Entreprise du mois
Face à la croissance des achats sur internet, d'autres modes de commerce font de la résistance. C'est le cas des Magasins Bleus, une enseigne de vente de textile à domicile, basée au Rheu. Elle poursuit sa route avec bientôt une cinquantaine de véhicules boutiques supplémentaires.
Voilà près de cinquante ans que les Magasins Bleus se sont fait un nom à travers les communes rurales et suburbaines de France. L'aventure a en réalité commencé en 1943, dans une petite boutique du centre-ville de Rennes, un "Magasin Bleu" ouvert par Serge Bauché. Dans les années 60, l'entreprise, qui vend des vêtements, décide de se diversifier, pour aller vendre en dehors de Rennes, particulièrement vers Saint-Brieuc et la Bretagne nord. «En mettant sur les routes des véhicules boutiques, le but était de toucher essentiellement des agriculteurs qui ne venaient pas sur Rennes, raconte Christian Degny, l'actuel directeur général de l'entreprise. Les Magasins Bleus voulaient créer un contact de proximité avec des consommateurs qui ne bougeaient pas beaucoup».
400 véhicules boutiques
Aujourd'hui, l'entreprise est passée d'une douzaine de véhicules boutiques dans les années 60 à 400 en 2008. Une croissance qui s'est faite sur l'ensemble du territoire hexagonal. Les Magasins Bleus sont en effet présents sur 70 départements français. Pour les faire circuler, l'entreprise dispose d'autant de salariés vendeurs, qui ont chacun leur zone géographique à couvrir. Chaque département est par exemple divisé en dix secteurs de vente. Le vendeur, lui, circule avec son Renault Master sur un rayon de 500 km² autour de chez lui, comptant environ 25.000 habitants. «Un secteur exclusif», précise le dirigeant de l'entreprise, pour qui il est très important que les vendeurs aient un attachement à l'endroit où ils exercent. Tous sont des VRP salariés, mais n'ont pas forcément d'expérience dans la vente avant de travailler avec les Magasins Bleus. «Nos magasins se déplacent à domicile. La technique de vente est donc tout à fait différente du commerce classique. Le principal est, pour un vendeur, d'aimer les gens et d'être prêt à travailler, quel que soit son profil d'origine. Qu'il vienne de l'industrie ou du bâtiment, nous le formons en interne. Le secret de la réussite, c'est le nombre de clients que l'on arrive à visiter à la journée!», explique Christian Degny. À un bon rythme, l'entreprise a réussi, en presque cinquante ans, à se créer un fichier client conséquent de 600.000 foyers. Ce fichier, chaque vendeur en a connaissance. Mais il doit aussi apporter sa pierre à l'édifice en prospectant sans cesse de nouveaux clients.
Recrutement en cours de 50 vendeurs
Dans cette optique de développement permanent, les Magasins Bleus ont d'ailleurs prévu de renforcer leur équipe de vendeurs, en recrutant d'ici à la fin de l'année cinquante nouveaux salariés. Le but de ce recrutement est bien sûr d'atteindre des publics supplémentaires dans de nouveaux secteurs autour des 14 bureaux régionaux disséminés à travers le pays. Les clients potentiels résident en maisons individuelles, principalement en zones suburbaines et en milieu rural. «Nous ne visons plus seulement les agriculteurs!, rappelle Christian Degny. Le monde rural n'a plus la même composition qu'il y a cinquante ans. Selon l'Insee, la France compte 14millions de ruraux, mais ce ne sont pas 14millions d'agriculteurs!».
Grandes marques et marques de distributeur
Côté marchandise, l'entreprise fonctionne exactement comme toute chaîne de commerce de distribution généraliste. «La seule différence est que nos boutiques sont mobiles. Nous commercialisons des produits textiles homme, femme, enfant.» L'essentiel provient de grandes marques (Teddy Smith, Red Wood, Armor Lux, Eminence, DDP, Puma, Asics...), le reste est du produit de distributeur acheté auprès de confectionneurs (surtout pour les produits permanents comme la lingerie ou les jeans). Les Magasins Bleus ont donc leurs propres marques: Mikava, Copyright... Leur objectif reste de toute façon de coller à la demande du consommateur. «Notre challenge? Toujours proposer des produits en adéquation avec les attentes des consommateurs de tous âges, affirme le dirigeant. C'est pour cela que les marques sont importantes, car elles collent à l'actualité, surtout auprès des jeunes. Quand une grande marque comme Asics vient nous démarcher pour être référencée chez nous, cela revêt une signification particulière pour nous et nous encourage à poursuivre».
1943
Ouverture d'un Magasin Bleu dans le centre de Rennes, par Serge Bauché.
1960
Lancement des premiers véhicules boutiques. Ils sont alors une douzaine.
1992
L'entreprise est reprise par Roger Duteil.
1999
Christian Degny devient directeur général.
2007
Reprise des Magasins Bleus par une holding, La Financière des Éparses.
2009
Nouvelle phase de recrutement. À la fin de l'année, les Magasins Bleus compteront 450 vendeurs.
Christian Degny, directeur général des Magasins Bleus, est entré dans l'entreprise en 1999. À l'époque, certains pensaient qu'ils deviendraient ringards face aux progrès des achats sur le net. Aujourd'hui, la tendance s'inverse. Explications.
La vente en véhicules boutiques n'a-t-elle pas une image vieillotte?
Notre métier est assez ancien, il est même une évolution du vieux métier de colportage. Mais nous
sommes cités en exemple par de nombreux spécialistes des observatoires de tendances du nouveau commerce.
Que recherche, selon vous, le consommateur aujourd'hui dans votre branche?
La crise économique aidant, le consommateur est en recherche d'un service de qualité et de proximité: il ne veut plus forcément faire trente kilomètres pour se rendre au supermarché! Il en veut aussi pour son argent, et en plus, il attend une certaine qualité de relation humaine avec son commerçant. Voilà qui chamboule le mode de commerce. Là, nous avons notre place au coeur de l'actualité des nouveaux comportements des consommateurs.
Face à l'augmentation du marché des ventes sur internet, comment voyez-vous l'avenir?
Il y a six ou sept ans, certains nous disaient que l'on allait se ringardiser. Nous n'avons jamais voulu nous lancer sur internet car c'est un métier que l'on ne sait pas faire. La punition aurait été de perdre notre âme. Aujourd'hui, nous sommes confiants dans le futur car nous sommes approchés par des spécialistes du commerce. Nous avons, dans le même temps, résisté à la vente par correspondance. Celle-ci est par contre entrée dans une phase de déclin.
Quelle est votre valeur ajoutée?
L'internet a ses limites, car l'achat est virtuel. Avec nos véhicules boutiques, le client sait ce qu'il achète: il peut toucher, voir, essayer, et même retourner si cela ne va pas.
C'est ce qui vous sauve par rapport au commerce classique?
Le marché a en effet connu une baisse de 12% l'année dernière. Pour notre part, nous n'avons pas subi d'érosion sur notre business, puisque nous avons même fait une meilleure année en 2008 qu'en 2007.
- Directeur général: Christian Degny - Effectif: 500, dont 400 vendeurs - Nombre de bureaux régionaux en France: 14 - CA 2008: 30M€ - Résultat d'exploitation: 850.000 €. - Tél.02.99.14.95.95. - www.magasins-bleus.com
Virginie Monvoisin
JDE | Édition Ille-et-Vilaine 35 | 3 avril 2009

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