Rencontre

JDE Edition Bas-Rhin 67

Bertrand Burger. La phobie de la routine

ajouté le 3 juillet 2009

Bertrand Burger: «Concernant Colmar-expo, il y a eu des décisions rapides et des prises de risque importantes. Ça, c'est très motivant».

Bertrand Burger, 50 ans, est le P-dg de l'entreprise familiale Burger & Cie, basée à Lièpvre. Depuis 2008, il occupe également le poste de président de Colmar-expo. Un rôle taillé sur mesure pour cet homme énergique qui aime créer, innover et prendre des risques.

Il n'est pas du style à se laisser décourager, ou à se laisser porter par le courant, même quand le climat est profitable. Chez lui, il faut que ça pulse! «Je n'aime pas la routine. Quand les choses roulent, ça me lasse très vite», lance Bertrand Burger. Pas étonnant que la fonction de chef d'entreprise lui aille comme un gant. Pourtant, il n'était pas prédestiné à reprendre l'entreprise fondée par son arrière-grand-père en 1895. Ce rôle revenait plutôt à son frère aîné, Rodolphe. Mais celui-ci a préféré s'orienter vers la philosophie, puis vers la musique. Lorsque Bertrand Burger met un pied dans l'entreprise dirigée alors par son père, c'est juste pour un boulot d'été. «Finalement, je ne suis jamais parti. Mon ascension s'est faite naturellement et j'ai pris goût au métierde dirigeant», affirme-t-il.

«Un éternel recommencement»
En adepte des changements, il a presque entièrement renouvelé la production de l'entreprise en recentrant l'activité sur les produits en kit pour l'aménagement extérieur de la maison et sur les produits de charpente. Le personnel a été formé pour suivre ces évolutions. «C'est un éternel recommencement. J'ai dû reconvertir la société dès le début et je ne me suis jamais arrêté. C'est devenu une culture d'entreprise chez nous: les gens sont habitués à changer de poste. Les changements sont réguliers. C'est épuisant parfois, mais c'est passionnant», glisse dans un sourire le dirigeant. Et comme la fatigue n'effraie pas Bertrand Burger, il s'est passionné pour une autre entreprise: Colmar-expo. Depuis son élection en juin2008 au poste de président, il a déjà insufflé son dynamisme à la structure. Sa méthode? La même que celle qu'il applique dans son entreprise: motivation du personnel et construction de nouveaux projets. Le jeune président s'est constitué une nouvelle équipe et a lancé des projets ambitieux: couverture du théâtre, nouveaux bureaux, parking... La ville de Colmar a débloqué deuxmillions d'euros pour ces travaux.

Le pari du risque
Le chantier pour couvrir le théâtre est toujours en cours et doit être finalisé avant le 7août, date d'ouverture de la Foire aux vins. Un pari risqué. «Lorsque vous entraînez une équipe sur un projet comme ça, elle travaille d'arrache-pied pour y arriver. Mais personne n'a de garantie, il y a toujours une incertitude». Cela ne fait pas peur à Bertrand Burger: «Je trouve ça bien que des gens prennent des risques, surtout dans cette période, où tout le monde sort son parapluie. En France, on a du mal à accepter l'échec, donc on a peur de faire. Or, si on gagne à tous les coups, ce n'est plus du risque». Simple question de philosophie.

Fédérer les structures existantes
Le nouveau président a du cran, des idées plein la tête et un bon sens du management. Il sait fédérer autour de lui. Pour la prochaine Foire aux vins, il a actionné de nombreux partenariats pour mettre en place différentes animations. Des associations locales présenteront des spectacles de danse, les Étoilés d'Alsace et Simone Morgenthaler orchestreront des démonstrations culinaires, le Civa (Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace) et l'Union des ?nologues de France organiseront des dégustations de vins. La discothèque le Poisson Rouge devient partenaire pour la Nuit blanche avec David Guetta. Afin de construire une passerelle entre le centre-ville et le Parc-expo, des formules package ont été créées avec l'office du tourisme, incluant visite touristique de Colmar, entrée à la foire et participation à différentes animations. Cette année, le conseil général et le conseil régional ont également mis la main à la pâte. Bertrand Burger sait trouver les arguments au service de ses ambitions.

«Nous avons un vrai rôle économique à jouer»


Pourquoi vous êtes-vous présenté à la présidence de Colmar-expo?
J'étais administrateur de Colmar-expo depuis une dizaine d'années parce que je suis un membre élu de la CCI de Colmar. L'an dernier, il y a eu une demande de renouvellement de la présidence et j'ai levé la main car j'ai un grand attachement au Parc-expo. Habitant à Sainte-Marie-aux-Mines, lorsqu'on allait à la ville, on se rendait à Colmar. Quand j'étais jeune, j'ai pu voir des concerts de groupes mythiques comme les Pink Floyd, les Who... Il se passait des événements d'envergure nationale. Ces souvenirs m'ont marqué.
Mais pourquoi le poste de président?
En tant qu'administrateur, on est simplement consulté, mais on ne rentre pas à proprement parler dans l'activité de la société. J'ai décidé de m'y intéresser et de me présenter en tant que président car j'étais convaincu de pouvoir développer l'outil. Il y a une équipe de 26 personnes, c'est géré comme une SA, et le monde de l'entreprise, je connais. En plus, il y a un côté un peu plus «fun».
À la veille de votre première Foire aux vins, dans quel état d'esprit êtes-vous?
Je suis un peu impatient mais pas trop angoissé, parce que si j'avais la trouille, je ne serais pas président. Surtout, je suis enthousiasmé par les retours que j'ai reçus de l'équipe de Colmar-expo, de la ville, de la CCI et des différents partenaires.
Combien de visiteurs attendez-vous?
L'objectif est d'atteindre 250.000 visiteurs. C'est un objectif ambitieux: l'an dernier, la foire a attiré 220.000 visiteurs. Au moins, cela mobilise les équipes. Si on dit: «on va faire 15% de baisse», ce n'est pas très motivant. Au théâtre, on s'est fixé un objectif de 80.000 personnes, contre 60.000 l'an dernier.
Quel est le budget de cette Foire aux vins?
Les objectifs sont à la hausse, mais le budget est à la baisse au niveau des charges et de la publicité. En revanche, nous avons augmenté le budget pour les cachets des artistes: 1,5million d'euros, contre 1,2million l'an dernier.
Quels sont vos projets pour le Parc expo?
J'ai la volonté de ramener des événements supplémentaires. Comme le théâtre sera couvert, on peut imaginer des retransmissions d'opéras, de matches, des projections de cinéma... Le grand challenge consiste à transformer le hall1 en palais des congrès pouvant accueillir de 300 à 1.200 personnes. Nous avons un vrai rôle économique à jouer. Avec le Civa, nous réfléchissons à transformer ce hall. On voudrait qu'il transpire le vin car ce hall s'appelait auparavant la halle aux vins, et Colmar possède le titre de capitale des vins d'Alsace. Il nous faut aussi trouver une passerelle entre le Parc-expo et le centre-ville. Les formules package convenues avec l'office du tourisme pendant la Foire aux vins vont dans ce sens.
Comment trouvez-vous le temps de tout faire?
Depuis deux ans et demi, j'ai recruté un directeur général qui me permet de m'extraire physiquement et intellectuellement de mon entreprise. Je peux ainsi consacrer un peu de temps à Colmar-expo, car il faut du temps et de l'énergie.

Parcours


1959
Naissance à Colmar
1979
Entre dans l'entreprise dirigée alors par son père
1985
Devient directeur général de l'entreprise
1995
À l'occasion du centenaire de l'entreprise, il devient officiellement président de Burger & Cie. Il devient également président de la Société industrielle et commerciale du Val d'Argent
1997
Création de Mister Bois, enseigne qui propose des produits sur mesure pour l'extérieur de l'habitat
2008
Est élu président du Parc-expo de Colmar
2009
Rachat de Jardipolys, une marque de Dubois Jardins (59) qui distribue des produits en bois pour l'aménagement du jardin. Construction d'une plateforme de stockage de 7.000m² (dont 3.000m² couverts) sur le site de Lièpvre

Il aime, il n'aime pas...[-------]

Il aime... - Le sport: ski et golf - Le bon vin - Le rock - Fédérer, créer - Travailler en confiance. «Je ne peux pas fliquer ni contrôler les gens» - La montagne de Soultzeren Il n'aime pas... - Les défaitistes, les gens qui disent «il n'y a rien à faire», «c'est foutu» - La routine - La mauvaise volonté - Qu'on trahisse sa confiance