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ajouté le 5 juin 2009 - - Mots clés : Actualité, Entreprise du mois, rugby, sport, stade toulousain
Alliant excellence sportive et entrepreneuriale, le Stade toulousain est un véritable modèle de réussite dans le monde du sport professionnel. Et ce, sans y perdre son âme...
Aline Gandy et Omar Mahdi
Impitoyable, le sport professionnel sacrifie très souvent des gens aux compétences reconnues sur l'autel de la rentabilité immédiate. Tout, tout de suite, très vite... Intérêts économiques énormes, attentes du public: les raisons ne manquent pas pour justifier cet état de fait. Contre-exemple absolu, la réussite du Stade toulousain. La philosophie du rugby que ce club développe et maintient depuis plus de vingt ans pourrait à elle seule expliquer les succès sur le pré, succès dont découle presque logiquement le virage réussi vers le professionnalisme, longtemps un gros mot dans le monde de l'ovale! On pourrait aussi invoquer les noms glorieux de ceux qui ont porté les couleurs toulousaines, soit un véritable Panthéon du rugby: de Villepreux à Médard, en passant par Rives, Skrela, les frères Portolan, Charvet, N'tamack, Castaignède, Labit, Pelous, Michalak, excusez du peu ! Mais ces explications n'en resteraient pas moins incomplètes. Le Stade toulousain, c'est avant tout des hommes. Et des trajectoires atypiques dans une société à laquelle on reproche souvent d'user les individus comme on le ferait de simples outils et de les jeter une fois obsolètes.
Homme du sérail
Au Stade, le président Bouscatel est en poste depuis 1992. Une éternité. À la barre, résistant aux crises (assez rares) et aux «promesses» de déclin annoncé par des concurrents finalement moins jaloux qu'admiratifs. Son alter ego sur le terrain, Guy Novès, est à la tête des Rouge et Noir depuis 1989. Homme du sérail puisqu'il y fut joueur - et, déjà, vainqueur de deux titres de champion de France en1985 et1986 -, sa longévité démontre surtout qu'à l'instar des grandes entreprises, le Stade toulousain base sa réussite sur la confiance qu'il accorde aux personnes en qui il croit- et auxquelles il permet de s'épanouir et de progresser en son sein- et que cette confiance n'est pas de celles qui s'émoussent au premier orage. Et Dieu sait que la personnalité de Guy Novès est tout sauf consensuelle! Volontiers ombrageux et intransigeant, le technicien l'est avant tout avec lui-même. Jamais véritablement satisfait malgré un palmarès incomparable (8 championnats sur les 17 que totalise le club, 3 titres européens) et un effectif qui ne l'est pas moins, sa quête de l'excellence peut paraître un brin extravagante au vu des résultats obtenus. Il est vrai qu'à Toulouse, une saison comme en 2004 où le club échoue en finale européenne et n'est «que» demi-finaliste du championnat de France est considérée comme une mauvaise année!
S'appuyer sur l'existant
Mais c'est justement cet amour inconditionnel de la ville et de ses supporters pour leur club, cette volonté de le voir au sommet partout et tout le temps qui poussent ses responsables, à tous les niveaux à «ne rien lâcher» pour reprendre une terminologie sportive à la mode! Là où d'autres clubs s'impatienteraient et remettraient tout en question, imitant en cela les dérives les plus déplorables du football professionnel, le Stade s'appuie sur l'existant, procède à des ajustements nécessaires (comme par exemple l'amélioration constante du stade Ernest-Wallon et des infrastructures attenantes depuis le début des années 2000) mais ne bouleverse jamais rien de fond en comble. Il en résulte des presque paradoxes qui expliquent pourtant tout: être titulaire au Stade est difficile, même pour des stars internationales (on citera les frères Maka, Gareth Thomas et, bien sûr, Byron Kelleher), mais toutes veulent y jouer et mettent leur ego de côté quand elles sont sur le banc! Le club a tout gagné mais vit chaque saison comme un promu qui découvre le haut niveau et veut prouver qu'il existe! La sérénité glanée sur le pré nourrit le développement de l'entreprise Stade toulousain. L'assise économique rassure, pérennise des idées et les hommes qui les font vivre. De cette assurance naissent de nouvelles victoires. Un mouvement perpétuel, en somme. À l'image de vagues de trois-quarts Rouge et Noir déferlant sur l'adversaire...
Le Stade toulousain est-il, selon vous, une entreprise comme les autres?
Pas exactement. Comme toute entreprise sportive, son but est avant tout de pérenniser ses résultats sur le terrain. En outre, l'entreprise Stade toulousain a ceci d'atypique qu'elle est partie d'une association qui a évolué vers le professionnalisme en se structurant capitalistiquement et juridiquement. D'abord en se transformant, en 1998, en société anonyme à objet sportif (SAOS) lorsque le rugby est passé professionnel, avec deux particularités: ni rémunération des dirigeants, ni répartition des bénéfices. Nous avions alors divisé le capital social entre le l'association Stade toulousain qui en détenait 99% et sept ou huit actionnaires à titre individuel qui se partageaient les 1% restants. Puis, la loi française a évolué et nous sommes devenus, en 2002, une société anonyme sportive professionnelle (SASP), les deux particularités de la SAOS étant par là même levées. Pour ce qui concerne le capital, à ce jour les associations du Stade toulousain détiennent 80% des actions, le reste étant porté par un nombre important d'entreprises ou de particuliers, formant un actionnariat minoritaire mais d'un réel soutien. Enfin, aucun dividende n'étant distribué, nous nous sommes créés des fonds propres pour pouvoir incorporer nos bénéfices, destinés soit à faire des investissements productifs, soit à passer un éventuel cap sportif difficile où nous verrions nos recettes diminuer.
Justement, ces recettes, quelles sont-elles?
Partant du constat que, dans le sport comme dans la culture par exemple, les recettes tirées de la billetterie sont insuffisantes pour nous faire vivre, nous avons cherché à diversifier notre économie (toutes les activités du Stade toulousain sont gérées en direct, ndlr). D'abord grâce au partenariat (sponsoring) qui représente 40% de notre chiffre d'affaires, puis du merchandising avec le lancement d'une ligne de vêtements en cobranding avec Nike et la création de notre marque- ST- dont nous diffusons la ligne de produits dérivés et de vêtements au sein de notre propre réseau de boutiques et via Internet. Ces ventes directes génèrent 20% de notre chiffre d'affaires, auxquels s'ajoutent 5 à 10% de royalties que nous percevons sur les ventes Nike. La Brasserie du Stade pèse quant à elle pour 8 ou 9% et entre 4 et 5% proviennent de la location d'espaces et de l'organisation d'événements clés en main. Le reste se partage entre les droits communs de la Ligue nationale de rugby (droits TV et droits marketing des partenaires de la LNR) et la vente de billets.
Le sponsoring est donc votre première source de recettes. Craignez-vous l'impact de la crise économique ?
Pour le moment, elle ne semble pas avoir une grosse incidence sur les contrats signés mais il est vrai que nous manquons de visibilité sur la saison prochaine. Nous restons très attentifs et travaillons donc à réunir de nouveaux partenaires (300 aujourd'hui, ndlr), qu'ils soient équipementiers, officiels ou au club des partenaires. Il faut savoir que chaque compétition génère, pendant ou après le match, plus de 5.000 relations publiques, ce qui fait du Stade toulousain un élément fort d'intégration dans le monde économique. Je ne vois pas tout cela s'arrêter du jour au lendemain sous l'effet de la crise et encore moins les gens se priver de cette part de rêve que leur apporte le rugby...
- Palmarès: 17 fois champion de France, 3 fois vainqueur de la Coupe d'Europe - Sur la saison 2008-2009, le Stade toulousain est le club du Top 14 qui possède le plus grand nombre d'abonnés: 11.165 - Taux de remplissage moyen des rencontres à domicile: 95% (entre Ernest-Wallon et le Stadium) - 28M€ de chiffre d'affaires la saison dernière - 105 salariés dont 33 joueurs professionnels - 300 partenaires - Siège: Stade Ernest-Wallon - 114 rue des Troènes - BP 42354 - 31022 Toulouse Minimes cedex 2 Tél.: 05.34.42.24.22 - www.stadetoulousain.fr
1907
Trois clubs fusionnent pour donner naissance au Stade toulousain
1912
Premier titre de champion de France; 16 autres suivront, dont le dernier, en 2008
1980
Le stade Ernest-Wallon remplace celui des Ponts-Jumeaux
1992
Arrivée de René Bouscatel à la présidence du club
1996
Le Stade toulousain remporte la 1re Coupe d'Europe (puis celles de2003 et2005)
JDE | Édition Haute-Garonne 31 | 5 juin 2009

