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jeudi 17 mai 2012

Fait du mois

JDE Edition Ille-et-Vilaine 35

Groupe Roullier. «On n'a rien à cacher!»

ajouté le 3 février 2012  - 

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Henri Boyer, 61 ans, est titulaire d'une maîtrise de gestion et diplômé de l'Essca. Président du directoire depuis 2005, il est entré chez Roullier en 1979. Depuis son bureau actuel, une vue sur le terrain qui accueillera le futur centre mondial de R & D du groupe. Un investissement de 30M€.

Habitué à la discrétion, connu pour sa forte culture du secret, le groupe Roullier, à Dinard et Saint-Malo, s'ouvre peu à peu. Dans un entretien exclusif au Journal des entreprises, Henri Boyer, le président du directoire, revient sur l'année écoulée. Et évoque les grands projets.

R
oullier est présent dans treize métiers, allant de l'agrofourniture à la plasturgie, en passant par l'hygiène professionnelle et la pâtisserie. Comment résumer l'activité d'un groupe aussi diversifié?
Disons que nous sommes actifs autour de la nutrition. La nutrition de la plante avec les engrais (70% du chiffre d'affaires et des effectifs), la nutrition animale avec l'agrochimie, la nutrition humaine avec l'agroalimentaire et les biotechnologies marines.
Comment s'est comporté Roullier en 2011?
Globalement, 2011 va être la deuxième meilleure année du groupe en terme de résultat et la meilleure en terme de chiffre d'affaires. Nous allons dépasser les 2 milliards d'euros en terme de CA consolidé et les 3 milliards en cumulé (intégrant les échanges entre filiales, ndlr). Par rapport à 2010, notre chiffre d'affaires consolidé a crû de 30%.
Quel est votre résultat?
Le groupe ne communique pas sur ses résultats. Je peux simplement vous dire qu'on a 52 années de résultat positif.
Quelles activités ont tiré le groupe en 2011?
L'agrofourniture a retrouvé des couleurs grâce une forte internationalisation. Dans cette branche, nous réalisons 20% de nos résultats en France et 80% à l'international. Il y a six ans, c'était l'inverse. Nous sommes présents dans une quarantaine de pays. Dans la nutrition animale, nos métiers ont aussi fait de beaux bilans, notamment dans la magnésie et le phosphate alimentaire.
A contrario, certains de vos métiers ont-ils rencontré des difficultés?
Le métier de la charcuterie est un métier beaucoup plus difficile (le groupe a une usine à Josselin, ndlr).
Comment se résume votre stratégie?
La croissance de nos métiers est liée à notre capacité à nous implanter dans d'autres pays. Toutes les usines ouvertes à l'étranger il y a 5 à 10 ans apportent une très forte contribution au chiffre d'affaires du groupe. Comme au Brésil, où la consommation d'engrais croît de plus de 10% ou encore en Autriche, où nous avons acquis une usine il y a 5 ans. Celle-ci nous a permis d'implanter une dizaine de filiales dans les pays d'Europe de l'Est. L'autre voie, c'est la différenciation. On fait de gros efforts en direction de la R & D. Nous développons une gamme de produits à forte valeur ajoutée.
Quelles sont vos dernières opérations de croissance externe?
Début 2011, dans la pâtisserie, nous avons intégré deux usines (Colibri à Pons - 17 et Cadiou à Derval - 44, ndlr) dans lesquelles nous étions minoritaires. Nous avons considéré que pour bien tirer des synergies industrielles et commerciales, il valait mieux en prendre le contrôle. L'un des objectifs importants de 2012 est que l'intégration de ces deux usines se passe bien, pour une présence plus forte et une rentabilité supérieure.
Avez-vous des acquisitions en cours de réalisation?
Nous sommes actuellement en phase d'acquisition de nouvelles mines de magnésie en Espagne, en Navarre. Elles vont nous permettre de remplacer une mine que nous avons déjà là-bas et dont l'épuisement va arriver. Nous voulons aussi accroître notre usine espagnole (80 personnes) en augmentant sa capacité dès lors qu'on aura développé ces nouvelles mines. C'est un investissement de plusieurs dizaines de millions d'euros.
Sur le plan des effectifs, vous affichez un total de 6.000 collaborateurs. Vous en annonciez 6.300 en 2009. Pourquoi cette baisse?
Nous n'avons pas réussi toutes nos implantations à l'international, en raison de difficultés réglementaires, de problématiques financières. Des environnements complexes qui nous ont contraints parfois à faire machine arrière.
Quels sont ces pays?
Il y a l'Égypte, le Mexique, la Colombie, le Chili ou encore l'Ukraine. L'international, c'est compliqué. Il faut d'abord trouver des hommes de qualité. C'est d'ailleurs pour cela que le groupe a décidé désormais de recruter des patrons locaux, alors que nous avions avant une politique favorisant l'expatriation.
Vous avez annoncé la constitution de Timac Agro, qui regroupe Agriva, Finagro, Interfertil et Timac. Pourquoi ce choix?
En France, nous avions historiquement trois réseaux commerciaux (400 vendeurs) pour vendre les produits de nos usines. La forte concentration du secteur de la distribution et des agriculteurs nous a forcés à passer de trois à deux réseaux, puis à un seul: Timac Agro.
En 2009, Daniel Roullier annonçait la construction d'un nouveau siège international à Saint-Malo. Il évoque aujourd'hui un centre autour de l'innovation et la recherche. Qu'en est-il exactement?
Ce sera le centre mondial de la R & D du groupe. Ce ne sera pas un centre administratif.
Que trouvera-t-on dans ce centre?
Des serres pour montrer les avantages de la fertilisation, des laboratoires, notre activité de biotechnologies marines qui sera transférée de Pontrieux à ici (une vingtaine de personnes, ndlr). Ce bâtiment de 16.000m², avec une architecture assez futuriste, va réunir nos laboratoires de recherche de tous nos métiers. Il accueillera 250 à 300 personnes. Un certain nombre de transferts de sites est prévu mais il y aura aussi des recrutements.
Quel est le montant de l'investissement?
Un peu plus de 30M€.
Daniel Roullier avait parlé de 2011 pour l'édification de ce site. Quand sortira-t-il finalement de terre?
Ce sera 2014. La crise de 2009 nous a contraints à différer ce projet.
Le fondateur du groupe a récemment annoncé avoir cédé ses actions à ses enfants et petits-enfants, à travers un pacte d'actionnaires. Est-ce à dire qu'il a pris du recul?
En tant que président du conseil de surveillance, je peux vous assurer que Daniel Roullier est toujours aux manettes du groupe.
À l'heure de la "toute transparence", la discrétion entretenue par le groupe Roullier n'est-elle pas contre-productive?
Aujourd'hui, on communique beaucoup plus. C'est pour cela qu'on a créé il y a quelques années une direction de la communication. Notre futur centre international de R&D est aussi fait dans un esprit de communication. On va l'ouvrir à l'extérieur. À nos partenaires, nos clients, nos banquiers. On va le faire visiter aux étudiants, notamment notre galerie de minéraux. Vous savez, c'est compliqué quand on a beaucoup de métiers d'avoir un seul axe de communication. Mais si on est discret par tempérament, on n'a rien à cacher!»

Quand le secret Daniel Roullier prend la parole

 Groupe Roullier.  «On n'a rien à cacher!»

L'homme se fait rare et discret. Autant dire que c'est un petit événement dès que le fondateur du groupe Roullier se rend à une manifestation publique. Présent aux voeux de Pierre Méhaignerie, le mois dernier au sein de l'entreprise FAO à Vitré, Daniel Roullier a d'abord souligné sa «sympathie» pour le député-maire vitréen, un homme qui «aime l'industrie.» S'auto-qualifiant ensuite de «féroce enthousiaste» mais pas d'«optimiste», le dirigeant malouin a gentiment raillé les élus. «Si je devais donner un conseil aux élus, ce serait de travailler beaucoup moins. Car je trouve que vous travaillez beaucoup trop! Au lieu de faire des lois en permanence pour gagner des voix, s'il y avait dix fois moins de nouvelles lois dans les cinq ans on pourrait respirer.» Et Daniel Roullier de rêver d'une simplification réglementaire. «Dans une entreprise comme la nôtre, si on se réunissait tous les mois pour faire une révolution, les gens nous prendraient pour des cinglés. Que nos élus ne nous changent donc pas trop souvent les lignes directrices.» Enfin, rappelant que même si on baissait les salaires en France de 50% - «ça ne changerait riencar on serait toujours plus cher» face aux pays émergents -, Daniel Roullier a recentré le débat de la compétitivité mondiale autour d'un seul axe. «Peut-on s'organiser pour que nous, industriels, nous puissions être à armes égales avec l'Allemagne? On n'a pas d'autres choix, il faut faire ce qu'il faut pour les imiter.» Et pour le capitaine d'industrie, c'est par l'innovation que la France trouvera son salut. «50% de nos 6.000 salariés sont à l'international, et pas un euro de ces personnes ne revient en France. Par contre, toute la recherche est faite en France. C'est la démonstration qu'il n'y a pas de de compétition entre le développement à l'international et le développement en France.»REGARD

Création de l'entreprise

En 1960. Première année : 5 salariés à Saint-Malo (aujourd'hui 800 dans la cité corsaire) Effectif actuel Monde 6.000 personnes, dont 1.100 cadres et 500 ingénieurs pour 60 sites industriels. Site internet www.
roullier.com[ENSAVOIRPLUS]GROUPE ROULLIER

Propos recueillis par Philippe Créhange

JDE | Édition Ille-et-Vilaine 35 | 3 février 2012

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