Ille-et-Vilaine

Rencontre

JDE Edition Ille-et-Vilaine 35

Jacques Royer. Chausseur sachant chasser

ajouté le 6 février 2009  -  - Mots clés : Actualité, Rencontre, Royer

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«La suite? Elle est réfléchie. Ce que je ferai dans cinq ou dix ans, c'est déjà programmé. Mais je n'ai pas envie de m'arrêter tout de suite, c'est clair.», affirme Jacques Royer, président du groupe familial créé en 1945.

En trente ans, il a bâti un empire distribuant des millions de chaussures en France et en Europe. Grand voyageur et chasseur invétéré, Jacques Royer est pourtant resté viscéralement attaché à son pays: Fougères.

Kickers, Chipie, Converse, Lee Cooper, Stéphane Kelian, Charles Jourdan. Mais aussi Babar, Hello Kitty, Lulu Castagnette, Lucky Luke, Naf Naf, Ushuaia et depuis peu les personnages Disney. Qui peut se targuer d'exploiter plus d'une trentaine de licences de marques et de distribuer des millions de chaussures dans le réseau sélectif français et en grande distribution? Un homme: Jacques Royer. En plus de trente ans, il a avec son frère Alain transformé la TPE familiale - ses parents étaient grossistes en chaussures - en un groupe de bientôt 700 personnes et de 270M€ de chiffre d'affaires. Et depuis où? Depuis sa ville natale, à laquelle il reste collé comme le beurre salé à sa galette: Fougères.

Buffle au Mozambique
Jacques Royer est Breton et il le revendique! Toute l'année, il parcourt le monde pour sentir les tendances qui feront la chaussure de demain. Mais systématiquement, c'est dans sa cité médiévale qu'il revient. «J'ai passé ma vie à voyager et à revenir à Fougères. Je ne peux pas imaginer habiter ailleurs», confie-t-il, le regard pétillant et rieur comme un enfant devant un gâteau au chocolat. Une «nécessité» pour cet amoureux invétéré de la nature et de la chasse. Celui qui a appris l'usage du fusil avec son père dans la campagne fougeraise peut se permettre aujourd'hui de tirer le buffle au Mozambique. Pourtant, c'est toujours avec autant de plaisir qu'il va débusquer la bécasse - accompagné de ses deux setters anglais - dans le bois qu'il a acquis près de Saint-Aubin d'Aubigné. Et après un voyage lointain, c'est encore dans la crêperie Tivabro, place Marchix à Fougères, qu'il retrouvera les parfums de sa terre natale, lui dont l'arrière-grand-mère vendait des galettes.

Chasseur en affaires?
L'âme d'un chasseur dans les affaires comme dans les loisirs? Même s'il admet que l'adrénaline peut être un point commun entre ces deux mondes, Jacques Royer n'acceptera certainement pas le parallèle. Pourtant, à voir le tableau collectionné depuis 1976, ça y ressemble fort. Depuis les années 90, il ne se passe pas une année ou presque sans que le groupe fougerais n'opère un ou plusieurs rachats. Homme appréciant particulièrement le pouvoir de conviction, il faut croire qu'il en a usé avec ses concurrents au fil des années. Un pouvoir qu'il a d'abord testé auprès de ses... élèves. Enfant, Jacques Royer n'avait qu'une idée en tête: être prof. Et il est allé au bout de ce rêve. Bon élève, il a poussé les études d'économie, à Rennes, jusqu'au doctorat. Et c'est dans les lycées malouins qu'il a donné ses premiers cours. Une période riche et initiatique. «On apprend beaucoup dans la relation avec les élèves. On apprend aussi à convaincre. Vous devez être le leader de la classe. C'est une bonne école de motivation», explique l'ancien prof qui, au départ, voulait se destiner à l'enseignement en histoire et géographie. Un projet non abouti qu'il rattrape d'une autre manière aujourd'hui. Outre une demeure à Saint-Malo, Jacques Royer s'est offert un château des XIVe, XVIe et XVIIe siècles, qu'il restaure à Saint-Brice-en-Coglès .

«Faire selon ses moyens»
De son passé, Jacques Royer conservera comme un talisman les conseils prodigués par son père. «Il ne m'a montré que des bons exemples. On a seulement changé de vitesse», explique le dirigeant avant de rappeler que son aîné - qu'il a malheureusement perdu l'an passé - a «toujours eu des bilans positifs». Sa doctrine, comme celle du groupe aujourd'hui: «faire selon ses moyens et toujours tenir ses engagements». Visionnaire Jacques Royer? On peut le dire. Dès 1976, c'est lui qui décide de vendre à la grande distribution, en particulier à Intermarché et Leclerc. Toujours la même année, c'est encore lui qui pense à acheter ses produits en Chine par l'intermédiaire d'importateurs hollandais. Trois décennies avant les autres, il avait senti venir le vent de la mondialisation. Pour les années qui s'annoncent, Jacques Royer a déjà tout planifié, mais il n'en dira pas plus. Sa seule volonté: que l'entreprise, malgré sa dimension aujourd'hui, reste culturellement familiale. Avec son frère aîné vice-président, son épouse directrice du développement produit chez Kickers, son fils Mikaël directeur de la production et du sourcing et ses deux nièces Anne et Nathalie, respectivement responsable communication et chef de produit, Jacques Royer a peu de chances d'être déçu.

«Il n'y a que l'envie qui nous laisse en vie»



Président du groupe familial, Jacques Royer est satisfait des résultats de son entreprise pour 2008. Côté crise, il confie que les effets seront plus marqués sur les marques pour femmes que pour hommes et enfants.
Comment définissez-vous votre métier? L'activité du groupe, c'est vraiment du négoce même si, maintenant, on travaille plus en amont. On est devenu entreprise de marketing et développement de marques. En parallèle, on a développé nos propres bureaux d'études et de styles.
Vous sous-traitez la fabrication. Jamais vous n'aurez d'usines?
Il ne faut jamais dire jamais. S'il y a dix ans on m'avait dit qu'on aurait des bureaux d'étude en France, je ne l'aurais pas cru. Demain, il est d'ailleurs possible que je fasse du Jourdan en France mais c'est parce qu'on est dans le luxe. Le luxe, c'est en France et en Italie. Je ne le ferai pas pour les autres marques.


Sur le plan financier, comment s'est comporté votre groupe en 2008?
On fait un chiffre d'affaires quasi similaire à 2007 (270M€), en hausse de 2%.
Et en terme de résultats?
En 2007, on a fait 24,5M€ après impôt. Pour 2008, on va avoir de très bons résultats.
La crise n'a donc aucun impact sur Royer...
Si. Je pense qu'en 2009, la consommation étant en chute, toute marque sera touchée, même si dans l'habillement, on le sera moins que dans d'autres secteurs. Car quand les revenus chutent, ce n'est pas sur ce poste que les ménages économisent en premier. En fait, notre activité est beaucoup plus liée aux conditions climatiques qu'à des phénomènes conjoncturels.
C'est-à-dire?
Plus les saisons sont marquées, mieux c'est pour nous. La période de solde qui s'achève a par exemple été très bonne car il a fait froid.
Comment voyez-vous 2009?
On s'aperçoit que la consommation pour les marques d'enfant et l'homme chutent moins car ce sont des marques d'utilité. On va changer la paire de chaussures de son enfant lorsqu'elle est usée. Une marque comme Kickers est donc moins touchée. Pour l'homme, c'est à peu près pareil. Par contre, pour les marques fantaisie à destination des femmes, on est plus touché par la crise.
Vous aurez bientôt 61 ans, avez-vous pensé à la suite?
La suite? Elle est réfléchie. Ce que je ferai dans cinq ou dix ans, c'est déjà programmé. Mais je n'ai pas envie de m'arrêter tout de suite, c'est clair. Comme je dis souvent: il n'y a que l'envie qui nous laisse en vie.

étapes


16mai 1948
Naissance à Fougères
1967
Bac Eco au lycée Joliot-Curie, à Rennes
1971-1975
Professeur de lycée en éco et gestion à St-Malo et préparation en parallèle de son doctorat de Science de gestion
15décembre 1976
Intègre l'entreprise en commerce de gros (déjà des chaussures) créée par ses parents à Fougères en 1945
1983
Prend la direction de l'entreprise avec son frère Alain
2001
Commence à gérer la marque US Converse
Février2007
Rachat de Kickers
Décembre2008
Rachat de Charles Jourdan en association avec Dyag
Janvier2009
Rachat de TSS, licencié Disney sur toute l'Europe et Renaudin

Il aime: la chasse (du gros gibier en Afrique à la bécasse en Bretagne), la Bretagne et Fougères, le marathon (8 à son actif), la galette complète, les voyages, l'Inde en particulier Il n'aime pas: les gens qui ne tiennent pas leurs engagements: «On a une parole où on ne l'a pas», les intrigants

Philippe Créhange

JDE | Édition Ille-et-Vilaine 35 | 6 février 2009

Vos réactions 1 commentaire

  • andré Grosjean - commentaire ajouté le 15 avril 2009 à 20h06
    ancien représentant à la retraite
    Toujours en admiration devant Monsieur Jacques Royer.
    Que de chemin depuis Janvier 1979 !.....ou nous nous sommes rencontrés.
    Voilà 10 ans que j\'ai quitté cette \'entreprise formidable a taille humaine ,après y avoir passé 20 ans a visiter les grandes surfaces

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Vos réactions 1 commentaire

  • andré Grosjean : ancien représentant à la retraite - Toujours en admiration devant Monsieur Jacques Royer.
    Que de chemin depuis Janvier 1979 !.....ou nous nous sommes rencontrés.
    Voilà 10 ans que j\'ai quitté cette \'entreprise formidable a taille humaine ,après y avoir passé 20 ans a visiter les grandes surfaces

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