Entreprise du mois
Après la perte d'un gros contrat et un incendie en2005 et2006, Took-Took à Morlaix revient de loin. Elle espère dépasser le point d'équilibre en 2012, grâce à sa nouvelle stratégie.
Si le monde économique s'inquiète pour l'année à venir, le directeur général de Took-Took, spécialisée dans les nems et produits ethniques frits à Saint-Martin-des-Champs, voit enfin le bout du tunnel. «On arrive à l'équilibre. En 2012, on y sera. On signe des contrats à l'avance. Je suis optimiste», déclare Frédéric Garnier, diplômé de l'école hôtelière de Saint-Nazaire et de l'ESC Brest. Il y a deux ans, cet ancien cadre du groupe Fleury Michon a repris la direction de Took-Took. Objectif: donner à l'entreprise rachetée par le groupe Norac, une nouvelle impulsion. Car depuis quelques années, une «petite séries de catastrophes» s'est abattue sur l'entreprise finistérienne.
«Une série de petites catastrophes»
En 2005, le plus gros client de Took-Took, une grande enseigne du discount alimentaire décide de rompre ses contrats avec l'entreprise. 80% du chiffre d'affaires s'envole. Un an plus tard, l'usine prend feu. Il faut repartir de zéro, prendre des marchés coûte que coûte. Took-Took se cherche. L'entreprise se diversifie à tout va. Elle se met à fabriquer des sushis mais pasteurisés qui n'ont pas les succès escomptés, des plats cuisinés... Face à des groupes mondiaux puissants, la société doit aligner ses prix pour prendre des marchés dans le hard discount. Sa marge diminue. Et rien ne va plus. Il faut repartir sur des bases saines et repenser la stratégie. «Nous avons pris un virage à 180 degrés», raconte Frédéric Garnier. Took-Took allait dans le mur. «On vendait un produit de qualité sur le segment discount. À un moment, ça ne pardonne pas (...) On sort de là aujourd'hui», poursuit ce professionnel, ancien directeur commercial de Sovefrais, filiale de distribution du groupe Even, dans le secteur de la restauration.
GMS: «Il y a des gens avec qui on peut discuter et d'autres, non»
En juin, l'entreprise a même repositionné son portefeuille clients en cessant de fabriquer pour une marque de distributeur. «Il y a des gens avec qui on peut discuter et d'autres non», confie le dirigeant. En janvier, Took-Took redémarre avec une autre enseigne qui, elle, a été sensible au «discours produit» de l'entreprise et aux résultats des panels de consommateurs. L'entreprise fabrique moins mais mieux. «Aujourd'hui on vise un produit qualitatif et on ne fait plus la course au tonnage», explique Frédéric Garnier qui travaille à la certification IFS (International Food Standard). Dans son usine de 2.500m², Took-Took sort tout de même 15millions de nems par an, des raviolis, des acras, des samoussas, des croustillants... Tous à la marque distributeur, livrés frais (80%) ou surgelés (20%). L'entreprise a signé avec de nouveaux clients comme la Scarmor et Davigel. La GMS et l'industrie ne représentent plus que le tiers de l'activité. L'entreprise s'est redéployée dans un autre secteur: la restauration collective et commerciale. Le partenariat avec l'enseigne de restauration collective Elior s'est développé. Took-Took leur livre en kit de quoi organiser clef en main des soirées à thème et animations dans les restaurants. Elle fournit également les restaurants collectifs d'institutions comme le lycée Tristan Corbière à Morlaix, l'établissement Saint-François à Lesneven, le groupe Airbus ou encore l'école Polytechnique. En parallèle, une activité de fabrication à façon de produits frits pour les industriels et distributeur a été renforcée.
1M€ d'investissement
Grâce à ces efforts, l'entreprise revient au niveau d'avant 2005, fait valoir le dirigeant sans toutefois communiquer les montants: «Le chiffre d'affaires a augmenté de 30% en deux ans». Pour soutenir son déploiement, la filiale du groupe Norac a aussi investi unmillion d'euros sur trois ans pour renouveler son matériel, optimiser l'ergonomie des postes de travail. En 2012, les efforts vont se concentrer sur l'automatisation du process notamment des lignes de conditionnement et d'étiquetage. Ils vont aussi se cristalliser sur la stratégie marketing et R & D.Les équipes ont été étoffées. «On part de zéro en marketing. Depuis six mois, deux personnes consacrent quasiment 100% de leur temps au développement de nouveaux produits», explique Frédéric Garnier. Took-Took vient par exemple de développer une gamme sucrée pour le nouvel an chinois. Cette année, il aura lieu le 23janvier. Une date importante pour l'entreprise.
Hubert Le Roux, directeur général de Le Roux, entreprise de TP et Carrières à Landudec. OUI. «Tous les sites de stockages de déblais que nous utilisons sont à la limite de leur capacité d'accueil. Or, les nouveaux projets ont du mal à aboutir. Les terrains qui se prêtent à l'installation d'une ISDI ne sont pas nombreux: topographie adaptée, hors zone humide, proche d'un axe, accord du propriétaire... Il se trouve que nous avons trouvé un tel terrain à Gourlizon.» «Personne ne veut de ces zones chez lui; elles sont pourtant vitales pour la survie de notre entreprise et du secteur du BTP en général. Ces déblais viennent des travaux pour le développement des collectivités. Les installations réceptionnent des déchets qui n'ont aucune incidence sur l'environnement.» « Il nous a été demandé des compléments au dossier par la DDTM, sur la nouvelle zone humide en contrebas et sur l'accès notamment. Notre bureau d'étude y répond. Quant à la cellule de stockage d'amiante prévue, nous appliquerons, bien sûr, la réglementation en vigueur.»
Guy Marzin, maire de Gourlizon (900 habitants). NON. «Nous savions qu'un tel projet se préparait car il y avait des «bruits». L'entreprise n'est pas venue nous en parler. Le dossier est arrivé en mairie début novembre et nous avions un mois pour donner un avis en conseil municipal. C'est court. Nous ne sommes pas des spécialistes de ces questions et c'est un gros projet pour la commune: 14 hectares, 150.000 tonnes de déchets (terre, pierre, verres) par an en moyenne. Le tout sur quinze ans.» «Il y a aussi un historique difficile avec la carrière dont nous supportons déjà les nuisances. Nous sommes conscients qu'il faut des zones de stockage, mais nous estimons que nous apportons déjà notre part au développement économique.» «Pour ce projet d'ISDI, la population s'est mobilisée car il y a plusieurs craintes. Les camions d'abord: 30 à 60 camions par jour. Un second problème vient des eaux de ruissellement sur la zone humide et le ruisseau. Une zone de stockage d'amiante est aussi prévue, ce qui inquiète, forcément.» POUR/CONTRE
Le nouvel an chinois aura lieu le 23janvier. C'est un événement important pour vous?
Oui car nous multiplions notre activité par trois en un mois. D'une activité en deux fois sept sur cinq jours, nous passons à un rythme à trois fois sept sur six jours. Nous devons anticiper la fabrication du surgelé en octobre et novembre. À titre d'exemple, 800 restaurants clients de notre partenaire distributeur Elior fêtent le nouvel An Chinois.
Avez-vous été touché par la hausse du cours des matières premières?
On a vécu des hausses de matière premières très importantes en 2010. L'huile, par exemple, a augmenté de 40% en six mois. Or, pour faire cinq kilogrammes de produits frits, nous avons besoin d'un litre d'huile.
Pourquoi avoir arrêté les sushis?
Après 2007 nous avons démarré une activité de sushis pasteurisés. Au plan industriel, le concept était bien pensé. C'est le marketing qui pêchait. À une époque, Took-Took a aussi fait du plat cuisiné. Nous avons stoppé tout ça afin de nous concentrer sur notre métier: le produit frit asiatique mais aussi créole, libanais, mexicain...
Le marché Le marché du nem est qualifié de «flat» (plat en anglais) par Frédéric Garnier. La consommation est régulière toute l'année même si un pic est constaté au moment du nouvel an chinois. Il aura lieu cette année le 23janvier 2012. Selon Xerfi, en 2009, les plats cuisinés frais ont représenté 55.000 tonnes et 492millions d'euros de chiffre d'affaires. L'asiatique pèse 4% de ce marché. Took-Took évolue aussi sur le créneau des produits frits ethniques. Selon le dirigeant, des marges de progression existent sur les segments du tex mex et du créole.
2003 Reprise par le groupe Norac 2003 Installation à Saint-Martin-des-Champs
2005 Le premier client de Took-Took, une enseigne du hard discount, rompt son contrat 2006 Incendie du site de production de Took-Took 2009-2010 Amorce d'une nouvelle stratégie
Armelle Gegaden
JDE | Édition Finistère 29 | 6 janvier 2012


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