

L'Enquête
ajouté le 8 juin 2012 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois
Si les chiffres bruts laissent apparaître un déficit d'attractivité des Côtes-d'Armor, le département n'a pas à rougir de ses performances en matière d'investissements étrangers. Il fait même jeu égal avec le Finistère et le Morbihan.
Situation délicate mais, au final, pas si désespérée. Parmi tous les indicateurs d'attractivité d'un territoire, celui des investissements étrangers, s'il n'est pas fondamental en soi, conserve toutefois une place de premier ordre. Et les Côtes-d'Armor, malgré un nombre de projets annuels qui a du mal à dépasser trois depuis plusieurs années, parviennent à faire jeu égal avec ses confrères du Finistère et du Morbihan. Ainsi, en terme de flux, sur la période 2003-2011, le département a accueilli 21 projets représentants 716 emplois créés ou maintenus. Des performances qui représentaient 16% du total breton pour 10% de l'emploi régional d'origine étrangère. «Il ne faut pas se voiler la face, confirme Laurent Queffurus, directeur de Côtes-d'Armor Développement. Notre potentiel se situe dans ces niveaux. Il serait peut-être juste judicieux d'intégrer, aux créations ex-nihilo, les mouvements de capitaux et les prises de participations étrangères qui ont explosé ces deux dernières années. Toutefois, nous ne serons jamais le bassin rennais qui concentre une grande majorité des investissements. Mais notre territoire a des atouts qu'il faut exploiter.»
Le poids de l'agro et des nouvelles technologies
À commencer par le poids de ses filières agroalimentaires et nouvelles technologies portées par les bassins lamballo-briochin et lannionnais. «Ces deux secteurs fédèrent 85% des investissements en place dans le département, confirme Maryline Pierres-Klein, responsable du département International - Europe au sein de Bretagne Développement International. Cet attrait se confirme et se renforce notamment dans les IAA. On assiste à une montée en puissance des Japonais qui sortent du prisme technologique numérique.»
L'atout de la recherche fondamentale
Autre atout du département, la force de ses pôles de recherche fondamentale qui ancrent, année après année, les Côtes-d'Armor comme une terre de savoirs et d'expertise au niveau international. «Le pôle de Lannion est mondialement reconnu pour ses travaux sur l'optique et les télécoms.» Idem sur le Zoopole de Ploufragan autour des productions animales. «Les clients ou officiels que nous recevons sont bluffés par l'organisation mise en place, précise Odile Aladame, responsable service clients et marketing chez Hendrix Genetics. Sur un même site, recherche, entreprises privées et intervenants publics travaillent main dans la main.»
Le point faible de l'enseignement
Deux bémols toutefois: le manque de relations construites entre l'aval industriel et l'amont universitaire, mais également l'absence de plusieurs filières de qualification à forte valeur ajoutée. Lors d'une récente table-ronde organisée par BDI, Daniel Gallou, P-dg de Cité Marine, qui possède un site à La Prénessaye avait notamment milité pour la création «de davantage de passerelles avec les universités. Nous ouvrons une nouvelle usine mais nous avons de réelles difficultés à recruter, malgré nos efforts». Un sentiment nuancé par Maryline Pierres-Klein: «A contrario, les Côtes-d'Armor et la Bretagne peuvent s'appuyer sur une fidélité et un attachement des gens à leur tissu industriel. Le turn-over est très faible ce qui est de nature à rassurer un investisseur.» Tout comme la présence d'une agglomération forte. «Deux projets sur trois se réalisent autour d'une agglo car elle permet d'être proche des administrations et d'offrir aux salariés tous les services nécessaires à leur quotidien. Et sur ce point, malgré les images, les Côtes-d'Armor n'ont pas à rougir de leur place. Saint-Brieuc Agglomération fédère 6% des projets, devancés uniquement par Rennes (22%) et Brest (7%).»
- Le marché
«Nous sommes venus pour un marché... et finalement notre développement s'est effectué en dehors de Bretagne.» Directeur adjoint de la société EnviTec Biogas à Plédran, Sylvain Mesnard est le fondateur de cette filiale française d'un des géants allemand de la méthanisation. «C'était une évidence de s'implanter dans les Côtes-d'Armor. Pour deux raisons assez simples: parce que j'habitais ici et que le gisement des matières premières qui rentrent dans nos processus est important.» Toutefois, depuis 2007, les installations construites par Envitec Biogas l'ont majoritairement été hors du grand Ouest. «Là aussi, pour une simple raison. Nos équipements offrent des puissances de 350kW là où en Bretagne la demande se situe davantage autour de 200kW. Ce frein technique est aujourd'hui levé et la gamme s'est élargie.» Concepteur et installateur, l'entreprise allemande est également investisseur direct avec des prises de participation dans les équipements qu'elle fournit aux agriculteurs. «C'est le cas avec la centrale de méthanisation Bioawatt à Rohan (56) où nous détenons 50% des parts.»
- L'histoire
Numéro deux mondial de la génétique animale, Hendrix Genetics a confirmé son attachement au département en implantant l'ensemble de ses activités France au Zoopole de Ploufragan. «Il y a une histoire avec la filière de l'accouvage, précise Odile Aladame, responsable service clients et marketing. Mais notre actionnaire néerlandais a aussi pris la mesure des compétences, du savoir-faire développé sur ce territoire. Les Côtes-d'Armor comptent aujourd'hui l'un des centres de R & D les plus importants au monde.»
Jean-Yves Duault, responsable commercial Mayekawa France SARL
À quand remonte la création de cette antenne française de l'équipementier japonais Mayekawa?
Le groupe est présent depuis de nombreuses années dans le grand Ouest mais sans disposer d'une véritable antenne puisque le travail commercial était réalisé depuis nos bureaux de Bruxelles. Notre implantation commerciale a vu le jour en septembre2010, d'abord à Saint-Brieuc puis depuis un an à Lamballe.
Quelle était la logique de cette implantation?
L'idée a été de se rapprocher de nos clients industriels dans le secteur du porc et de la volaille. Mondialement connu dans les métiers du froid, Mayekawa a développé une véritable expertise dans la fabrication de machines de désossage pour l'industrie agroalimentaire.
Cette présence terrain était importante pour les investisseurs japonais...
Oui d'autant plus qu'il cherchait un responsable avec une connaissance du secteur de la viande. Aujourd'hui, nous fondons de réelles ambitions sur le marché du porc. Nous venons d'équiper un gros industriel breton dans une ligne automatisée ultra-performante. Le client apprécie cette proximité technique et commerciale.
- 79 sites pour 4.957 emplois soit 16% du total breton. Le département se classe en 4e position derrière l'Ille-et-Vilaine (193), le Finistère (127) et le Morbihan (87).
- Le premier investisseur reste les USA, devant le Royaume-Uni et les Pays-Bas.
- Saint-Brieuc Agglomération est la 3e agglo bretonne où sont localisés des établissements étrangers, derrière Rennes et Brest.
Informations www.invest-in-bretagne.org 02 98 43 81 62
Julien Uguet
JDE | Édition Côtes-d'Armor 22 | 8 juin 2012

