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jeudi 2 septembre 2010

Fait du mois

JDE Edition Finistère 29

Economie maritime. Les paris de demain

ajouté le 3 juillet 2009  - 

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Une filière déconstruction: le groupe 5 du Grenelle de la Mer est favorable pour son développement en Bretagne. Les industriels de la filière pensent qu'elle serait surtout profitable aux professionnels de la valorisation des déchets. À Concarneau, Sita (Suez) a déjà débuté avec des bateaux de pêche.

Avec les Journées de la mer puis le Grenelle de la Mer, la grande bleue était au coeur de l'actualité finistérienne le mois dernier. L'organisation de ces deux événements, à Brest, a eu le mérite de rappeler le poids de l'économie maritime pour le département. Alors que la filière est aussi confrontée aux conséquences de la crise, quelles sont les voies de développement imaginées par les entreprises finistériennes? Tentative de prospective par secteur d'activité.

Thomas Giraudet avec Violaine Pondard et Caroline Scribe

La crise s'invite dans les ports. Le secteur maritime mondial, traditionnellement cyclique et impacté par les échanges mondiaux, n'a pas été épargné par l'effondrement des marchés boursiers. La financiarisation croissante du transport maritime, liée aux tensions sur le marché de l'immobilier qui ont déplacé les capitaux, a particulièrement fragilisé armateurs et affréteurs. L'acheminement de vrac, pétrole, minerais, matières premières agricoles et conteneurs a été particulièrement touché. La baisse de la consommation et de la rentabilité des entreprises sont deux des facteurs réels que l'on peut adjoindre. Résultat, à l'échelle internationale et européenne, le trafic est en diminution. La France s'en sort avec une stagnation de l'activité (+0,04% du trafic portuaire global en 2008). L'exemple le plus proche se situe au port de commerce de Brest: le trafic est en léger recul de 1% depuis le début de l'année, avec 1,179million de tonnes échangées entre janvier et mai2009, et ce, malgré une baisse des échanges pour le bâtiment.

Mutation et innovation
Avec 2730 kilomètres de littoral (dont 1.250 rien qu'en Finistère), 22 ports majeurs et 1.453 navires de pêche, la Bretagne représente la première région maritime française. Les activités pêche et cultures marines génèrent entre 9.000 et 15.000 emplois et représentent un chiffre d'affaires breton de 440M€ en 2008. La pêche justement. Confrontés à une volatilité des prix du gasoil, à une baisse du prix moyen et à une forte hausse des quantités mises en retrait, les patrons-pêcheurs ont été contraints d'accélérer leur mutation pour maintenir un revenu correct. Sorties de flotte, départs à la retraite, vente, la pêche finistérienne s'est adaptée. Le tonnage a diminué (5.000 tonnes pour 738 bateaux), comme l'Europe le préconisait. En Cornouaille, la mise en place des ?contrats bleus? par la coopérative Ar Mor Glaz (247 navires), dans le cadre du plan Barnier pour une pêche durable, a permis aux pêcheurs de bénéficier d'une rémunération complémentaire. Les initiatives existent et demandent à être complétées. Un emploi en mer en générant cinq à terre, l'activité devra demain s'atteler à trouver de nouveaux débouchés. Devenir le principal fournisseur d'entreprises de biotechnologies, utilisant les ressources, est une piste étudiée. Dans ce domaine, il reste tout à organiser.


L'innovation, c'est également le nerf de la guerre pour la plaisance et l'industrie navale. En ajoutant le commerce, ces trois secteurs représenteraient 2.353 emplois et près de 258M€ de CA cumulé dans le département, selon Nautisme en Finistère. Concurrence étrangère à bas coûts, surcapacité de la flotte commerciale, budgets civils restreints, incertitude sur les plans de charges des militaires, les entreprises locales n'ont d'autre choix que de créer un avantage concurrentiel pour capter des parts de marché. Matériaux composites végétaux, énergies propres, tri sélectif, ces solutions nouvelles passeront certainement par des réponses innovantes aux impératifs environnementaux. En attendant l'émergence, peut-être un jour, des projets d'énergies marines renouvelables le long de nos côtes...

Pêche. Poursuivre la transformation

La pêche finistérienne n'a d'autre choix que de poursuivre sa mutation. Trouver des nouveaux débouchés fait partie de ses défis. (Photo C.P)

Secouée à l'automne 2007 par la hausse du prix du gasoil, la pêche finistérienne tente de se restructurer. Le pari n'est pas encore gagné mais des pistes existent déjà pour une meilleure valorisation des revenus.


«Pendant longtemps, les artisans-pêcheurs n'ont pas été conseillés comme il le fallait en matière de gestion. Ces chefs d'entreprises confiaient tout aux groupements coopératifs mais n'étaient jamais mis en relation avec des professionnels comme les avocats et les experts-comptables. Aujourd'hui, les pêcheurs ont compris l'intérêt d'être performant fiscalement pour se prémunir en temps de crise», explique Christian Kermarec, associé PriceWaterhouseCoopers à Quimper. Le cabinet d'audit conseille 95% des armements bretons et vient d'ouvrir un bureau à Lesconil. Ce constat sans appel est confirmé par les professionnels, au premier rang desquels, Philippe Le Moigne, le président de la coopérative finistérienne Ar Mor Glaz, née quelques mois après la crise de la pêche à l'automne 2007. «La pêche et son environnement proche deviennent une affaire de spécialistes. Les généralistes sont plutôt handicapants...»


Depuis un an, les pêcheurs de Cornouaille ont entamé une vraie transformation. La coopérative Ar Mor Glaz, créée officiellement en février2008, regroupe 247 bateaux contre 265 en 2008. La baisse est due aux sorties de flottes, au plan de casse, à des ventes. Elle a été la première à instaurer ?les contrats bleus? (ramassage des déchets, effort de pêche réduit...) pour une pêche durable du plan Barnier. Et ça paie. Le budget alloué pour l'exercice en cours atteint les 10M€ (voir encadré). De plus, le mécanisme, validé par la Commission européenne, représente, selon les estimations des experts-comptables, 20 à 40% du résultat (EBE) des marins-pêcheurs. «Les entreprises de pêche ont eu une histoire insuffisamment capitalistique. Cela a changé. Les armements notamment familiaux disposent d'actionnaires qui remplissent leur rôle», analyse Christian Kermarrec.

Des bateaux moins énergivores
? Les contrats bleus permettent de maintenir en partie un équilibre économique. En partie seulement. Car les revenus tirés de la pêche sont bien en diminution en Cornouaille. Sur un an, la valeur totale (10.976 milliers d'euros en mai2009) et le cours moyen (3,07€/kg en mai2009) ont respectivement diminué de -6,90% et -9,97% sur les six ports de Cornouaille. Bien entendu, le tonnage a baissé (58.611 tonnes en 2008 dans le département), et les professionnels locaux ont, dans ce sens, largement respecté les exigences de Bruxelles. Mais la restructuration de la filière ne peut en aucun cas s'arrêter là. La diversification des sources de revenus, auprès des contrats bleus ou de filières industrielles comme les biotechnologies, est un début. Se posent aussi les questions des zones de pêche, des ressources halieutiques, du prix du gasoil et donc du revenu disponible. Philippe Le Moigne d'Ar Mor Glaz est clair sur ce point: «Pour aller plus loin, on a absolument besoin de redéfinir le modèle économique en disposant d'une flotte moins énergivore. Le pêcheur a déjà fait des efforts. Il faut désormais lui fournir les débouchés et les solutions clés en main pour passer à l'étape suivante.»

Industrie. L'éco-construction avant le démantèlement

Les solutions innovantes dans la conception des navires pourraient octroyer à l'industrie maritime bretonne un avantage concurrentiel. L'hypothétique filière de démantèlement en profiterait même.


Les chantiers navals, civils ou militaires, n'ont pas attendu les préconisations du Grenelle de la Mer pour se conformer aux impératifs environnementaux. Les cahiers des charges des armateurs en sont remplis. DCNS le sait. Confrontée à des incertitudes sur les futurs appels d'offres de la Marine Nationale, l'entreprise a décidé de dépasser son rôle originel de constructeur. Pour le spécialiste européen des systèmes navals militaires de défense, l'avenir passe par la prestation de services à valeur ajoutée. Déjà positionnée sur les énergies marines renouvelables (Winflo, Sabella, énergie thermique des mers), DCNS s'engage sur la conception écologique des bateaux à travers sa politique environnementale et le projet NACRE. Labellisé par le pôle Mer Bretagne, ce projet de 3,5M€ sur trois ans rassemble experts, armateurs (Louis Dreyfus, Génavir, Service de soutien à la flotte) et DCNS. «L'objectif est de réduire l'impact environnemental d'un navire, neuf ou existant, en développant des solutions pour le traitement des déchets, des eaux usées,etc.Le but est bien de créer du business autour», fait remarquer David Théréné, le responsable du projet Nacre chez DCNS. Dans le civil, les éco-technologies se développent aussi. Les chantiers Gléhen du Guilvinec viennent ainsi de remporter la construction d'un transbordeur de 35m pour le conseil général de Charente-Maritime. Le navire, en acier, disposera d'éolienne et de panneaux solaires pour prolonger son autonomie. De son côté, Piriou a déjà développé une solution électrique. «C'est avec ce type de produit que les industriels bretons pourront détenir un avantage concurrentiel tant pour les constructeurs que pour les fournisseurs d'équipements et de services», admet Gilles L'Haridon, le délégué général de Bretagne Pole Naval. Au point de servir le développement d'une filière de démantèlement, sujet de nouveau abordé lors du Grenelle de la Mer à Brest? «La Région peut encourager son émergence», se persuade Janick Moriceau, vice-présidente du conseil régional. Suez a déjà commencé avec les bateaux de pêche à Concarneau. De son côté, la Marine Nationale va devoir déconstruire 35 bâtiments dans un proche avenir. Malgré tout, Gilles L'Haridon se montre plus perplexe. «C'est plutôt réservé aux spécialistes de la valorisation des déchets. En tout cas, ce ne sera pas l'affaire d'un chantier naval seul.»

Nautisme. Cap sur l'économie d'énergie

La plaisance ne pourra pas y échapper: la réduction de la consommation de carburant est devenue une priorité. L'architecte brestois Tanguy Le Bihan et la société Ixelek ont leurs propres solutions.


Présenté au dernier salon Nautic de Paris, le premier bateau tout électrique, Odonata, est sur le point de faire des petits. Tanguy Le Bihan, son dessinateur brestois, s'est inspiré de l'automobile pour intégrer de nouvelles énergies afin de remplacer le moteur thermique. Le trimaran qu'il a conçu en 2008 est composé de deux flotteurs assurant la stabilité, d'un batillage réduit pour éviter de faire des vagues et d'informatique embarquée. Le bateau économise jusqu'à 40% d'énergie et nécessite de se charger à quai. «Il représente l'équivalent d'un hors-bord de dix chevaux et peut atteindre 17 noeuds. Il aura une autonomie de 2h à ce rythme ou de 10h à dix noeuds», complète Pierre Le Masson, associé de Tanguy Le Bihan chez E3H. Un second modèle, un semi-rigide de travail pour les professionnels de la pêche ou des ports, est en cours de conception. Les associés recherchent des partenaires pour assurer la construction en série de ces bateaux, en sous-traitance. Suivant les matériaux utilisés, ces bateaux électriques peuvent être vendus entre 60.000 € et 110.000 €.

Ixelek contrôlela consommation
De son côté, la société Ixelek, issue de la fusion de la Sedam (Lorient) et d'EBS (Loctudy), a mis au point un outil de mesure de la consommation de carburant en temps réel. Sur ce projet, la PME, spécialisée dans l'électricité et l'électronique navale, collabore avec un bureau d'études depuis trois ans. Trois navires morbihannais en sont déjà équipés. Objectif? Renseigner en temps réel les capitaines pour qu'ils adaptent le comportement du navire et évitent la surconsommation. Réduire de 5% la vitesse permet d'économiser 18% d'énergie. «En utilisant à bon escient l'économètre, les compagnies sont capables de faire des économies de l'ordre de 20 litres de gasoil par heure de transport, sur chaque navire», indique Paul Loquet d'Ixelek, qui travaille actuellement sur une nouvelle version de son économètre.

Ar mor Glaz: 10millions d'euros pour 247 bateaux

Issue de la crise de la pêche de novembre2007, et créée en février2008, la coopérative Ar Mor Glaz regroupe 247chalutiers cette année. Présidée par Philippe Le Moigne, elle a a été la première des six structures françaises à lancer les «contrats bleus» pour une pêche durable et responsable. Pour 2009, le budget alloué par l'État et l'Europe est de 10M?, soit la moitié de l'enveloppe globale distribuée en France. Mais le plan instauré par Michel Barnier doit s'arrêter à la fin de l'année. Philippe Le Moigne espère que l'ex-ministre, et nouveau député européen, saura faire entendre la voix des pêcheurs pour prolonger un dispositif reconnu.

JDE | Édition Finistère 29 | 3 juillet 2009

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