Chutier
Octobre, mois du bio en Paca ? Le salon Artemisia Zen & Bio se tient en effet du 21 au 23 octobre à Marseille et le Critt agroalimentaire Paca organise le 11octobre un colloque régional consacré à la transormation des produits biologiques. L'occasion de faire le point sur une tendance de plus en plus marquée dans le territoire : la création de gammes bio par les industriels de l'agroalimentaire.
Une enquête de Didier Gazanhes et Alexandre Léoty
«Sur les trois dernières années, la dynamique bio dans la région Paca, que ce soit en production ou en transformation, a connu une très forte croissance, meilleure que celle enregistrée au niveau national, se réjouit Arnaud Guyou, directeur commercial au sein d'Ecocert, une structure qui réalise les 2/3 des certifications bio de France. Dans la région, nous sommes à+17% de progression au niveau des transformateurs agroalimentaires». Paca, qui est par ailleurs la première région de France en terme de "surface agricole utile" cultivée en bio, serait-elle ainsi devenue depuis quelques années l'Eldorado de la production bio? C'est en tout cas ce que tendrait à démontrer la dernière étude publiée par l'Agence Bio, qui fait état, en 2010, de 658 transformateurs bio dans le territoire. En effet, au-delà des tendances haussières enregistrées dans l'agriculture, l'artisanat et la distribution, le boom du bio en Paca profite également aux industriels de l'agroalimentaire, qui semblent s'être lancés depuis quelques années dans une course effrenée aux gammes "vertes".
Diversification et Cheval de Troie
« Nous comptons en moyenne une dizaine de PME de la filière qui lancent une ou plusieurs gammes bio chaque année, explique Cyril Bertrand, directeur du Critt agroalimentaire Paca. Et cela concerne à peu près tous les pans de l'agroalimentaire local: fruits et légumes transformés, produits céréaliers, huile d'olive, boissons, produits sucrées, et, dans une moindre mesure, produits dérivés de la viande». Des PME régionales qui choisissent de se lancer dans le bio pour plusieurs raisons. «Rares sont celles qui font du 100% bio, constate Cyril Bertrand. Il s'agit avant tout pour les entreprises de diversifier leurs gammes, en répondant à une demande forte des consommateurs, et donc des distributeurs». Bernard Martin, qui codirige la société Jean Martin (40 salariés - CA: 7 M€), à Maussane-les-Alpilles, le confirme: «Nous venons de lancer une gamme de six références de produits bio. Ce sont nos commerciaux qui ont fait remonter la demande. C'est en quelque sorte le marché qui nous a poussés à nous lancer. Depuis toujours, nous fabriquons des conserves sans colorant, sans conservateur, à base de produits naturels que nous sélectionnons avec rigueur, et nous privilégions l'approvisionnement local. Nous étions mûrs pour le bio. Le marché de la conserve est relativement atone. En revanche, dans le bio, il y a une réelle croissance, et cela nous intéresse». Même constat pour Éric Ciarlo, gérant de la Biscuiterie du Lacydon (20 salariés - CA: 2,7M€), à Aubagne, qui vient de lancer sa toute première gamme bio: «Nous ne pouvions pas ignorer ce marché en plein développement. Le bio, qui reste pour nous très marginal, nous permet avant tout de nous diversifier, tout en véhiculant plus globalement l'image de notre marque, auprès de nos distributeurs habituels, mais aussi auprès de nouveaux opérateurs». Ainsi, pour certains, comme le constate le directeur du Critt agroalimentaire Paca, «le lancement d'une gamme bio peut jouer le rôle d'un Cheval de Troie permettant de négocier par ailleurs le référencement de ses gammes conventionnelles. Et avec le développement des réseaux spécialisés, c'est également une solide alternative de distribution».
Des coûts et des limites
Une alternative qui nécessite malgré tout des efforts, en terme de certification et d'approvisionnement, même si, pour Cyril Bertrand, «l'investissement n'est pas si élevé que cela». Restent ensuite bien entendu les coûts de formulation des produits, mais aussi de marketing. «Nos produits bio ne sont pas simplement la déclinaison certifiée de nos gammes, rappelle Bernard Martin. Nous avons mis au point de nouvelles recettes, avec des cuissons différentes». Viennent enfin les contraintes liées à la commercialisation de produits souvent plus chers que la moyenne. «Le différentiel de prix de vente avec un produit classique ne doit pas excéder les 15 à 20%, rappelle Serge Girardot, P-dg de la Distillerie Janot (24 salariés - CA: 7M€), à Aubagne. Le bio suppose un meilleur respect du produit, de la recette, mais le consommateur n'est pas forcément prêt à surpayer les produits». Un constat qui reste délicat pour certaines PME, comme la Biscuiterie du Lacydon: «Notre surcoût réel de production est plutôt de 50%, donc, automatiquement, notre marge est réduite, regrette Éric Ciarlo. Et nous ne pouvons pas nous rattraper sur les volumes. Mais ces marchés supplémentaires participent malgré tout à l'amélioration de notre rentabilité globale». Pour Cyril Bertrand, cela ne fait par conséquent aucun doute: «Le secteur bio en Paca a encore de beaux jours devant lui».
JDE | Édition Provence-Côte-d'Azur | 7 octobre 2011


Choisissez votre édition
Articles les plus lus
La nouvelle a frappé le monde économique à la mi-décembre. Un article du projet de loi de finances pour 2009, l'article82, prévoyait la très nette...
Avec près de 5.000 salariés dans toute la France, 40 implantations dans onze régions, et un chiffre d'affaires de 850M€, le groupe NGE, dont le siège social est...
Autres articles