Finistère

L'Enquête

JDE Edition Finistère 29

Composants électroniques. Les PME sous tension

ajouté le 3 décembre 2010  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Pénurie

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Avec des stocks de composants plus importants sans facturation de produits, les trésoreries se tendent. D'autant que les prix grimpent. Dans le meilleur des cas, les entreprises arrivent à trouver des compromis avec leurs clients.

Touchées par les difficultés structurelles de Breizadic et de Compétence, la filière électronique du Finistère et les fabricants d'équipements doivent aussi surmonter la pénurie des composants. Une situation qui traîne et pénalise parfois sérieusement les PME.

À l'origine, il y a la crainte de la récession en 2008. Pris de panique, les fabricants de composants électroniques décident de réduire de façon drastique leurs capacités de production. C'est sans compter sur la vitalité des pays émergents et du high-tech de grande consommation (Smartphones, Ipad, écrans plats, PC...). Mais aussi des voitures électriques et des panneaux photovoltaïques fabriqués chez nos voisins européens. Depuis, la pénurie court et commence à fragiliser une partie de la filière. «Nos dirigeants n'ont pas pris conscience du problème. On a actuellement des concurrents au chômage technique. On ne voit pas le bout du tunnel», s'alarme Jean-Yves Kernaflen directeur de Sofinelec à Brest spécialisée dans la fabrication, le câblage et la maintenance électronique et électrique (3,1M€ de CA; 40 salariés). Selon le syndicat national des sous-traitants de l'électronique, 1.500 entreprises seraient concernées en Bretagne, fabricants de produits et de cartes électroniques, sous-traitants, entreprises de réparation et laboratoires.

Délais de 20 à 52 semaines
La pénurie frappe différentes familles de composants. Si on trouve plus facilement des pièces électromécaniques, certains composants actifs et passifs sont fabriqués sous allocation, c'est-à-dire sans confirmation de délais d'achat. Selon les distributeurs français les délais vont de 20 à 52 semaines. Principale conséquence de cette situation pour les sous-traitants: des délais qui s'allongent et des trésoreries qui se tendent. L'absence d'un seul composant peut stopper toute une chaîne. Pour satisfaire leurs clients, les entreprises sont donc obligées de prendre des risques. «Je passe commande trois mois plus tôt, donc à neuf mois. Or, il n'est pas toujours possible de savoir ce que je vais fabriquer trois trimestres plus tard...», témoigne Jean-Yves Bonnet directeur du site Novatech Technologies à Pont-de-Buis.

Des stocks plus importants
Avec des stocks de composants plus importants sans facturation de produits, le besoin en fonds de roulement augmente. D'autant que les prix grimpent. «On est parfois sur des augmentations de 100%. Un gars ici ne fait que de la veille. En quinze minutes, un composant que vous cherchez n'est plus disponible», témoigne Jean-Yves Kernaflen. L'expression des souhaits amplifie un besoin virtuel qui fait grossir la demande globale, impossible à satisfaire. Dans le meilleur des cas, les entreprises arrivent à trouver des compromis avec leurs clients. «On s'en sort plutôt pas trop mal, malgré des surcoûts ponctuels et des lots plus petits, donc plus coûteux. On arrive à répercuter environ les deux tiers de la hausse», indique Jean-Yves Bonnet de Novatech Technologies.

Difficultés de répercussions
«Celui qui est sur des marchés grand public court terme, surtout, doit beaucoup souffrir», analyse Yves David, directeur de Lagassé Communications et Industrie à Douarnenez. Grâce à des contrats longs termes avec l'industrie de la défense, le groupe douarneniste peut anticiper la réserve de ses cartes et de ses composants. «Ce sont plutôt nos sous-traitants qui souffrent. En cascade on aurait pu être gêné. Mais le réel a plutôt baissé par rapport aux prévisions. Et j'avais moins besoin de composants», explique Yves David. La situation est plus délicate pour les entreprises spécialisées dans la pose de composants sur les cartes électroniques et plus généralement pour les PME. «J'ai de grosses difficultés de répercussions. En ce moment, moi-même je travaille à l'atelier», souligne Jean-Yves Kernaflen. Il faudra pourtant tenir. «Les spécialistes n'entrevoient ni amélioration ni aggravation avant la fin du premier semestre 2011», souligne Richard Crétier secrétaire général du Snese (syndicat national de la sous-traitance électronique).

Un club des acheteurs
Si les fabricants de composants font progressivement repartir leur activité, l'augmentation de la capacité de production ne suit pas la demande. «Quand on ferme une usine de semi-conducteurs en quinze jours, pour en ouvrir une autre, ça ne se fait pas comme ça...», poursuit Richard Crétier. Pour accompagner ses adhérents, le Snese, dont le délégué national travaille à Quimper, a créé un club des acheteurs qui explique les stratégies des fournisseurs et les outils de défense appropriés.

Distributeurs et fabricants: des effets d'aubaines ?

 Composants électroniques.  Les PME sous tension

Richard Crétier Délégué général du Snese et directeur conseil chez Copilote à Quimper 
OUI. On sait aujourd'hui que la pénurie aura pour conséquence directe de freiner la croissance des entreprises de l'électronique en 2010. Cette année, grâce à un frémissement sur le marché, on était en droit d'espérer un développement global de +20%. Finalement, on sera au maximum à +10% en raison de la pénurie des composants. Les distributeurs français, en revanche, ont annoncé qu'ils augmenteraient de 30% leur chiffre d'affaires (NDLR: croissance des ventes sur le troisième trimestre. 600M? de vente à fin 2010 contre 500M€ 2009 et 700M€ en 2007). J'aimerais bien comprendre, dans un contexte de reprise économique freinée par la pénurie des composants, comment ils y arrivent? Je ne vois qu'une explication: la pénurie, qui a des origines incontestables liées à la crise de confiance, procure toutefois un net avantage aux vendeurs de composants.

François Kurek
Président du SPDEI (syndicat professionnel de la distribution en électronique industrielle) 
NON. Nos conditions de commercialisation sont le plus souvent encadrées par la politique de vente des fabricants que nous représentons sous contrat. Nos stratégies commerciales sont interdépendantes et nous ne sommes pas libres de nos actions comme un «revendeur non franchisé» ou un «broker». Quand on parle d'effets d'aubaine, on parle de spéculateurs qui achètent des stocks pour les revendre. Ce sont des brokers, identifiés comme tel. Ils ont pignon sur rue et ils ne cachent pas leur métier qui est de dépanner... Quand vous allez chez l'épicier du coin, vous payez votre bouteille de soda plus cher. Par cycles, la pénurie des composants a toujours existé. Sauf qu'aujourd'hui le problème de fond, c'est l'appauvrissement des capacités à acheter du volume global en France. On a beaucoup délocalisé. Quand il y a vingt ans, Alcatel commandait des composants en période tendue, lui et ses sous-traitants les obtenaient. Aujourd'hui on est tributaire de la Chine et d'autres pays... Et avec des entreprises qui ont taillé dans leurs effectifs, on se retrouve avec une dégradation des capacités d'achats. POUR / CONTRE

«Les prix flambent»

 Composants électroniques.  Les PME sous tension


Quelle est la situation?
Depuis un an, nous subissons une crise dramatique.
Le groupe électronique de la Compagnie des acheteurs de France dénonce l'attitude des fabricants de composants, essentiellement situés aux États-Unis et au Japon, qui pratiquent le favoritisme national. Il n'y a plus de respect des accusés de réception même pour une commande passée six mois à l'avance.
À cause de cela, certains de nos membres déplorent du chômage technique. Et on ne peut plus acheter sur les sites américains de vente en ligne car ils ne livrent plus en dehors des États-Unis.
Vous parlez de pratiques discriminantes à l'égard des PME...
Oui les grands groupes ont évidemment plus de poids pour taper du poing sur la table. À la CDAF, les plus petits tirent la langue... Les prix flambent. Pour une mémoire au prix marché de 2euros, vous la trouvez aujourd'hui à 15 ou 20euros. Quand vous passez par des brokers, là ce n'est pas 20% de plus, mais 400 ou 500% de plus! Quand vous êtes acheteurs et que vous bloquez toute une ligne de production, vous êtes parfois sur la sellette... C'est arrivé à la CDAF.
La situation s'arrange-t-elle?
C'est moins pire que cet été... Mais les délais sont encore de six mois pour certains composants.

En savoir plus

(syndicat national des sous-traitants de l'électronique) :02 98 95 17 20 SPDEI (syndicat professionnel de la distribution en électronique industrielle) : www.spdei.fr CDAF (Compagnie des acheteurs de France) : 01 34 80 09 55E

Armelle Gegaden

JDE | Édition Finistère 29 | 3 décembre 2010

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