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ajouté le 4 décembre 2009 - - Mots clés : Actualité, Entreprise du mois, Ekyog
Le symbole est fort. Alors qu'Attitude Développement et sa marque de vêtements équitable et bio Ekyog viennent de passer le fatidique cap des cinq ans, la PME investit dans la construction de son siège. Il sera érigé dans les prochaines semaines à Cap Malo, à La Mézière.
Pour une jeune entreprise qui vient tout juste de fêter ses cinq ans, la construction de son propre siège social est évidemment une étape importante. La PME Attitude Développement SAS, bien connue en Ille-et-Vilaine pour sa marque de prêt-à-porter bio et équitable Ekyog, investit en ce moment dans l'immobilier. 150m² au coeur de Cap Malo, à La Mézière. «On est ici (rue de Jouanet à Rennes, ndlr) depuis trois ans et on a déjà déménagé trois fois», explique Louis-Marie Vautier, cofondateur d'Attitude Développement avec son épouse Nathalie. «Cette fois-ci, on fait construire des bureaux qui vont pouvoir apporter un cadre agréable à nos équipes et accueillir de nouveaux collaborateurs dans un environnement très vert.»
Bureaux ?verts?
Attitude Développement va en effet occuper des bureaux dans l'espace ?Green tech? de Cap Malo, où se trouve déjà le siège d'Armor Green (Groupe Legendre). Une zone d'activités où les immeubles construits se veulent exemplaires en matière d'écologie. Ce qui, pour Ekyog, était presque une obligation. «On est dans un bâtiment avec un bon bilan carbone dans sa construction et une consommation d'énergie qui sera très basse. Ce fut un critère de choix», souligne Louis-Marie Vautier. Un chef d'entreprise qui ne donnera toutefois pas le montant de l'investissement de peur de trop en livrer à la concurrence. «On est une jeune et petite entreprise. Il faut faire attention à ce que l'on dit, explique-t-il. On est partagé entre la nécessité de transparence vis-à-vis des consommateurs et communiquer sur des éléments qui vont servir à nos concurrents essentiellement. Dans la mesure où on est copié, on est de plus en plus vigilant.»
Des gros acteurs vraiment sincères?
C'est vrai que lorsque le couple Vautier a créé l'entreprise, le développement durable et le bio ne connaissaient pas l'engouement qu'on constate aujourd'hui. «Et dans le textile, personne n'en parlait», rappelle le trentenaire, diplômé de l'Essec et marié à une ingénieur textile. Mais aujourd'hui, bio et équitable suscitent de nombreux appétits. «Sur le marché, il y a deux acteurs, indique le dirigeant. Il y a quelques marques et entreprises éthiques qui ont vraiment cette démarche et qui cherchent à se développer. Ce sont souvent de très petites entreprises faiblement capitalisées». Ça, c'est pour le bon côté. «Et il y a les très gros acteurs qui n'ont aucune préoccupation dans ce domaine mais qui considèrent que c'est un moyen de générer de la croissance, poursuit le patron d'Ekyog. Que ces entreprises s'engagent dans ce domaine, ça me semble nécessaire. À condition de le faire correctement. Or, je mets sérieusement en doute leur volonté réelle. Pour moi, ça ne fonctionne que si le chef d'entreprise s'implique réellement à titre personnel. Or, la plupart des acteurs communiquent avant de faire quelque chose.» C'est dit.
Une fin 2008 tendue... mais 75% de croissance!
Et dans ce contexte de crise, comment se porte Ekyog? Plutôt pas mal au vu des chiffres. «2008 s'est très bien passée, conforme à nos objectifs, résume le cofondateur d'Ekyog. À partir de décembre, on a constaté une contraction de la consommation, qui a pénalisé nos résultats sur nos derniers mois de l'exercice. Malgré tout, on a enregistré une croissance de 75% de notre chiffre d'affaires.» Beau score qu'Ekyog doit notamment aux nombreux investissements réalisés l'an passé en magasins en propre. Et 2009? «Ça va être forcément une année globalement difficile. J'espère que 2010 sera meilleure même si on a absolument aucune visibilité. Mais chez nous, je pense que ça va continuer à être une année de croissance très forte», parie le patron.
Un dirigeant d'une PME prônant l'équitable et l'écologique n'est pas un chef d'entreprise comme les autres. Entretien avec Louis-Marie Vautier.
Vous êtes, avec votre épouse, actionnaires majoritaires. Mais à vos côtés, on trouve des fonds d'investissement et des business angels. Est-ce en phase avec les valeurs que vous défendez?
Pour qu'une entreprise se développe, il faut des besoins financiers. Notre modèle économique nécessite beaucoup de fonds car ouvrir des magasins nécessite beaucoup d'argent. Mais dans la mesure où on est actionnaires majoritaires, on reste décisionnaires. Et tout l'enjeu pour nous est d'expliquer à nos financiers qu'il n'y a pas que la ligne du bas qui importe.
Vous sentez-vous ?écolo??
Écolo, oui on l'est. Mais il y a différentes façons de l'être: politique ou pragmatique. Où s'arrêtent la question de l'entreprise et la question militante? Pour moi, militant, c'est notre association Terre d'Ekyog (actions concrètes en faveur de l'écologie et du commerce équitable, ndlr). 10% de nos bénéfices reviennent à cette association.
Que pensez-vous de la notion de décroissance?
Un chef d'entreprise peut difficilement prôner la décroissance. Mais il y a un constat: il est urgent de changer. De mon point de vue, on ne pourra que si l'ensemble des acteurs, des citoyens, des politiques et des entreprises vont dans le même sens. Et les entreprises ont un rôle capital par rapport au défi qui nous est présenté.
Votre politique tarifaire est très particulière. Pouvez-vous nous l'expliquer en quelques mots?
C'est la notion de prix juste: être capable de rémunérer l'ensemble de la filière sans que le prix final ne soit un frein absolu pour notre clientèle. On achète donc notre coton en moyenne 60% plus cher que le coton traditionnel.
Vu ces conditions, comment faites-vous pour ne pas être plus chers que vos concurrents du moyen haut de gamme qui, pour certains, utilisent du coton traditionnel?
Premier élément: on n'a pas d'intermédiaire. On est en direct avec quelques ateliers de confection. Ce qui, au passaage, nous permet de savoir où c'est fabriqué. Et puis on fait aussi moins de marge mais suffisamment pour continuer à développer l'entreprise car on n'est pas des philanthropes ni une ONG.
Vu votre positionnement, une clientèle plus aisée aurait toutefois continué à acheter vos produits même s'ils avaient été plus chers...
Si on avait positionné Ekyog plus cher, on aurait eu une marque plus valorisée encore, mais elle ne correspondait pas à ce qu'on voulait faire. On veut s'adresser à des femmes qui aiment la mode mais qui n'ont pas non plus des revenus énormes.
Mai2004
Création d'Attitude Développement et de la marque Ekyog
Septembre2004
Première collection
Octobre2005
Première boutique Ekyog, à Rennes
Août2006
Première boutique en franchise, à Quimper
Janvier2007
Ekyog reçoit l'Oscar d'Ille-et-Vilaine du Développement durable
Mars2007
Lauréat des Espoirs de la Franchise
2008
Grosse année en matière d'investissements en magasins en propre
Fin 2009-2010
Construction d'un nouveau siège, à Cap Malo (La Mézière)
- Fondateurs et dirigeants: Nathalie et Louis-Marie Vautier - Effectif: 90 salariés répartis entre le siège, les succursales et les commissionnaires-affiliés - CA avril2008-avril2009: 5M€ - Résultat net: environ 5% - Boutiques: 31 dont 20 affiliés et un site de vente en ligne - Tél.02.23.47.09.90. - www.ekyog.com
Philippe Créhange
JDE | Édition Ille-et-Vilaine 35 | 4 décembre 2009

