

Rencontre
ajouté le 2 avril 2010 - - Mots clés : Actualité, Rencontre, Garella
À quarante ans, Jean-Brice Garella, P-dg du groupe éponyme, fait rimer entrepreneuriat et solidarité au travers de nombreux engagements, non seulement au sein de la filière textile, mais également dans son territoire, où il joue, ainsi que son entreprise, un véritable rôle citoyen.
Partage et solidarité sont deux mots clés qui semblent s'appliquer à Jean-Brice Garella. «Dans un métier en pleine évolution, il sait s'adapter et rebondir. Il sait être à l'écoute des jeunes créateurs et n'a pas peur de donner de son temps. Au sein de la Chambre syndicale de l'Habillement, il est investi de ses fonctions. Nous avions besoin de quelqu'un de représentatif, qui soit un véritable acteur industriel régional», confie Annie Carrai, déléguée générale à la Chambre syndicale de l'Habillement. L'homme, qui atteint cette année la quarantaine, ne se ménage pas et multiplie en effet les engagements, qui, selon lui, occupent un tiers de son temps. Chambre syndicale de l'habillement, Cité Euroméditerranéenne de la Mode, conseiller municipal à Gardanne en charge de la solidarité... «Dans le cadre de la Cité Euroméditerranéenne, nous travaillons au partage des compétences dans le bassin méditerranéen afin de renforcer le pôle textile au sein de ce territoire et de lutter ainsi contre l'émergence des pôles chinois, indien ou turc... À la chambre, à l'Institut Mode Méditerranée, l'idée est de partager du savoir, de l'expérience avec les jeunes. Il est inutile qu'ils refassent les mêmes erreurs que nous...», explique Jean-Brice Garella.
Une entreprise basée à Gardanne
Décontracté, de son bureau de verre, dans son entreprise installée sur l'une des collines, il domine la vallée de Gardanne, à mi-chemin entre la centrale thermique et les anciens puits de mine. Un bassin industriel qui, à la fin du 19e siècle, a attiré de nombreux immigrés venant d'Italie, à la recherche de travail. La famille Garella en faisait partie. «Durant toutes ces années, nous sommes restés là...», commente-t-il, rappelant qu'il est né, tout comme l'entreprise fondée par son père, en 1970, à Gardanne.
Ouverture du capital en 2006
Peu passionné par l'école, Jean-Brice Garella a quitté le cursus scolaire à l'âge de quinze ans. «L'école est une sorte de jeu qui consiste à assimiler des informations sans apporter de sens... J'ai besoin de comprendre à quoi les choses servent pour m'y intéresser. Après avoir quitté les cours, j'ai intégré l'entreprise. J'ai travaillé à la manutention pendant trois ans. En économisant mon salaire durant toute cette période, j'ai ensuite créé une petite société et, avec mon épouse alors styliste free lance, nous avons créé la société Garella Jeans que nous avons ensuite appelée Batiste», rappelle-t-il. Les marques et les créations ou les reprises de sociétés se sont ensuite succédé au gré des opportunités, de la demande du marché et des rencontres avec des créatrices. Jean-Brice Garella prend la direction du groupe en 1999, au départ de son père. «J'ai racheté ses parts et jusqu'en 2006, j'ai détenu 100% de l'entreprise. Mais j'avais besoin d'autres relais, d'avoir une vision différente sur la société. Je souhaitais passer d'une gestion familiale à une approche plus industrielle...» Jean-Brice Garella ouvre alors le capital de l'entreprise aux groupes Banques populaire et Caisse d'épargne, au travers de leurs filiales EPF Partners et Natixis.
Pourquoi avoir ouvert le capital de l'entreprise en 2006?
Je ne voulais plus rester seul aux commandes. Faire entrer des partenaires oblige à se projeter en avant. Il n'est plus possible de se masquer les problèmes. En étant en province, je souhaitais également avoir un relais parisien. Ils peuvent a
voir connaissance d'opportunités de reprise par exemple. Ils sont au capital depuis trois ans, avec vocation d'en sortir. Mais je ne souhaite plus rester seul. Il serait bien de trouver d'autres relais, peut être des appuis liés à l'export...
Vous réalisez près de 50% de votre chiffre d'affaires sur les marchés étrangers. Comment se passe le développement à l'export?
Au départ, JJ Garella était une marque à vocation franco-française. C'est le rachat de Bleu Blanc Rouge, qui était distribuée à l'export, qui nous a entraînés sur les marchés étrangers. Nous avons débuté par l'Europe, le Japon et les États-Unis. Nous profitons de l'élargissement de l'Europe et de l'arrivée des pays émergents. Depuis cinq à six ans, nous voyons participer aux salons des acheteurs issus de pays qui s'ouvrent. Nous allons maintenant nous positionner sur l'Amérique du Sud, l'Australie, la Nouvelle Zélande ou l'Afrique du Sud via des accords de licence.
Y a-t-il des adaptations des collections en fonction des pays?
Il n'y a pas d'adaptation, mais nous tenons compte des potentialités d'export lorsque nous créons nos gammes. En hiver, notre collection comporte évidemment de grosses pièces mais également des vêtements plus légers.
Dans votre rôle de chef d'entreprise, quelle mission vous semble la plus difficile?
Nous sommes aujourd'hui 160. Nous ne fabriquons pas nous-mêmes. Nous sommes encore une petite entreprise, mais nous sommes déjà assez gros. Gérer les problèmes, l'humain, la concurrence, cela fait partie du quotidien. En fait, le plus difficile c'est la prospective. Voir où nous devons aller. Les investissements que nous menons nous obligent à analyser le marché à cinq ans. Il ne faut pas rater les virages et les tendances. Nous sommes actuellement en train de réfléchir à la mise en place d'un second réseau de distribution, en galeries marchandes haut de gamme, en parallèle de notre réseau de 2.500 revendeurs multimarques de centre-ville qui fonctionne bien.
Vous êtes conseiller municipal à Gardanne. Qu'est ce qui a motivé cet engagement?
Il n'est pas possible de nos jours de rester dans sa bulle. Dans les années à venir, la solidarité va devenir une évidence comme l'est aujourd'hui l'écologie. À Gardanne, nous avons ainsi mis en place une plateforme solidaire d'initiatives locales afin de mutualiser des projets de solidarité innovants.
Vous avez écrit deux romans. Que recherchez-vous au travers de ce travail littéraire?
Mon objectif est avant tout de partager une expérience, de faire passer des sentiments. Je suis en permanence en train de noter des informations, des bribes de conversation dans des carnets que j'emporte partout avec moi. Je construis ensuite une narration autour de ces bases. J'écris en général tôt le matin ou dans les transports. Je suis actuellement en train de terminer un troisième ouvrage sur une trame policière.
1970
Naissance à Gardanne
1987
Jean-Brice Garella intègre la société familiale JJ Garella
1988
Création de la société Garella Jean's
1993
Création de la société Indies Rachat des sociétés Nautic et Bleu Blanc Rouge
1994
Il devient P-dg du Groupe Garella
1999
Acquisition de la société Nathalie Garçon
2003 - 2004
Création de la marque Sylla
Création de la marque B and Co
2007
Il devient coprésident du Prides Mode Méditerranée
2009
Président de la cité Euroméditerranéenne de la mode et de la chambre syndicale de l'Habillement
2010
Création de La Portée citoyenne (Plateforme d'initiative sociale et solidaire)
Il aime: - Sa famille, sa femme et ses trois filles - La solitude. «J'en ai besoin pour me ressourcer, réfléchir. Quand on est très actif, il y a nécessité à se retrouver seul. L'écriture notamment le permet» - La vie à la campagne - L'écriture. Jean-Brice Garella est auteur de deux romans: ?Des lauriers et du sang au pied de la Sainte-Victoire?, en 2004, et ?George?, en 2007 - Romain Gary - Les gens positifs, de bonne humeur, qui aiment la vie - La pizza - Apprendre. «Je n'ai pas fait d'études, mais je suis curieux et j'aime découvrir de nouvelles choses...» Il n'aime pas: - Ceux qui disent «ce n'est pas possible...» - Les vacances, ne rien faire - L'avion. «J'ai pris des cours de pilotage. Mais, si j'ai le choix, je prends le train, il y a plus d'espace et il est encore possible d'y être actif» - Être en retard
Didier Gazanhes
JDE | Édition Provence-Côte-d'Azur | 2 avril 2010

