Entreprise du mois
Producteur qui compte en France, la Tomate Jouno, à La-Chapelle-des-Fougeretz, veut accélérer son export. En Allemagne et en Angleterre pour commencer.
Le casque bluetooth en permanence autour du cou - il ne supporte pas d'avoir un mobile à l'oreille - Christian Jouno arpente ses 17 hectares de serres de façon nonchalantes mais déterminée. De la détermination il en faut pour produire chaque année ses quelque 5.000 tonnes de tomates face à une concurrence française et étrangère exacerbée. Depuis La Chapelle-des-Fougeretz - désormais la place forte de l'entreprise (voir historique ci-contre) - la Tomate Jouno mise sur la qualité et l'innovation pour peser face à des Prince de Bretagne ou Savéol - pour ne citer que les Bretons. «On était les premiers à lancer la tomate grappe en France début 90, se souvient Christian Jouno. Elle n'existait qu'à un seul endroit: la Sicile. J'en ai fait un produit "marketé", positionné sur des colis-plateaux un rang, pour respecter le fruit.» Et aujourd'hui, l'objectif de Tomate Jouno est clair: «avoir des variétés, des présentations, des emballages et des prix différents. Nos critères de sélection chez nous ne sont pas les mêmes. Il faut être différent par le goût.»
Un hors-sol assumé
Un souci de l'image et de la qualité reçu de ses parents. «C'est un héritage dont je leur serai redevable toute ma vie», confie le producteur. Un patron qui a fort à faire dans ce domaine tant la culture hors-sol sous serre suscite parfois des hauts le coeur chez les puristes. Sur ce point, Christian Jouno veut rappeler que «l'apparition des serres au début des années 60 a accéléré le processus de spécialisation des producteurs maraîchers.» Et fait de la Bretagne la deuxième zone de production de tomates en France après la Provence. À travers sa marque "Les gustatives", le chef d'entreprise souligne également être «le seul à s'engager à cultiver les tomates sans aucun insecticide chimique.» Pas de quoi pour autant être certifié bio. «Le hors-sol n'est pas admis dans la culture biologique. Nous, nous cultivons grâce à des pains de coco que nous changeons tous les ans.» Aussi étonnant que celui puisse paraître aux yeux du néophyte, c'est justement par ce mode de culture que Tomate Jouno joue sur la qualité. «Grâce au hors-sol on a amélioré le goût de nos tomates. Car on maîtrise la gestion de l'eau», souligne Christian Jouno. Même chose pour le chauffage, qui fonctionne certes toute l'année - la production de tomates ne s'arrête jamais - mais dont la gestion est optimale.
«Pas dans une logique de croissance à tout va»
Avec une telle stratégie, Christian Jouno a fait de l'entreprise familiale une belle réussite, qui réalise aujourd'hui 15M€ de chiffre d'affaires et emploie 150 équivalents temps plein. «On a réalisé une légère croissance en 2011, malgré des marchés très compliqués, relève le dirigeant. Le prix moyen a diminué mais la production a été un peu supérieure, en raison d'un printemps ensoleillé.» Plus globalement, l'entreprise agricole «a su conserver une certaine rentabilité», poursuit Christian Jouno. Et s'il est aujourd'hui «un peu bloquépar les surfaces», il s'en accommode. «On n'est pas dans une logique de croissance à tout va mais plutôt de l'intensif et du qualitatif.» Pour ce faire, la société investit au minimum chaque année un million d'euros «dans des nouvelles serres, la modernisation de l'outil, l'énergie, les facilités de travail. C'est une optimisation de l'entreprise plutôt qu'une course en avant.»
Déjà de l'export dans les années 80
Tomate Jouno ne se replie toutefois pas sur elle-même. Bien au contraire. «Le gros projet c'est un rééquilibrage en faveur de l'export, annonce Christian Jouno. J'aimerais passer de 10-12% aujourd'hui à 25%.» Les marchés en vue: les pays européens «limitrophes et solvables comme l'Allemagne ou l'Angleterre. On peut aller aussi un peu plus loin comme l'Ukraine et la Russie. Mais c'est plus anecdotique.» L'international n'est pas une nouveauté pour Jouno. «J'ai eu une période tout export dans les années 80, où il représentait les deux tiers du chiffre d'affaires.» Mais avec l'essor de la tomate grappe, Jouno s'est peu à peu repositionné sur le marché français. Avant de repenser export ces derniers mois. Côté clientèle, le producteur vend aujourd'hui aux marchés de gros des grandes métropoles françaises (ex. : Subery à Rennes) et à l'étranger, ainsi que la grande distribution. «On privilégie les marchés distributeurs». Les enseignes Cora, Auchan ou Monoprix commercialisent par exemple les tomates rennaises. «Mais on essaie de contenir la grande distribution en dessous de 50% de notre chiffre d'affaires pour éviter la facilité et la dépendance.»
Fin mai2011, le concombre vivait une grave crise en Europe avec une épidémie d'Escherichia Coli en Allemagne. Votre entreprise a-t-elle autant souffert que les producteurs de concombres?
Comme le concombre, la tomate a aussi été touchée par cette crise. Cela s'est traduit pas un peu moins de vente. C'était bien sûr moins violent que le concombre, mais la crise a été plus longue sur les cours.
C'est-à-dire?
Des marchés comme la Russie se sont complètement fermés. Comme les Hollandais et les Belges vendent beaucoup là-bas, ils ont été plus agressifs sur le France. Ce qui a eu un effet sur les prix. Ça a été un facteur de baisse.
L'été, haute saison pour la tomate, ne vous a pas aidé à remonter la pente?
Rappelez-vous, nous avons eu une très mauvaise météo en juillet. Donc on n'a pas redressé les cours. Tout ceci fait qu'on a vécu un passage très difficile.
Fin du XIXe La famille Jouno produit ses légumes rue de la Palestine à Rennes Années 50 Après expropriation, installation à Chantepie 1966 Achat de la ferme à La Chapelle-des-Fougeretz. Premières serres
1979 Christian Jouno s'installe en tant que jeune agriculteur auprès de ses parents
1996 Arrêt de l'activité à Chantepie
Philippe Créhange
JDE | Édition Ille-et-Vilaine 35 | 3 février 2012


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