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ajouté le 6 février 2009 - - Mots clés : Actualité, Entreprise du mois, nobel sport, Innovation R/D
NobelSport est une maison vieille de trois siècles. L'ancienne poudrerie de la Royale est aujourd'hui une entreprise spécialisée dans la production pour munitions de chasse. Mais avec son nouveau produit, la PME de Pont-de-Buis veut aussi séduire les forces de l'ordre.
Thomas Giraudet
C'est un site qui s'étend sur 100 hectares. Planté là, au milieu du vallon de Pont-de-Buis. Un lieu chargé d'Histoire. Avec un grand H.Tout commença le 19novembre 1687 lorsqu'un arrêté de Colbert autorisa la construction d'un moulin à poudre dans la petite cité finistérienne*. Avec les guerres successives, l'activité est en perpétuelle croissance. En 1917, 7.500 ouvriers et ouvrières travaillent sur le site. En 1996, la Société nationale des poudres et explosifs rompt avec sa tradition, délaisse les débouchés militaires pour se concentrer sur le marché civil. La SNPE finira de céder entièrement son département chasse à NobelSport en 2000. L'an dernier, 1.500 tonnes de poudre de chasse sont sorties des ateliers de la filiale de SofiSport, groupe spécialisé dans la fabrication d'amorces. «La poudre représente 80% de notre activité. Nous exporterons également 90% de nos produits en Europe et dans le monde», précise Jean-Pierre Guiavarc'h, le directeur depuis septembre2008 du principal site de production de NobelSport (120 salariés). «Nous avons deux à trois concurrents principaux en Europe du Nord et du Sud. Pour être toujours plus compétitifs, nous avons donc fait évoluer notre processus, en regroupant les activités pour améliorer la sécurité et les résultats.» Un million d'euros a notamment été investi dans les moyens de production. L'usine de Pont-de-Buis réalise près de la moitié du chiffre d'affaires (23M€ pour 47,8M€ au total) d'une entreprise également présente à Anneyron (Drôme) et Toulouse.
Émeutes de 2005
Outre la fabrication de poudre, NobelSport a développé trois autres marchés: le maintien de l'ordre, la confection de matériaux (essentiellement pour la Marine) et la contre-mesure. Néanmoins, cette dernière activité, marginale, est amenée à disparaître. Fournisseur de grenades lacrymogènes pour les polices nationales, NobelSport a fait de son département de maintien de l'ordre un relais de croissance. Les émeutes de novembre2005 dans plusieurs villes françaises ont confirmé sa stratégie. Engagées dans des violences urbaines, les forces de l'ordre disposent flash balls et grenades lacrymogènes. Mais les rapports du ministère de l'Intérieur démontrent les limites de ces armes: elles ne permettent pas de neutraliser des individus distants de 30 à 50 mètres. «Nous avons un savoir-faire dans la propulsion. Nous avons donc décidé de compléter notre offre en mettant au point une balle mi-dure, mi-souple capable de frapper une personne à près de 50 mètres. Cette munition possède une létalité réduite, c'est-à-dire qu'elle est insuffisante pour blesser grièvement», souligne le directeur. Le nom de code de cette munition nouvelle génération: Spartan LE-40. Elle peut être utilisée avec des armes de catégorie 1 (matériel de guerre) ou 4. NobelSport disposait d'une première version à l'automne dernier. Suite aux appels d'offres de la DGA et du ministère de l'Intérieur, l'entreprise a apporté quelques modifications pour tenter de remporter ces deux conséquents marchés. En jeu, 80.000 munitions (plus 400.000 en option) sur neuf ans pour la DGA et 200.000 à 1,2million d'unités sur quatre ans pour la police française. Les réponses devraient intervenir dans sept à dix-huit mois.
Une ouverture mondiale
Avec de tels délais, difficile pour la direction de se prononcer sur les conséquences de l'obtention éventuelle de ces contrats. Des recrutements (une dizaine?) pourraient être opérés et l'outil de production complété. La balle Spartan LE-40 retenue, NobelSport s'offrirait alors des marchés mondiaux. «La France est reconnue pour sa gestion du maintien de l'ordre des populations. Ce serait une vraie référence pour notre produit, fait remarquer Jean-Pierre Guiavarc'h. Ça nous permettrait de lisser les commandes de grenades, encore trop soumises à des variations.»
* Source: www.pontdebuislesquimerch.fr/culture_poudrerie.htm
1688
Construction de moulins à poudre à Pont-de-Buis, sur l'actuel site de NobelSport.
1914-1917
La poudrerie emploie jusqu'à 2.500 ouvriers et 3.000 ouvrières. La production atteint les 50 tonnes par jour.
1973
Prise de contrôle par la Société Nationale des Poudres et Explosifs (SNPE).
1996
Arrêt de la production de poudre militaire.
2000
Reprise de l'activité par NobelSport, filiale du groupe SofiSport. Diversification dans les grenades lacrymogènes.
2009
NobelSport lance la balle Spartan LE-40.
- Filiale du groupe SofiSport. Deux autres sites Nobel Sport à Anneyron (26) et Toulouse. - CA: 47,8M€ en 2008 dont 23M€ à Pont-de-Buis - 120 salariés à Pont-de-Buis - Premier fabricant européen - Activité: Production de poudre pour les balles de chasse (80%), produits pour le maintien de l'ordre (5 à 10%), matériaux, contre-mesure - Production de poudre de chasse: Environ 1.500 tonnes annuelles - 90% d'exportations dans le monde entier - Contact: 02.98.86.42.42; www.nobelsport.fr
Novembre2005. Les banlieues françaises s'enflamment. Sur le terrain, les forces de l'ordre utilisent des flash balls et des grenades lacrymogènes pour disperser les émeutiers. En trois semaines, 2.921 personnes sont interpellées*. «Mais les policiers étaient coincés pour appréhender des fauteurs de troubles à 50 mètres. La balle spartan LE-40 répond à cette problématique», explique Jean-Pierre Guiavarc'h, le directeur du site de NobelSport à Pont-de-Buis. Mise au point en 2008, la munition brevetée par l'entreprise a une létalité réduite. Elle peut frapper la personne mais insuffisamment pour la blesser gravement. «Ce type de modèle existe déjà sur le marché américain. De notre côté, on a cherché à ce que la balle s'écrase en s'élargissant à l'impact», détaille Marie-Cécile Frère, directrice industrielle et technique de NobelSport. La munition peut-être utilisée dans des armes de première catégorie (armes de guerre) ou de quatrième catégorie.
Déclinable en plusieurs versions
Ce mois-ci, NobelSport a répondu aux appels de la DGA (Direction générale de l'Armement) et du ministère de l'Intérieur. Ces contrats s'étendent respectivement sur neuf et quatre ans. Des centaines de milliers d'unités sont en jeu. Les réponses des autorités devraient intervenir dans sept à dix-huit mois mais l'entreprise finistérienne a déjà réfléchi aux évolutions possibles du produit. «On voudrait le décliner en plusieurs versions: une qui libérerait un liquide à l'impact pour faire office de marqueur; l'autre disposerait d'un effet lacrymogène afin de compléter notre gamme de grenades», explique Marie-Cécile Frère.
* Source: www.interieur.gouv.fr
T.G
JDE | Édition Finistère 29 | 6 février 2009

