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JDE Edition Ille-et-Vilaine 35

Vincent Bolloré. "La crise est devant nous !"

ajouté le 15 juin 2009 à 21h27

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Vincent Bolloré

Parrain de la Semaine de l’innovation en Bretagne, qui s’est ouverte officiellement ce lundi 15 juin à Rennes, Vincent Bolloré est intervenu devant un parterre d’acteurs économiques bretons. Lancement de sa voiture électrique, médias, transmission de son groupe familial… Le capitaine d’industrie a évoqué les défis auxquels il est aujourd’hui confronté. Le dirigeant a également confié son sentiment sur la crise qui frappe aujourd’hui le monde. Des propos pas tellement rassurants… Extraits de son intervention par Philippe Créhange.



Durée : 2 mn 30
Taille : 2.3 Mo
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Voiture électrique : première usine mondiale inaugurée en septembre
« Nous sommes aujourd’hui très avancés. Quatorze ans après : un milliard d’euros dépensés. Nous allons inaugurer dans les semaines qui viennent la première usine au monde de batterie polymère lithium à Quimper. (...)
Sous réserve ce serait le 24 septembre. La production a commencé. Je vais voir jeudi 18 (juin, ndlr) si les premières machines qui sont maintenant toutes arrivées fonctionnent ensemble ou pas. Et l’objectif c’est de rentrer en production industrielle à partir de septembre, tester ces batteries et ensuite commencer à monter en production au fur et à mesure pour répondre à deux besoins. D’abord le bus que nous faisons avec Gruau à Laval, et que nous souhaitons commercialiser au printemps/été prochain et ensuite avec Pininfarina (...)
(Cette dernière) nous semblait particulièrement bien placée parce que son nom est connu par le fait qu’elle a produit des Maserati, des Ferrari, des voitures de très haut prestige. Parce que sa ligne et sa façon de dessiner étaient évidemment extrêmement intéressantes. Il nous semblait que les premiers exemplaires de la voiture électrique ne pouvaient pas être une voiture comme les autres électrifiées, mais devaient être une voiture qu’on reconnaissait dans la rue.
(Après Quimper) nous inaugurerons dans la foulée une deuxième usine qui se trouve en Amérique du Nord et qui permettra, d’abord en cas de problème, d’avoir deux sources d’approvisionnements et de développer également le marché de l’Amérique du Nord. »


5.000 réservations
« On a déjà 5.000 réservations. La demande est considérable. (...) C’est plus que nos objectifs. On pensait 1.000 ou 2.000.»


Le profil des acheteurs ?
« Des particuliers, tous pays d’Europe avec une majorité en France. 30-50 ans, plutôt des hommes. »


Une technologie différente
« La question n’est pas “Qui est capable de sortir un véhicule électrique ?”. La question c’est “Qui a la batterie ?”. L’essentiel est parti sur le lithium ion. Le problème c’est qu’au-dessus d’une certaine quantité d’énergie, ça brûle. Dell avait demandé à Sony il y a quelques mois de lui fabriquer des batteries un peu plus élevées pour son ordinateur. Ils ont été obligés de rapatrier 500.000 ordinateurs. Hewlett-Packard, il y a quelques semaines, a demandé également à un autre fabricant des batteries lithium ion en quantité plus importante. Ca a brûlé. Et ça, c’est pour un kilo. Les voitures, ce sont 250 à 300 kg. Aucun constructeur de voitures n’acceptera de prendre un risque.
Nous, nous avons une technologie de polymère lithium. Le lithium est conjugué à du plastique. Notre batterie n’est donc pas liquide. Elle est solide et donc ne brûle pas. Jusqu’à la semaine prochaine, nous refusons que quiconque pénètre dans l’usine. L’important, c’est de garder sa découverte le plus longtemps possible, jusqu’à son industrialisation. Ça y est, nous y sommes. »


Médias : un quotidien payant à l’automne ?
« Le gratuit n’est pas pour nous un achèvement. Nous pensons que c’est le tremplin pour des journaux payants. C’est vrai que nous avons plusieurs projets en tête. L’un est un payant quotidien d’analyse qui pourrait être lancé à l’automne. L’autre est un hebdomadaire gratuit ou payant. Les informations vous les trouvez aujourd’hui sur le net. Personne n’ira plus vite que le digital qui toutes les 5 minutes est capable d’aller donner la nouvelle information. Mais dans cet afflux d’information, on manque souvent d’analyse c’est-à-dire de gens capables de donner des avis et des idées qu’on pourrait tirer de ces faits. »

Les résultats financiers du groupe en 2009
« Toute l’année, je pense qu’on baissera de 10 ou 20 % notre chiffre d’affaires pour une raison importante, c’est qu’une partie de notre chiffre d’affaires est sur la vente de pétrole. Nous sommes intermédiaires. Mais je l’ai indiqué à la dernière assemblée, cette baisse du chiffre d’affaires cache une progression de notre résultat. La baisse du chiffre d’affaires a en fait entraîné une augmentation de nos ventes.»

La crise
« Malheureusement, je crois que la crise commence à arriver. Il y a eu un désordre financier dû à une folie. On a dit à des gens "Jouez avec l’argent. Si vous en gagnez beaucoup, on vous en donnera beaucoup. Si vous en perdez beaucoup, vous ne perdrez rien". Donc les gens se sont mis à faire n’importe quoi. Ça a duré cinq ans, dix ans, peu importe. C’est un désordre financier très dommageable mais qui a représenté des pertes pas dramatiques à l’échelle de la planète . Par contre, maintenant, on va vivre la crise. Le chômage va commencer à arriver. Il a déjà commencé depuis quelques mois mais ça va continuer avec la cohorte des drames qui vont autour. Je pense donc que la crise est devant nous et pas du tout derrière.
Nous rentrons dans la période difficile. Ensuite, eu égard à l’argent qui a été mis au niveau mondial dans les circuits économiques, vous allez connaître ce qu’on appelle l’inflation. Parce que l’économie mondiale ne s’en sortira que par de l’inflation. Et là, évidemment, c’est très très compliqué comme gestion. Il faut aller vous endetter pour aller investir dans des biens durables. C’est un peu compliqué dans des sociétés innovantes et/ou familiales. »

La transmission dans un groupe familial
« Le passage des générations est un point essentiel pour les affaires familiales. Ça commence généralement par des capitaux familiaux puis il y en a certains qui arrivent à se développer. Il faut passer à la deuxième génération. Et ça, ça devient très compliqué parce que généralement, pour que les gens s’intéressent à l’entreprise, on croit qu’il faut qu’ils y travaillent. Or il y a des gens qui n’ont pas la compétence et d’autres qui n’ont pas l’envie d’aller travailler dans l’entreprise. Donc il faut en permanence trouver un moyen de garder ce tour de table familial le plus longtemps possible.
Il y a des choses qui ont été faites, notamment les pactes d’ISF. Mais au-delà des problèmes financiers, le sujet est un sujet d’acclimatation et d’affectio societatis.
Les gens se demandent pourquoi est-ce que je suis venu reprendre cette affaire Bolloré qui était en difficulté il y a trente ans. Et bien toute mon enfance j’entendais à la maison parler de l’entreprise, de l’entreprise, de l’entreprise ! Ma mère était lectrice chez Gallimard et quand mon père rentrait le soir on faisait le débriefing de la journée. Donc quand les difficultés sont arrivées, je pensais que je ne pouvais pas ne pas aller là, quels que soient les risques où les intérêts. »


Les médias : pour attirer la nouvelle génération Bolloré
« On s’est demandé pourquoi il y a cinq-six ans le groupe est rentré dans la communication. On est rentré d’abord dans les studios. Le débat Sarko-Ségo, les jeux olympiques, la Star Academy, c’est nous qui les faisons. Ensuite on est allé dans la télé avec Direct 8. Tout le monde expliquait que la TNT, ça n’allait pas marcher. Et bien on a 2,4 % d’audience et on ne cesse de progresser. Après, on est allé dans les gratuits, puis chez Havas. L’essentiel pour moi c’était d’attirer la septième génération. Parce que la septième génération de Bolloré, quand je leur parlais de transport, de pétrole, de batterie électrique Ce n’est pas génial. Mais lorsque vous parlez à des jeunes de com’, là ça les passionne !
L’objectif n’est pas d’avoir des gens qui vous succèdent au management. L’objectif est le capitalisme familial. Dès votre décès, les gens n’en profitent pas pour aller s’acheter une Ferrari ou je ne sais quoi. Ce n’est pas un bon service à rendre aux héritiers. Surtout, c’est un grand service à rendre à l’entreprise. »

Le financement de l’innovation
« L’innovation, c’est quelque chose de nécessaire sauf si vous avez décidé d’avoir des entreprises comme aux États-Unis. C’est-à-dire un inventeur qui découvre un produit ; un financier qui est prêt à mettre de l’argent pour un temps relativement court ; un industriel qui sait comment le produire et accessoirement le vendre. Tout le monde se met ensemble et puis il y a une entreprise champignon. Et dès que l’entreprise a réussi, on la vend ou on l’arrête.
Moi je pense que la France est un pays qui a tout à fait intérêt à un modèle plus stable dans lequel les entreprises perdurent, continuent au-delà du produit qui a fait leur succès.
La mondialisation de la finance fait que vous aurez à mon sens de plus en plus de difficultés pour trouver - pour ceux qui veulent innover - des gens qui seront capables de laisser de l’argent à long terme et d’accepter le succès bien sûr mais l’échec.
Les pistes, c’est d’abord les capitaux familiaux. Les sœurs, les cousins, les amis. C’est comme ça qu’on commence généralement. Ensuite, c’est son banquier qui est pratiquement aujourd’hui dans du court terme. Je crois qu’il doit exister au niveau d’un pays comme la France des organismes qui permettent d’accompagner dans les périodes de transformation l’entreprise.
Ce qui a été fait par le gouvernement, qui consiste à dire on va déduire de l’ISF quelque chose pour mettre dans les PME, est sûrement une idée positive. Mais ça concerne quelques "Happy Few". Parce qu’il faut connaître des gens qui paient l’ISF et qui sont prêts à vous donner de l’argent. »

La Région pour financer les entreprises ?
« Je crois que la Région, le Département ou la Municipalité - je ne sais pas je ne suis pas un homme politique donc je ne suis pas capable de dire à quel niveau ça doit se passer - doivent regarder les entreprises qui sont en train d’avancer, de se développer ou celles qui sont en difficulté. Je pense qu’il y a un rôle local très important pour passer les épreuves difficiles. Dans l’entreprise que je dirige aujourd’hui et dont je porte le nom, sur les 187 ans déjà passés, il y a eu 157 ans de difficultés et puis 28 années bonnes. Il faut qu’un pays comme la France accepte que, soit des Régions, soit des organismes, financent les entreprises sur le long terme.»

Propos recueillis
par Philippe Créhange

Bolloré. Un géant mondial aux racines locales

Fondé en 1822 à Ergué-Gabéric, dans le Finistère, le groupe Bolloré fait partie des 500 premiers groupes mondiaux. Coté en Bourse, il est toujours contrôlé majoritairement par la famille Bolloré au travers de la Compagnie Financière de l’Odet. En 2008, le chiffre d’affaires a progressé de 15 % à 7,3 milliards d’euros, pour un résultat opérationnel de 124 millions d’euros (+18%) et un résultat net global de 50 millions d’euros. Mais la crise le touche aussi. Au premier trimestre 2009, le chiffre d’affaires était ainsi en recul de 11% par rapport à la même période un an plus tôt. Une baisse d’activité que la direction explique par le “recul des prix des produits pétroliers et des volumes transportés”.
Depuis son arrivée à la tête de l’entreprise, Vincent Bolloré a continuellement étendu le périmètre d’activités du groupe à la recherche de positions dominantes.
Implanté dans 108 pays, l’export représente 48% de l’activité. Les 34.000 salariés officient dans dix métiers, que l’on peut séparer en cinq secteurs d’activités : l’industrie (films plastiques, papiers minces, terminaux et systèmes spécialisés, batteries et voiture électrique) ; le transport-logistique ; la distribution d’énergie ; la communication et les médias ; et enfin les plantations et les divers actifs financiers. La distribution d’énergie et le transport-logistique représentent 95% des 7,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Aujourd’hui, c’est la BlueCar qui porte les nouvelles ambitions de Vincent Bolloré. En mars dernier, au salon de Genève, la commercialisation de la voiture électrique, produite en joint-venture avec l’industriel italien Pininfarina, était officiellement lancée. Alimentées par des batteries au lithium métal polymère, qui permettent de rouler à une vitesse de 130 km/h et de bénéficier d’une autonomie de plus de 250 km, les premières automobiles devraient apparaître sur les routes début 2010. Surfant sur sa technologie et sur la vague écolo, le groupe s’est fixé comme objectifs d’en écouler 10.000 en 2010 et 30.000 en 2012.

Thomas Giraudet

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