

Rencontre
ajouté le 1 mai 2009 - - Mots clés : Actualité, Rencontre, Jean Luc Nahon, AIC, CEEI, Incubateur, SBA, Business Angels
Président du centre d'innovation AIC, sis aux Espaces Antipolis, et du club Sophia Business Angels, Jean-Luc Nahon pratique l'incubation d'entreprises depuis bientôt 15 ans. Rencontre avec un homme pour qui le "charity business" doit s'étendre plus largement à l'entrepreneuriat.
Jean-Luc Nahon nous reçoit sur la terrasse des Espaces Antipolis, le "business resort" qu'il a lancé à Sophia en 2003. Une formule unique qui mixte sur un même site espaces de travail, centre événementiel, lieux de loisirs et de bien-être, et le seul CEEI (Centre européen d'entreprise et d'innovation) privé de France, dont il s'évertue depuis 2005 à dupliquer le concept à Paris et à l'international. Avec succès puisque le projet de Marne-la-Vallée est en passe de voir le jour: «L'hôtel a ouvert en juin, le spa est sur les rails. Quant aux centres d'affaires et événementiel, le terrain est acquis, le permis obtenu et purgé des recours de tiers, bref on est sur la bonne voie» s'enthousiasme-t-il. Mais là, on anticipe... Car avant d'être le chantre du "business resort", Jean-Luc Nahon a pas mal bourlingué entre le Maroc, la France, les États-Unis et la Suisse où il réside depuis quelques années.
Apprenti entrepreneur
Natif de Casablanca, mère infirmière, père avocat, Jean-Luc Nahon débarque à Paris pour faire des études de gestion et d'affaires internationales à l'université de Dauphine. Sur ses années fac, l'homme reste discret. Il ne se livre pas facilement. Tout juste apprend-on, au fil de la conversation, qu'il était «rouge révolutionnaire», qu'il «voulait faire la révolution». «Quand on a 18 ans, on veut conquérir le monde» s'excuse-t-il presque avant de conclure ces quelques confidences: «Je suis toujours très inquiet devant ces jeunes qui veulent à tout prix devenir fonctionnaires. Cela veut dire qu'on vit dans un environnement qui ne donne pas assez sa place à l'ambition et à l'autonomie». C'est le militant de «l'entrepreneuriat sociétale» qui parle ici. Mais là encore, on anticipe... Le jeune révolutionnaire est ambitieux et laisse vite place à l'apprenti entrepreneur. Nous sommes au début des années 80. Jean-Luc Nahon a 25 ans et fonde sa première affaire spécialisée dans les services informatiques, Sylver Link, qu'il revend trois ans plus tard pour partir aux États-Unis. Là-bas, au coeur de la Silicon Valley, il crée Softway, entreprise éditrice de logiciels, qu'il dupliquera et développera en France à partir de 1989. Adossée au grossiste de logiciels français ISE International jusqu'en 1993, date à laquelle Jean-Luc Nahon rachète la société via un LBO, Softway se diversifie sous son impulsion vers l'univers balbutiant d'internet. C'est que l'homme a le nez fin et prend vite la mesure de ce qui n'était alors «qu'un protocole de communication entre ordinateurs. J'étais convaincu que ce truc allait vraiment révolutionner le monde». Résultat: à partir de 1995, il démarre une activité «d'incubateur corporate», inscrivant ainsi son nom à «une tripotée de sociétés du monde internet», dont quelques belles réussites comme ISDnet, Ipergy, LibertySurf ou encore Multimania.
Entrepreneuriat sociétal
Puis vient l'âge de raison. L'entrepreneur boulimique qu'il a été pendant plus de 20 ans «veut passer à autre chose». Mais un chien ne devient pas un chat... Alors, puisqu'il «a pris goût à ce métier d'incubateur», Jean-Luc Nahon décide «d'entrer dans cet écosystème et de créer un centre dédié au développement des entreprises et de l'innovation, ici, à Sophia Antipolis». Le dirigeant fonde la SAS Antipolis en 2001, se porte acquéreur des anciens locaux de Dow et peaufine son concept de "business resort" qui, in fine, doit combler le déficit du CEEI AIC (Antipolis Innovation Campus) dont il a pris la présidence en 2005. Le pari n'est toujours pas gagné, «mais on fait du bon travail, on a accompagné une centaine d'entreprises et on a la prétention d'avoir créé un modèle durable» se défend-t-il. Et l'homme de conclure: «C'est mon activité sociétale ou "non for profit". Beaucoup de gens pensent que l'argent est le moteur de l'entrepreneur, or c'est faux. Le véritable moteur, c'est son caractère créatif, son besoin de dégager de l'énergie, de créer, parce qu'il est attiré par le pouvoir, l'autonomie, la gloire, c'est selon...» Et lui, quel est son moteur? Jean-Luc Nahon élude la question. On n'en saura pas plus!
Vous venez de prendre le relais de Candace Johnson à la tête du club des Sophia Business Angels (SBA). Quels sont vos objectifs pour 2009?
L'année dernière, le club a monté un deal avec la société Meeschaert Gestion Privée pour permettre à ses clients d'investir dans un portefeuille de PME innovantes pour soutenir leur développement, tout en optimisant leur régime fiscal. 5M€ ont ainsi été levés et investis dans une quinzaine de jeunes pousses présentées par le club, dont 7 opèrent dans la région de Sophia Antipolis. Pour renouveler l'action en 2009, et être en règle avec les derniers amendements votés par le Parlement, Meeschaert Gestion Privée nous a demandé de nous professionnaliser. Vingt-cinq SBA ont donc monté une holding d'investissement, Success Europe, présidée par Candace Johnson, qui vient d'obtenir le visa AMF (Autorité des marchés financiers, ndlr). Son objectif pour 2009 est de lever cette fois-ci 10M€, qui seront investis dans des projets détectés par le club, mais pas exclusivement. Les créateurs ont la possibilité d'envoyer directement leurs projets à Success Europe.
La loi Tepa (pour Travail, Emploi et Pouvoir d'Achat) permet aux assujettis ISF de réduire de leur cotisation une partie des sommes versées au capital de PME. A-t-elle influé sur vos activités?
Clairement, oui! La loi Tepa a permis de donner un véritable coup de pied dans la fourmilière. Aux États-Unis, les investissements des business angels sont quasiment équivalent à ceux des capital-risqueurs. En France, c'est peanuts! Il était temps d'agir... Dans notre cas, les 5M€ levés en 2008 ont été souscrits par 171 personnes ou "défiscalisateurs". Pour moi, ce sont des apprentis business angels, sensibles à notre message, qui ont préféré défiscaliser en soutenant l'entrepreneuriat plutôt que de payer l'impôt.
Quels types de projets accompagnez-vous?
Cette année, si tout se déroule comme prévu, on souhaiterait dédier au minimum 10% des 10M€ levés à des projets "low tech" ayant un impact local fort, comme par exemple des sociétés de transport par véhicules électriques. Ce sont des projets, pour la plupart en phase d'amorçage, qu'il nous faudra détecter très en amont. Pour le reste, on demeure positionné sur des entreprises high-tech, type télécoms ou biotechs. Des sociétés un peu plus mûres qui nécessitent des tickets de l'ordre de 500.000 € à 700.000 €.
Selon vous, que faut-il mettre en avant pour séduire un business angel?
Quand on s'adresse à une société de capital-risque, les éléments déterminants sont clairement la qualité du projet et ses chances de réussite, avec en ligne de mire sa profitabilité. L'objectif pour ces entreprises étant de faire du fric. Pour un business angel, c'est différent. Ses motivations sont variées et ce qui l'anime en premier lieu c'est bien souvent l'envie de faire partie d'une aventure et d'intégrer une équipe. L'élément déclencheur tient donc avant tout dans la relation qui peut s'établir entre le business angel et les porteurs de projet. Il y a un côté humain, totalement subjectif, sur lequel les jeunes pousses doivent jouer.
Propos recueillis par Gaëlle Cloarec
1955
Naissance à Casablanca.
1980
Création de Sylver Link à Paris.
1984
Départ aux États-Unis. Création de Softway.
1989
Retour en France. Création de Softway France.
1995
Premiers pas dans l'incubation privée avec le groupe Softway International. À son actif: la création et le développement de ISDnet, Ipergy, Multimania, LibertySurf...
1999
Intègre le groupe Cable & Wireless. Préside l'entité française.
2001
Création de la SAS Antipolis.
2003
Lance le concept du "Business Resort" à Sophia Antipolis.
2005
Président de la SCIC AIC. Quitte la France pour la Suisse.
2009
Président du club des SBA.
Il aime: - «J'aime créer, capitaliser les opportunités d'affaires, fabriquer de la valeur à travers la création de sociétés.» - La Riviera Maya: «Une bande de terre de 250km entre Cancun et la frontière du Belize sur la mer des Caraïbes. C'est mon endroit préféré. Dans une autre vie, j'ai dû en être le roi...» - La spéléologie, la plongée et l'escalade. - «Je suis évidemment passionné par mes 3 filles.» Il n'aime pas: - «Le formalisme, les gens coincés qui jugent sur l'apparence.» - «J'ai une aversion pour l'ail, son odeur, son goût, j'en ai horreur.» - Le football: «Je ne comprends pas ce monde-là.»
Le 31mars, 41 entreprises azuréennes, soit 57 équipes et 228 coureurs, ont participé à la deuxième course-relais sophipolitaine en faveur de Special Olympics, association dédiée aux enfants et adultes atteints d'un déficit mental. Arrivée en tête, l'équipe d'Amadeus a été suivie de peu par celles d'Extelia et de Galderma. Cette course a permis de récolter près de 46.000 €. La somme servira à l'organisation des prochains Jeux Nationaux Special Olympics à Valbonne du 26 au 28juin.
JDE | Édition Alpes-Maritimes 06 | 1 mai 2009

