à la température, aux champs électromagnétiques, aux gaz... Les tissus seront couplés avec de l'électronique et la révolution viendra du fil ou de ce que l'on dépose dessus. Des capteurs seront intégrés pour mesurer la sueur, le flux thermique. Dans le secteur médical, il pourra y avoir un suivi du taux de glucose, du rythme cardiaque. On imagine des matériaux actifs avec une source d'énergie autonome. L'électronique se fait flexible pour intégrer des tissus souples. Les micro et nanotechnologies interviennent pour injecter un tube de carbone dans la fibre et le rendre conducteur ou capteur.
Quand ces innovations seront-elles disponibles?
Nous sommes toujours en développement, les phases d'industrialisation et de commercialisation interviendront d'ici deux à trois ans. L'électronique intégrée dans le textile existe déjà mais est peu commercialisée pour l'instant. Mais Francital, une des filières du groupe, concrétise ces applications et il existe déjà, par exemple, des vêtements qui intègrent des capteurs photovoltaïques pour charger des batteries.

L'équipe dirigeante. Une affaire de famille

Marie-Émilie Crepet, attachée de direction de Francital, et Benoît Bouret, directeur stratégie de Sofileta.

Le groupe Sopatex a une direction familiale, le fils et les petits-enfants du fondateur étant aux commandes. Le groupe Sopatex a pour P-dg Jean-Claude Bouret, le fils du fondateur de l'entreprise. Benoît Bouret, le petit-fils, dirige Sofileta, tandis que Marie-Émilie Crepet, la petite-fille, est à la tête de la filiale Francital. Viennent ensuite différents directeurs de production et commerciaux. Benoît Bouret, 25ans, directeur stratégie depuis 2007, souligne la simplicité de cette «hiérarchie verticale courte». Au quotidien, la dimension familiale de la direction a pour conséquence «un management entrepreneurial avec une vision à long terme et un horizon de l'ordre de la génération. Le rapport aux gens est plus personnel et la culture d'entreprise est plus centrée sur les employés que sur les fonctions», assure le dirigeant. De son côté, Marie-Émilie Crepet, 30 ans, souligne «l'implication forte de la direction et la continuité pour l'entreprise avec l'apport d'un regard neuf».

Étapes


1911
Création de Gaudin teintures et apprêts (GTA)
1966
Acquisition de la Société industrielle de tissages PM (SITPM) et de Rossignol tissus élastiques.
Années 60
Industrialisation du groupe et création de Sopatex, holding de participations textiles
1971
Création de Sofileta
Années 90
Développement des mailles élastiques
1999
Création de la division Sofileta advanced textiles
2005
Création de la division Sofileta advanced materials
2007
Acquisition de Francital, créée dans les années 60

Sopatex - Bourgoin-Jallieu

- Président: Jean-Claude Bouret - Groupe Sopatex: 250 personnes, dont 20 à la R & D - La famille Bouret détient Rossignol tissus élastiques et Sopatex. Filiales à 100% de Sopatex: Sofileta, Francital, Gaudin teintures et apprêts (GTA) et Société industrielle de tissage PM (SITPM) - Chiffre d'affaires consolidé du groupe Sopatex en 2008: 55M€ (en hausse de 6% sur un an), dont 50M€ pour Sofileta - Export: deux tiers du chiffre d'affaires - Tél.: 04.74.43.54.54 - www.sofileta.com, www.francital.com

Jean-Claude Bouret, P-dg du groupe.

JDE | Édition Isère 38 | 1 mai 2009

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