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L'Enquête

JDE Edition Finistère 29

Bretagne. Divergences autour de la culture d'algues

ajouté le 1 février 2013  -  - Mots clés : Actualité, L'enquête, Algues, Filière, Bretagne, Finistère, Breizh'Alg

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 Bretagne. Divergences autour de la culture d'algues

Pour industrialiser la filière algues, si tous les acteurs s'accordent sur la nécessité d'accélérer le mouvement vers l'aquaculture, des divergences divisent professionnels et institutions régionales.

Si la production d'algues en Bretagne représente 90 % de la production totale en France, elle n'est qu'un grain de sable à l'échelle internationale : avec 70.000 tonnes d'algues par an, elle occupe le 10e rang mondial. Loin derrière la Chine, premier acteur mondial, qui produit plus de 10millions de tonnes d'algues chaque année. Les professionnels du secteur, principalement installés en Bretagne Nord et dans le Finistère, et la Région Bretagne ont identifié l'algue comme une filière d'avenir, que ce soit dans le secteur des cosmétiques ou de l'alimentaire. « Elle est de plus en plus utilisée dans l'agroalimentaire. Cela rentre dans la tendance du bio et du "manger sain" », remarque Jean-Paul Simier, directeur agriculture et agroalimentaire chez Bretagne développement innovation (BDI), l'organe de la Région dédié à l'innovation.

algues

Mais chacun fait le même constat : on ne peut industrialiser la filière sans augmenter drastiquement la production de matière première et donc mettre en place des champs de culture d'algues. La culture d'algues existe en Bretagne : elle représente 50 tonnes cultivées par an. Une broutille par rapport aux 65.000 tonnes d'algues sauvages récoltées par les goémoniers et les 6.000 tonnes récoltées à pied sur les côtes bretonnes chaque année. « Aujourd'hui, la production bretonne ne suffit pas aux besoins de la consommation intérieure, argumente Jean-Paul Simier. On importe deux fois plus que l'on produit. » 

Les chiffres le confirment : chaque année, 125.000 tonnes d'algues sont importées contre 70.000 tonnes produites en Bretagne. Les entreprises de transformation ne le cachent pas : elles doivent importer de la matière première pour subvenir aux besoins de leur industrie. « On est obligé d'utiliser des extraits d'algues importés que l'on peut obtenir en quantité industrielle », regrette Christine Le Tennier, P-dg de Globe export, une entreprise de transformation basée à Rosporden. « Dans notre métier nous cherchons à valoriser la matière première locale, soutient Henri Courtois, P-dg du transformateur d'algues Algues Services, basé à Roscoff. Il y a urgence à envisager un véritable programme de culture. »

Mutinerie
Alors quand BDI a lancé il y a quelques années l'idée d'une réflexion autour de la filière, les professionnels étaient enthousiastes. Mais le programme Breizh'Alg, l'aboutissement de ce projet qui a été voté en conseil régional le 11octobre 2012, a créé une véritable mutinerie au sein de la filière. Le programme prône pourtant le développement de la culture d'algues, ce sur quoi tout le monde semble d'accord. Les premiers couacs remontent à l'élaboration du programme. Au départ, BDI avait émis l'idée de développer la culture du wakamé, seule algue cultivée jusqu'à présent en Bretagne. Mais c'est une espèce exogène en provenance d'Asie, peu utilisée par les industriels du secteur en Bretagne qui préfèrent la laminaire ou l'ulve. Les professionnels se sont insurgés contre cette proposition, considérant que la culture d'algues devait d'abord servir à fournir les entreprises existantes et non à créer « une filière concurrente », s'insurge Christine Le Tennier. 

Si aujourd'hui BDI est revenu sur ce point - « nous favoriserons la culture d'espèces endémiques », assure Jean-Paul Simier - le mal est fait. Un véritable cafouillage règne entre les tenants du programme Breizh'Alg, qui dénoncent la volonté de certains de protéger leur pré carré, et ses opposants, qui accusent la Région de favoritisme et d'amateurisme. 

Une autre divergence, plus profonde, divise les deux camps sur la stratégie de la Région. BDI prône le développement de l'algue comme produit frais, consommée comme légume par exemple. Certains professionnels estiment que les algues cultivées doivent servir à fournir la filière existante (les colloïdes d'un côté, produits intermédiaires à base d'algues utilisés dans l'agroalimentaire comme gélifiants par exemple, et les produits finis à forte valeur ajoutée de l'autre, utilisés dans l'alimentaire ou les cosmétiques). « On voudrait que la filière soit envisagée de façon plus globale », explique Christine Bodeau, présidente de la Chambre syndicale des algues et végétaux marins, qui se dit « perplexe » face au programme voté en octobre. André Prigent, P-dg d'Agrimer et Bretagne Cosmétiques marins s'interroge sur la pertinence de développer l'algue comme légume : « Manger des algues n'est tout simplement pas dans notre culture. On commence à voir de grands chefs s'intéresser à l'algue alimentaire, mais cela reste anecdotique ». Un constat que confirme Henri Courtois (Algues Service) : « Il n'y aura pas de "boom" de la consommation d'algues. Il faut d'abord réaliser un véritable travail auprès du consommateur ».

Des problèmes de fond restent à résoudre
Mais pendant que les deux parties se querellent, des problèmes de fond restent à résoudre. « La côte est surexploitée, s'inquiète Christine Bodeau. Il n'y a presque plus de domaines disponibles pour cultiver l'algue ». Sans place disponible, l'aquaculture serait un projet mort-né. L'idée de BDI est de favoriser la polyculture et permettre ainsi aux conchyliculteurs et ostréiculteurs - qui rencontrent par ailleurs des difficultés liées à la forte mortalité de l'huître - de diversifier leur activité. « On a déjà identifié 3.000 hectares de côtes encore vierges », assure Jean-Paul Simier. Une exploitation de 200 hectares, capable de produire 5.000 à 7.000 tonnes d'algues, soutenu par le programme Breizh'Alg, pourrait voir le jour en 2013 au large de Loctudy, selon une information du Télégramme. Le projet est porté, entre autres par deux ostréiculteurs. Reste encore à obtenir les autorisations nécessaires. La possibilité d'instaurer une culture d'algues à grande échelle doit être validée par des instituts de recherche (Ifremer ou CNRS, par exemple), qui doivent également homologuer le choix des espèces. « C'est très long et compliqué », affirme Henri Courtois. D'où la nécessité d'obtenir le soutien des pouvoirs publics pour accélérer le processus. « C'est une réflexion qui doit être menée au niveau national », tranche Christine Bodeau. En d'autres mots, passer au-dessus de la Région.

« Une tempête dans un verre d'eau »


Quelle est l'ambition du programme Breizh'Alg, porté par BDI et la Région ?
Il vise à développer la filière des algues alimentaires à destination de l'homme. Pour cela, nous voulons aider à mettre en place une véritable aquaculture en Bretagne. Le programme soutiendra financièrement les aquaculteurs et les entreprises de première et deuxième transformation qui rentreront dans cette démarche.
Un budget a-t-il été voté ?
Il n'y a pas eu de budget spécifique alloué à Breizh'Alg lors du vote du 11octobre. Les demandes d'aides seront examinées au cas par cas et financées sur le budget régional « Pêche et aquaculture », qui représente environ 15 à 20millions d'euros par an au total.
Certains professionnels du secteur ont le sentiment que la Région a élaboré ce projet sans les concerter, que répondez-vous ?
Nous avons pu faire des erreurs dans l'élaboration de ce projet, je le reconnais. Mais on ne peut pas nous reprocher de ne pas avoir consulté tout le monde. C'est un projet qui bouscule le petit milieu de l'algue en Bretagne. C'est une tempête dans un verre d'eau. Mais on ne veut rien faire contre eux, ni rien sans eux.

200

C'est le nombre d'hectares que pourraient mesurer les champs d'algues que compte exploiter la société Algolesko au large de Loctudy, selon une information révélée par le Télégramme (édition du 26janvier). Créée par deux ostréiculteurs finistériens et un entrepreneur nantais, la ferme d'algues, la plus grande en France, pourrait voir le jour en 2013. Algolesko a choisi de produire majoritairement une algue laminaire, destiné au marché de l'alimentaire. La société ambitionne d'en récolter 5.000 à 7.000 tonnes par an. Les trois associés réfléchissent aussi à la création d'une autre ferme de 300ha au large de Moëlan-sur-Mer (56).

50

C'est le nombre de tonnes cultivées en Bretagne par an. Le reste de la production bretonne provient essentiellement de la récolte par les goémoniers (65.000 tonnes) et de la récolte à pied (6.000 tonnes). Avec un peu plus de 71.000 tonnes d'algues produites par an, la Bretagne, qui représente 90% de la production française, fait figure de petit poucet face aux géants chinois et indonésiens qui produisent respectivement 10 millions de tonnes et 3 millions de tonnes d'algues par an.

 

26

La Bretagne compte 26 entreprises de transformations d'algues, identifiées par BDI. La plupart sont installées dans le Finistère et en Bretagne Nord. Les deux plus importantes sont Danisco à Landerneau et Cargill à Lannilis, qui créént des produits intermédiaires utilisés dans l'agroalimentaire (gélifiants, épaississants, etc.). D'autres entreprises commercialisent, elles, des produits finis à base d'algue dans le secteur des cosmétiques ou de l'alimentaire (Bretagne Cosmétiques marins, Globe Export, Algues services). Enfin certaines se sont spécialisées dans les produits nutritionnels ou de santé à base d'algues et éléments marins (Yslab, Lessonia).

Aglaé de Chalus et Isabelle Jaffré

JDE | Édition Finistère 29 | 1 février 2013

Vos réactions 1 commentaire

  • focant g - commentaire ajouté le 04 août 2014 à 09h35
    parlons chiffre
    12000 c\'est le nombre d’habitants sinistrés usagers des côtes moelanaises.
    800 c\'est le nombre de pécheurs plaisanciers à qui on confisque 500 hectares de navigation au large de Moelan.
    5 c\'est le nombre d\'entreprises nautiques qui risque de disparaître du fait du desinteressement de la plaisance pour le site.

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Vos réactions 1 commentaire

  • focant g : parlons chiffre - 12000 c\'est le nombre d’habitants sinistrés usagers des côtes moelanaises.
    800 c\'est le nombre de pécheurs plaisanciers à qui on confisque 500 hectares de navigation au large de Moelan.
    5 c\'est le nombre d\'entreprises nautiques qui risque de disparaître du fait du desinteres...

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