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jeudi 17 mai 2012

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JDE Edition Finistère 29

Travaux publics. Les déblais opposent entreprises et mairies

ajouté le 6 janvier 2012  - 

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 Travaux publics.  Les déblais opposent entreprises et mairies

Les chantiers se multiplient en Finistère. Mais les entreprises de travaux publics peinent à trouver des zones pour stocker les déblais des terrassements. Les installations existantes arrivent à saturation et les nouveaux projets ont du mal à émerger.

Les entreprises de travaux publics tirent la sonnette d'alarme. Les installations de stockage de déchets inertes (ISDI) arrivent à saturation dans le Finistère. Et les nouveaux projets peinent à voir le jour. Les mairies rechignent, en effet, à accepter les zones pour recevoir ces déblais (terre, pierre, verre,etc.). «Tous les professionnels sont inquiets», indique Raymond Gorrec, président de la fédération TP 29. Selon différentes estimations, il n'y aurait plus de place dans les ISDI existantes dès 2013, voire 2012 dans certains endroits. Mais impossible de fixer des dates précises. «Il y a un manque d'informations et de visibilité sur les installations, explique Vincent Capart, responsable du service appui aux entreprises à la CCI de Quimper Cornouaille. Il y a eu un transfert de compétences de l'État vers le Conseil général (lire ci-dessous) et nous sommes dans une période de transition.»

Améliorer le traitement des dossiers
«La situation semble plus difficile dans le Sud que dans le Nord. Même si on commence à avoir du mal à trouver de nouveaux emplacements aussi autour de Brest», remarque Jean-Luc Polard, conseiller général et président du syndicat mixte d'études pour l'élimination des déchets (Symeed). À Saint-Martin-des-Champs, le site de Kérolzec a carrément dû être fermé aux entreprises privées. «On est conscient du problème, mais on n'avait pas d'autres solutions. Il ne reste que trois ans pour nos besoins propres, ceux des particuliers. Et on sait à quel point la recherche de nouveaux terrains est longue et problématique», explique Gilbert Plassart, vice-président de Quimper communauté.
Face à ces difficultés, la CCI de Quimper Cornouaille organisait, le 1erdécembre, une réunion réunissant 18 entreprises des travaux publics de son territoire. «Le but était de voir comment on pouvait améliorer les relations avec les élus locaux et accélérer le traitement des dossiers.» Les demandes d'autorisations pour les ISDI sont encore traitées par les services de l'État: la DDTM (direction départementale des territoires et de la mer). «Des efforts vont être faits pour rendre plus lisibles et fluidifier les démarches administratives. La DDTM a accepté d'adapter la procédure», se félicite Jean-François Garrec, le président de la CCI de Quimper.

«Pas dans mon jardin»
Le principal problème n'est cependant pas administratif mais politique. «À chaque dossier déposé, une association de riverains s'y oppose et ça coince», résume Jean-François Garrec. À Gourlizon, l'entreprise Le Roux en sait quelque chose (lire ci-contre). Et les levées de bouclier de ceux qu'on appelle les «Nimby» ("Not in my backyard" ou "pas dans mon jardin" en français) commencent parfois avant même le dépôt du dossier. C'est le cas à Saint-Elven sur la commune de Kersaint-Plabennec, où un projet de 13ha est, simplement, envisagé. «On peut déjà y lire des pancartes avec: "Non à la décharge"», se lamente Jean-Luc Polard. L'élu regrette l'amalgame entre ces déchets inertes et les dangereux. Selon la nomenclature, les déchets inertes sont des «solides qui ne subissent aucune transformation». Pas de détérioration, pas de pollution: ils sont neutres sur l'environnement. Rien à voir, donc, avec les déchets dits "non-dangereux" ou "dangereux", en général envoyés à Laval, centre de traitement le plus proche de la Bretagne.


Les dossiers, souvent refusés, ont aussi un coût pour les entreprises, autour de 20.000€. «Surtout le temps du bureau d'étude», note Hubert Le Roux, dirigeant de la société du même nom. «Et pour une entreprise comme Le Pape, il y a eu déjà cinq dossiers!», ajoute Jean-François Garrec.

Anticiper les grands travaux
«Il y a un problème de communication, s'accordent à dire les professionnels. Déchets inertes, forcément, ça fait peur.» Ils préfèrent le mot déblais. Mais un simple changement de nom ne réglera pas le problème. «Il faut surtout que les collectivités prennent conscience de la situation», estime Raymond Gorrec. Le public représente 70% du chiffre d'affaires des entreprises de TP. Avec des projets d'aménagement comme la zone de Gourvilly à Quimper, ce sont des centaines de milliers de mètres cubes qui sont enlevées pour le terrassement. «Le site de Conforama à Quimper, c'est 180.000m³, le plus petit chantier, c'est 5.000m³, indique Raymond Gorrec. Il faut que les maîtres d'ouvrage, très souvent des collectivités, anticipent et acceptent que cela fait partie du développement économique.» Plus facile à dire qu'à faire. «Depuis deux ans, je lance des appels aux maires pour savoir s'ils ont des terrains. Je n'ai pas de réponse», se désespère l'élu de Morlaix Communauté, Gilbert Plassart. Et pas question d'aller construire ces ISDI plus loin. «Ça n'aurait aucune cohérence économique et ce serait plus polluant! Les zones doivent se trouver là où on construit.» Face au manque de solution, les entrepreneurs s'interrogent. «Il y a deux risques, soit l'activité se ralentit et c'est une catastrophe pour l'économie locale, ou ils reviennent à d'anciennes pratiques de décharges sauvages», s'inquiète Vincent Capart. En attendant, ils utilisent les installations ouvertes jusqu'à leurs limites et installent de petites zones de 10.000m³, soumises à simple déclaration. Pour débloquer la situation, Jean-Luc Polard propose, lui, de mettre en place des comités de suivi avec des riverains. «Ils pourraient ainsi surveiller les bonnes pratiques. Il y a aussi une filière recyclage à augmenter.»

«Un état des lieux à faire»

 Travaux publics.  Les déblais opposent entreprises et mairies

«Le Conseil général a récupéré la compétence en matière de déchets le 1erjanvier 2011. Un transfert depuis les services de l'État qui s'est fait sans concertation et sans moyens supplémentaires. On nous a simplement dit ce qu'il fallait faire, il n'y a pas d'accompagnement. Nous devons, le 1erjuillet 2013, avoir voté un nouveau plan, qui sera opposable aux tiers. Le dernier, fait par l'État, date de 2003. Entre-temps, il faut donc d'abord réalisé un état des lieux des quantités, quantifier et caractériser ces déchets. Car il ne s'agit pas que des déblais. Le plan concerne tous les déchets, même les dangereux.On s'attaque d'abord aux problèmes du BTP car il y a urgence, surtout dans le Sud Finistère, et les acteurs sont mobilisables.Nous travaillons d'ailleurs bien avec la chambre de métiers et les chambres de commerce et d'industrie. Au cours du premier trimestre 2012, nous allons installer un groupe de travail sur le BTP. En novembre de la même année, aura lieu la première commission consultative de gestion des déchets issus de chantiers du BTP. Le délai est un peu long, mais on peut difficilement faire mieux.»

Isabelle Jaffré

JDE | Édition Finistère 29 | 6 janvier 2012

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