Fait du mois
Avec plus de 500.000 festivaliers accueillis chaque été, la région Paca s'affirme comme la toute première destination française en la matière. Un afflux de touristes qui génère, outre les retombées directes en billetterie, quelque 200M€ de retombées indirectes annuelles, notamment dans le secteur de l'hôtellerie-restauration. Une manne qui reste néanmoins à relativiser, comparativement aux 11milliards d'euros générés chaque année dans la région par l'économie touristique.
Dossier réalisé par Alexandre Léoty, Didier Gazanhes,Hélène Lascols, Gaëlle Cloarec et Jean-Christophe Magnenet
Festival de Martigues, festival de piano de la Roque d'Anthéron, festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, Jazz à Toulon, festival de Ramatuelle, Les nuits du sud à Vence, Nice Jazz Festival... Avec plus de 500.000 touristes attirés chaque été par les festivals - au nombre de près de 400 répartis dans l'année -, la région Paca s'affirme comme la première terre festivalière de France. «Ces grands rendez-vous font partie des atouts majeurs de notre territoire, qui est globalement très gâté en matière touristique», confirme Jean-Marc Coppola, président du Comité régional de tourisme (CRT) Paca. Néanmoins, il reste aujourd'hui très difficile d'évaluer avec précision les retombées économiques générées par ces événements dans la région, aucune étude n'ayant été menée sur le sujet. «Outre les recettes directes de billetterie, nous estimons toutefois que les festivals génèrent chaque année environ 200M€ de retombées, principalement dans le secteur de l'hôtellerie-restauration, se hasarde Jean-Marc Coppola. Avant d'ajouter que «dans ce calcul, il y a forcément des choses qui nous échappent...»
Retombées économiques
L'analyse la plus complète menée à ce jour sur le sujet date de 2001, et concerne le festival d'Avignon. Selon cette étude, le festival aurait généré cette année-là des flux économiques directs de plus de 8M€, et des flux indirects de l'ordre de 15M€, soit un total de près de 23M€. Sur cette somme, le ?grand Avignon? aurait bénéficié de 18M€, soit 79,5% du total des retombées. «Les festivals, qui génèrent d'importants flux de visiteurs, participent inévitablement au développement économique du territoire, confirme Isabelle Brémont, directrice du Comité départemental du tourisme (CDT) des Bouches-du-Rhône. Leurs impacts sont particulièrement sensibles au niveau de l'hôtellerie et de la restauration, mais aussi des autres structures culturelles, comme les musées. Le festival devenant alors un prétexte à la découverte du patrimoine local. D'autant que les festivaliers dépensent davantage que les touristes moyens. Environ 110 € par jour, hors places de spectacles, contre 47 € de panier moyen pour un touriste classique». Pour autant, la manne représentée par l'économie des festivals se doit d'être relativisée, comparativement aux 11milliards d'euros de retombées touristiques annuelles enregistrées dans la région.
La vitrine d'un territoire
En réalité, la principale retombée des festivals est plus indirecte. «Ces grands événements constituent pour nous un ?appelant? supplémentaire, qui renforce l'attractivité touristique de la région, commente Jean-Marc Coppola. C'est notamment un atout au niveau de la clientèle étrangère, qui vient en Paca à 60% grâce à un produit artistique ou culturel. Les festivals contribuent ainsi à la notoriété de notre territoire...» Un avis partagé par Isabelle Brémont, qui voit dans ces grands rendez-vous un «formidable vecteur de fidélisation des touristes»: «Les festivals constituent une vitrine pour le territoire, et permettent de générer une attractivité durable, grâce au renouvellement de leurs programmations. D'autre part, un événement culturel peut être le support d'un développement de produits touristiques annexes. Enfin, les festivals sont également facteurs de bénéfices en terme de communication et d'image, qui contribuent au développement touristique du lieu». Dernier atout des festivals, plus inattendu: leur rôle dans le choix d'implantation des entreprises. «Ces événements culturels octroient au territoire une image extrêmement positive, associée à une certaine vigueur économique, estime la directrice du CDT 13. Ce sont des arguments qui sont susceptibles d'influer dans la décision des entreprises...»
Mécènes du Sud a vu le jour, en 2003, à Marseille. L'association regroupe une trentaine d'entreprises avec pour objectif de soutenir la création contemporaine à Marseille. Bénédicte Chevallier, directrice de la structure, revient sur les motivations des entreprises à intervenir sur des projets artistiques.
Dans le cadre de vos interventions de mécénat, quelle place tiennent les festivals?
Il y a quelques années, nous avons soutenu le Festival international du documentaire (Fid), à Marseille, mais nous avons désormais initié une démarche différente. Pour nous, le mécénat ne doit pas se limiter au soutien financier d'un projet artistique. C'est également des dons en nature, des recherches d'espaces, de partenaires. Il faut partager du contenu et comprendre pourquoi le projet culturel s'intéresse aux entreprises... En tant qu'association, nous sommes plus efficaces en soutenant directement les artistes plutôt qu'un festival, qui focalise sur un moment précis de l'année et où les organisateurs n'ont pas la possibilité de prendre le temps de réellement échanger.
Le soutien aux festivals peut toutefois intéresser les entreprises?
Nous n'avons pas vocation à cette démarche, mais nos membres peuvent en effet très bien contribuer à l'existence d'une manifestation et ainsi pouvoir mettre en place des soirées VIP... Nous incitons évidemment les entreprises à aider les festivals. De notre côté, dans nos statuts, nous nous engageons à ne pas soutenir un opérateur plus de trois années d'affilée. Subventionner un festival pendant trois ans puis retirer notre appui ne constitue pas une démarche acceptable. Nous avons décidé de faire du mécénat de compétence et de former ces structures à la recherche de mécènes afin qu'elles puissent ensuite trouver elles-mêmes les ressources nécessaires à leur existence.
Existe-t-il de véritables liens entre le monde économique et le monde culturel?
Il est important de faire se rencontrer ces deux mondes apparemment antinomiques. Les opérateurs culturels gèrent également de petites entreprises avec des interrogations similaires à celles de tout dirigeant en terme de trésorerie, de ressources humaines... En tant de crise, il faut parler de mécénat et d'aide aux artistes, même si ce n'est pas facile. À défaut de bénéfices économiques directs, les entreprises peuvent en retirer du bien-être...
Depuis sa création en 1985, l'association marseillaise Ami (Aide aux musiques innovatrices), installée dans la friche de la Belle de Mai, organise le festival Mimi (International Movement for Innovating Musics) et des rencontres professionnelles où se réunissent des opérateurs internationaux de la culture.
«Le festival Mimi est l'acte fondateur de notre association, qui organise également des rencontres professionnelles, dans le cadre du projet européen Sostenuto, et qui a mis en place la couveuse d'activités et d'entreprises Cado, afin de tester la faisabilité de projets de création d'entreprises ou d'associations dans le secteur culturel et créatif», explique Emmanuelle Choin, directrice adjointe de l'Ami, qui compte une douzaine de permanents. Depuis 2001, le festival Mimi se déroule dans les ruines de l'hôpital Caroline, sur le Frioul. «Mimi est un festival-atelier durant lequel les professionnels font du réseau en amont et durant les quatre journées de la manifestation. La spécificité de Mimi est de travailler sur des musiques inclassables. Beaucoup de festivals trouvent un équilibre économique en accueillant des artistes en tournée. Dans notre budget, les voyages pèsent très lourds». Le festival propose ainsi huit groupes durant quatre soirées dans un lieu, qui au maximum, peut recevoir 750 personnes.
«Avoir une démarche citoyenne...
»
«Le prix de nos billets d'entrée prend en outre en compte le voyage jusqu'au Frioul. La billetterie représente ainsi moins de 10% de notre budget (150.000€) qui est donc largement pris en charge par les ressources propres de l'Ami». Cette année, les contributions de la Sacem, l'Adami et le CNV ont de plus disparu. «Les politiques de soutien se sont durcies et ces sociétés ont limité leurs apports aux festivals accueillant au moins 15 groupes et doté d'un budget minimum de 200.000 €. Nous sommes sur l'émergence artistique, sur l'innovation et nous sommes de moins en moins aidés. Nous allons nous orienter vers le financement privé, cependant, vue la spécificité de notre festival, nous devons viser des entreprises locales avec des démarches citoyennes, plus intéressées par une approche de type RSE que sur les retombées médiatiques directes de leur présence. Nous voulons approcher des entreprises pour des transferts de compétences. Les sociétés privées doivent avoir envie de soutenir la création. Toute notre réflexion, au sein de l'Ami, tourne autour de l'autonomie de l'artiste et des opérateurs en local».
Tél.: 04.95.04.95.50.
Alain Hayot, vice-président du conseil régional Paca, délégué à la culture et à la recherche, revient sur le poids économique des festivals dans la région et sur l'investissement qu'ils représentent.
Comment le conseil régional analyse-t-il l'importance des festivals pour l'attractivité du territoire et l'économie locale?
Il faut savoir que nous disposons de données précises sur l'ensemble de la vie culturelle régionale, mais pas spécifiquement sur les festivals. Et cela s'explique très simplement: ces grandes manifestations estivales constituent à peine 1/5 de la programmation culturelle de la région. Le poids des festivals dans l'activité culturelle locale est donc beaucoup moins important que ce que l'on pourrait croire.
Pourtant, Paca est la première région festivalière de France...
En effet, nous comptabilisons chaque année entre 300 et 400 festivals dans la région, dont une dizaine d'envergure internationale. Et pourtant, les festivals ne constituent que la face visible de la culture vivante. Certains grands rendez-vous, comme les Rencontres photographiques d'Arles, les festivals d'Avignon, d'Aix-en-Provence ou encore de la Roque d'Anthéron, ont effectivement un impact énorme sur des économies urbaines. Mais cet impact est limité à un territoire bien précis. Les festivals ne sont donc que la partie émergée d'un iceberg qui irrigue, lui, l'ensemble du territoire régional, et ce, tout au long de l'année: le spectacle vivant. Ce secteur, qui compte 23.000 spectacles programmés par an, représentait, en 2006, 1,5% des établissements employeurs de la région, et 1% des effectifs salariés, ce qui est relativement important.
Quel rôle joue la Région dans le financement des festivals?
Cela ne fait pas partie des compétences légales du conseil régional. Néanmoins, la Région dépense, au total, près de 70M€ chaque année pour la culture, que ce soit en investissement ou en fonctionnement. Concernant plus précisément les festivals, nous leur consacrons entre 10 et 15% de notre budget culturel, sous forme de subventions accordées aux grands événements, mais aussi à des dizaines de petits festivals. En la matière, nous ne sommes qu'un contributeur parmi d'autres, que ce soit les collectivités ou les partenaires privés. Nos investissements sont proportionnels à l'importance des festivals dans l'économie locale.
Chaque année, près de 400 festivals, de toutes tailles, sont organisés en Paca. Des événements aux retombées souvent difficilement chiffrables. Tour d'horizon.
Bouches-du-Rhône Avec 80.403 spectateurs en 2008, le festival de piano de la Roque d'Anthéron dispose d'un budget de 3,5M€ (dont 900.000 € de subventions et 105.000 € de mécénat). Chaque année, 680.000 € sont directement investis dans le département (dont 100.000 € dans la ville). Avec 75.520 spectateurs en 2008, le festival d'Aix-en-Provence dispose cette année de 19,2M€ de budget. Le festival s'autofinance à 70% (billetterie, mécénat, parrainage...). En 2008, 43 % du budget ont été dépensés en frais de structure, d'exploitation technique, de communication et de logistique.
Var
Avec 30.000 festivaliers, Jazz à Toulon, qui dispose de 200.000€ de budget, génère 480.000 € de retombées économiques (nuitées, repas...). Le festival de Ramatuelle (230.000 spectateurs) apporte aux hôteliers locaux environ 500 nuitées par an.
Alpes-Maritimes
Avec 15.000 billets vendus en 2008, et un budget de 1,5M€ (43% billetterie, 30% Eden Beach casino, 15% partenariats privés, 12% subventions), le festival Jazz à Juan génère, selon l'office de tourisme d'Antibes, au minimum trois fois son budget en retombées économiques. Autre festival majeur du département, le Nice Jazz Festival, qui, avec 35.000 billets vendus chaque année, dispose d'un budget de 2,4M€ (dont 1,1M€ de subventions, le reste étant autofinancé).
JDE | Édition Alpes-Maritimes 06 | 3 juillet 2009

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