Gironde

L'Enquête

JDE Edition Gironde 33

Urbanisme commercial. Stop aux implantations et aux extensions

ajouté le 7 janvier 2011  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois, charte de l'urbanisme commercial

  • Agrandir le texte
  • Agrandir le texte
  • Réduire le texte
  • Réduire le texte
  • Envoyez l'article à un ami
  • Imprimez l'article
  • Flux RSS
  • L'article au format PDF
  • Ajoutez cet article
  • Réagissez à cet article
  • Partager l'article sur Facebook
  • Partager l'article sur Twitter
Si la charte d'urbanisme commercial proposée par la Cub, est adoptée le 21 janvier, c'en sera fini de toute nouvelle implantation ou extension de surfaces commerciales sur les huit grands pôles existants. Seuls les concepts novateurs auront une chance de s'installer sur la Cub.

L'agglomération bordelaise est suréquipée en surfaces commerciales. La Cub souhaite donc adopter une charte qui fixe les règles pour les années à venir. Stabilisation des grands pôles commerciaux et développement des commerces de proximité sont les maîtres-mots.


Toulouse 1.088m², Nantes, 1.051m², Bordeaux 1.207m² pour 1.000 habitants. La densité commerciale de l'agglomération bordelaise est largement supérieure à celle de villes comparables. La Cub compte ainsi huit grands pôles commerciaux dont quatre (Bordeaux-Lac, Mérignac Soleil, Rives d'Arcins et Mériadeck) réalisent 50% du chiffre d'affaires commercial qui s'élève à 4,7Md€ par an.

Une agglomération suréquipée
Ces cinq dernières années, plus de 182.000m² commerciaux ont été acceptés sur la Cub, soit 20% du parc actuel. Et ce n'est pas près de s'arrêter puisque selon une étude menée par la CCI de Bordeaux, 15 projets pour un total de 160.000m² sont d'ores et déjà acceptés en CDAC et sept autres pourraient être autorisés à moyen terme pour une surface d'environ 200.000m². «Nous sommes clairement suréquipées en surfaces commerciales et nous devons stopper cette course à l'échalote du toujours plus», explique Vincent Feltesse, le président de la Cub qui a décidé d'agir. Les services de la Cub planchent ainsi depuis près d'un an, en partenariat avec les communes, la CCI et la Chambre de métiers, sur une charte de l'urbanisme commercial. De ce point de vue, l'agglomération bordelaise est en retard puisque des villes comme Lyon, Rennes ou Nantes possèdent ce type de charte depuis longtemps. Mais à Bordeaux, un consensus a toujours été difficile à trouver. Le moratoire établi en 2005 qui visait à empêcher toute implantation de plus de 20.000m², n'a eu que des effets limités sur le nombre de projets acceptés en CDEC puis CDAC.

Réforme du droit de l'urbanisme commercial
«Aujourd'hui, les choses ont changé car il existe une réelle volonté politique d'agir», précise un des responsables du dossier à la Cub. Mais il existe surtout une fenêtre de tir légale. En effet une proposition de loi relative à l'urbanisme commercial, élaborée par Patrick Ollier, prévoit de réformer le droit de l'urbanisme commercial en l'intégrant dans le code de l'urbanisme. Les règles fixées par la charte seraient donc à terme inscrites dans le plan local d'urbanisme des communes ce qui rendrait les choses plus contraignantes. Si cette charte est adoptée comme prévu le 21janvier en conseil de Cub, elle fixera donc les règles d'urbanisme commercial de demain.


Que dit cette charte? Trois points clés sont à retenir. Premièrement, le ?gel? ou tout du moins la ?stabilisation? des grands pôles déjà existants. En clair, il n'y aurait plus d'augmentation de surfaces (hypermarchés ou galeries marchandes) au-delà des projets déjà autorisés. Des extensions pourraient être acceptées seulement si elles contribuent à moderniser un point de vente vieillissant. Ne pourraient se créer que des concepts innovants qui apportent une valeur ajoutée au consommateur. Lors de la présentation de la charte aux commerçants le 3décembre, c'est ce point qui a fait polémique, certains goûtant peu le mot gel et arguant qu'il ne faudrait pas empêcher les entreprises de se développer (lire ci-contre). Deuxième point clé: maîtriser le développement des centres commerciaux intermédiaires surtout sur la rive gauche. Pour finir: renforcer le commerce de centre-ville et les petits centres commerciaux de proximité avec possibilité de création de nouveaux pôles dans des nouveaux quartiers comme Ginko, Euratlantique ou Bassins à flot.

Trouver un équilibre
«Le modèle des grands centres commerciaux consommateurs de mètres carrés qui font la part belle au tout voiture est obsolète, explique un responsable du dossier à la Cub. Désormais nous devons penser le développement du commerce dans une logique d'aménagement du territoire. À l'avenir, il faut mutualiser les fonctions et créer de la ville en faisant cohabiter harmonieusement l'habitat, le commerce et les bureaux.La Cub n'a aucune volonté de stigmatisation des centres commerciaux. Elle veut simplement trouver un équilibre.»

Faut-il geler les implantations ou les extensions commerciales?

 Urbanisme commercial.  Stop aux implantations et aux extensions

Alfredo Julio, président de l'association de commerçants La Ronde des quartiers de Bordeaux OUI.C'est difficile d'être contre cette charte puisqu'à terme, ce sera la loi mais je trouve que c'est une bonne chose. Le commerce doit s'adapter aux nouveaux modes de vie. Les gens veulent plus de proximité et c'est un peu une revanche pour nous, les petits commerçants. Je pense effectivement qu'il faut stopper la création de ces grands centres commerciaux et revenir à un équilibre. La grande distribution est dans son rôle quand elle critique la politique du ?gel? mais elle trouvera des solutions. Regardez Carrefour, ils viennent d'installer un nouveau concept à Bordeaux, le Carrefour Planet. Il ne faut pas opposer le petit commerce aux grandes surfaces. Nous sommes complémentaires. Dans les années à venir, tout se jouera dans les services que nous proposerons aux consommateurs.
Jean-Paul Magrez,
président du groupe Bayle (17 magasins de meubles dans la Cub: Fly, But, Rochebobois, Crozatier, Châteaux d'Ax...) NON.Je trouve très bien que la Cub se penche sur la question et souhaite définir des règles. Le problème, c'est le décalage qui existe entre le temps ?public? et le temps ?privé?. La Cub réfléchit à moyen ou long terme quand un investisseur privé comme moi réfléchit à court terme, en fonction de l'évolution de la concurrence ou des besoins de restructuration qu'il peut avoir. Nous n'avons pas les mêmes délais ni la même visibilité. Mon intérêt en tant que patron est de pouvoir développer mon entreprise. Il faudrait faire attention à ne pas stopper ce développement avec des règles trop strictes. J'ai déposé récemment un dossier de CDAC pour transférer deux de mes magasins, un Monsieur Meuble et un Cuisine Schmidt, dans un bâtiment que j'ai racheté près du Fly de Mérignac, pour créer un village du meuble. Avec cette charte, mon projet pourrait être retoqué. Or je me suis engagé financièrement. Je souhaite qu'il y ait un dialogue constructif et peut être une analyse des situations au cas par cas, car il ne faudrait pas non plus décourager les investissements privés.
POUR / CONTRE

«Le consommateur revient à la proximité»

 Urbanisme commercial.  Stop aux implantations et aux extensions


Que révèle l'étude qualitative que vous avez menée au printemps auprès de ménages de la Cub à propos de leurs comportements d'achat?
L'étude montre que les habitudes des consommateurs ont profondément changé
car l'offre a évolué. Avant cette offre était duale. C'était le petit commerçant ou l'hypermarché. Aujourd'hui, le consommateur a le choix. L'offre est multiple ce qui a changé la donne notamment pour les grands centres commerciaux.
Qu'est ce qui a changé?
À l'époque, ce qui a fait le succès des grands centres commerciaux, c'était l'offre centralisée, la fonctionnalité, l'accessibilité et les prix. Le consommateur prenait sa voiture et venait dans un seul endroit faire le plein de courses. Il se garait facilement, trouvait tout sur place à des prix attractifs. Aujourd'hui les cartes ont été redistribuées. Le consommateur peut aller sur internet pour comparer les prix. Et ces prix attractifs ne sont plus chez Auchan ou Carrefour mais chez les hard discounteurs. Aujourd'hui le consommateur cherche aussi à rationaliser son temps et revient au commerce de proximité, à la qualité, au service. Les hypers et les centres commerciaux doivent donc s'adapter.
Quelles sont les nouvelles attentes des consommateurs?
Le consommateur d'aujourd'hui cherche à donner plus de sens à son acte d'achat. Il privilégie plus le petit commerce car il sait où va son argent et il apprécie le lien social que cela crée. En même temps, il veut du service et n'est pas forcément très fidèle. Si le petit commerce veut le reconquérir, il doit aussi s'adapter.

Orianne Esvan

JDE | Édition Gironde 33 | 7 janvier 2011

Vos réactions Aucun commentaire

Masquer toutes les réactions

Votre commentaire

Votre commentaire


Vos réactions Aucun commentaire

Lire toutes les réactions

Palmarès des entreprises 2016

Hors-Série Palmares des entreprises - Novembre2015

Hors-Série Ressources humaines - Septembre 2016


Espace abonnementpapier - web - packChoisissez votre formule


Besoin d'aide ?
Numéro Azur : 0810 500 301

Téléchargez le numéro du mois

JDE édition 44 - juin 2012