Rencontre
Jean-Pierre Blanc, directeur général de Malongo, a été promu au rang de Chevalier de la Légion d'honneur. Une décoration qui salue le parcours de ce défenseur du commerce équitable, militant inépuisable pour une mondialisation raisonnée.
Lucie Lautrédou
Un long manteau noir et une blouse blanche se partagent un cintre de la penderie de Jean-Pierre Blanc, dans son bureau de la ZAC de Carros. Ajoutez-y un pantalon de treillis de baroudeur et ce portemanteau devient l'allégorie de la vie professionnelle du DG des Cafés Malongo: dirigeant d'une PME aux 80M€ de CA, tantôt occupé à tester les produits finis en labo, tantôt les mains dans les caféiers à l'autre bout du monde. «Il faut toujours qu'il s'occupe de tout, il doit avoir un don d'ubiquité», plaisante son épouse, la psychanalyste Élizabeth Blanc.
Un engagement né au contact des populations
Pourtant le sexagénaire ne se présente que comme «le modeste chef d'orchestre d'une société atypique», qui emploie près de 300 personnes. Un maestro qui a écrit une portée de la partition de l'entreprise. En effet c'est lui qui a donné le ton du commerce équitable au torréfacteur, après sa rencontre avec Francesco van der Hoff, cofondateur de Max Havelaar, en 1992 au Mexique (lire interview). Cette note éthique a valu au dirigeant d'être promu au rang de Chevalier de la Légion d'honneur en janvier. Une décoration dont «il va se servir pour défendre les choses auxquelles il tient», pressent sa femme. Christian Estrosi a d'ailleurs évoqué l'engagement de Jean-Pierre Blanc à l'occasion de la clôture des États généraux de l'industrie en janvier, saluant «celui qui a beaucoup fait pour Malongo et le commerce équitable,». Jean-Pierre Blanc s'est investi suite à ses voyages dans les pays producteurs, quatre à six fois par an. Le moteur pour cet humaniste aura été la rencontre avec les producteurs. «Je n'ai pas de fournisseurs là-bas, que des amis», sourit le DG. Dans les pays producteurs, l'homme a découvert «la richesse de donner, alors qu'ici nous sommes dans une société qui prend».
Militant apolitique
Très critique sur «l'avidité de consommation» de l'économie néolibérale, «la théologie de la régulation des marchés par la Main invisible» et le «casino» qu'est la finance mondiale, le militant se garde bien de se coller une étiquette politique. Nuancé, il est pour la mondialisation mais contre la globalisation, synonyme de «mort des cultures», moderniste mais contre l'excès de progrès. L'amoureux du café est l'ardent défenseur d'une mondialisation raisonnée, tenue par un minimum de règles de gouvernance mondiale, mais ce n'est pas lui qui créera un parti pour changer le système. «Il est engagé mais n'a pas le potentiel d'un homme politique, observe Élizabeth Blanc, c'est quelqu'un qui est dans l'action, il ne tiendrait pas une tribune».
Suractif inamovible
Pas homme politique, donc, ni grand reporter. Pourtant ce n'est pas faute d'avoir essayé. L'Azuréen a étudié le journalisme un an à Strasbourg, «c'est un métier qui me passionnait, j'aimais être à l'écoute des gens», se souvient-il. Il a travaillé pour Nice Matin et RMC mais avait «les idées trop arrêtées et trop envie de dire ce que je pensais pour que ça marche», admet le DG nostalgique, qui dit ne pas avoir fait la moitié de ce qu'il aurait voulu faire. «La vie est passée extrêmement vite», s'étonne ce suractif que le torréfacteur n'est pas prêt de mettre à la retraite, relégué au placard, avec son cintre et ses multiples costumes. «Il va encore falloir le supporter un moment», s'amuse sa femme. Parmi les projets à achever figure celui de la Cité du Café à la Gaude, qui traîne depuis des années. «C'est le reflet d'une société individualiste, les gens ne vont pas toujours dans le sens de l'intérêt général», analyse Jean-Pierre Blanc, amer.
L'actuel président de la CGPME Var et ancien P-dg de Sotrindeq, PME varoise du monde des télécommunications, a été élu à la tête de la CGPME Paca. Convaincu que le rassemblement force le respect et la crédibilité, il a trois ans pour fédérer derrière lui tous les départements.
Quel est votre programme pour la CGPME Paca?
Le programme pour lequel j'ai été élu à la tête de la CGPME Paca a été élaboré sous une forme partenariale. Je suis en effet allé à la rencontre de toutes les CGPME départementales de la région. Ce programme a également été soutenu par mon président national Jean-François Roubaud. Mon programme comporte plusieurs phases. Dans un premier temps, je vais m'attacher à poursuivre et améliorer le fonctionnement de la CGPME régionale. Pour cela, je veux m'inspirer de l'Union patronale du Var au sein de laquelle nous avons réussi à réaliser l'union de tous les dirigeants d'entreprises, qu'elles soient petites, moyennes ou grandes, dans le respect de nos orientations politiques nationales (Medef et CGPME). Nous savons faire passer des messages seuls ou ensemble et être crédibles. C'est tout ce que je souhaite pour la CGPME Paca: qu'elle parvienne finalement à fédérer les unions départementales, sans pour autant entamer nos spécificités locales.
Vous avez également repris trois thématiques qui vous sont chères: agir, accompagner, développer.
En effet. ?Agir?, cela signifie que la CGPME Paca doit devenir l'interface entre les échelons départementaux et le niveau national. Je souhaite que la CGPME Paca participe ainsi activement au débat de la vie syndicale française. Sous le vocable ?Accompagner?, j'entends faire le lien entre tous les départements. Le niveau régional doit, d'autre part, s'accaparer les missions qui lui sont dévolues pour les décliner dans les départements, avec leur appui. Puis, ?Développer?. C'est peut-être mon thème préféré. Mon ambition est que la CGPME joue pleinement son rôle sur des grandes thématiques qui rythment la vie de toute entreprise et portent la bonne parole au niveau national. Enfin, je souhaite aussi que toutes ces actions aient des répercussions, que la CGPME Paca soit reconnue pour son rôle. Nous allons donc accentuer la communication et montrer notre présence sur le terrain.
Concrètement, comment allez-vous mettre en oeuvre ce programme ?
J'ai imaginé la constitution de 4 commissions de réflexion animées par des chefs de file départementaux. Une commission dédiée à l'économie sera menée par les Bouches-du-Rhône et le Var. Une autre dédiée à l'emploi et la formation sera emmenée par les deux départements alpins. Pour le développement durable et la responsabilité sociétale d'entreprise, le Vaucluse est bien avancé sur le sujet et a donc été naturellement choisi pour emmener cette commission. Enfin, le tourisme et le commerce reviennent aux Alpes-Maritimes. Ces ?leaders? assureront la cohérence des réflexions mais, bien sûr, nous travaillerons tous ensemble sur ces différents sujets.
www.cgpme-paca.com
Hélène Lascols
JDE | Édition Alpes-Maritimes 06 | 5 février 2010

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