Collectivités

JDE Edition Loire-Atlantique - Vendée 44

Nantes. Ça sert à quoi une monnaie locale ?

ajouté le 3 avril 2015

Avec la Sonantes, pas de billets, ni de pièces. La monnaie est virtuelle. Elle doit permettre de faciliter les échanges entre les entreprises nantaises.

À Nantes, à partir de la fin avril, particuliers et entreprises vont pouvoir régler leurs achats en euros ou... en Sonantes, la monnaie locale portée par la ville. Ça sert à quoi une monnaie locale ? Quatre questions pour tout comprendre.

Fin avril, Nantes aura sa propre monnaie, la Sonantes. À quoi sert donc cette monnaie complémentaire, une initiative impulsée par l'ancien maire Jean-Marc Ayrault et par Pascal Bolo, qui est, lui, toujours aux affaires ? Inspirés par Massimo Amato, un chercheur italien qui avait posé ses valises sur les bords de la Loire, les deux hommes veulent tenter de faciliter les échanges entre les entreprises du territoire. On est, à l'époque, aux lendemains de la crise financière.

1 - Pour les entreprises, comment fonctionne cette monnaie ?
Moyennant un peu plus d'une centaine d'euros par an, il suffit pour une entreprise d'ouvrir un compte auprès de Sonao, une filiale du Crédit Municipal créée pour l'occasion. L'entreprise se voit alors attribuer un quota d'utilisation de Sonantes, en crédit et en débit. Pas de billets, ni de pièces : la monnaie est virtuelle et s'échange via une carte bancaire. Concrètement, l'entreprise ouvre un compte, mais sans y déposer d'argent. Lorsqu'elle achète une marchandise : son compte de Sonantes (un Sonantes équivaut à un euro) devient débiteur. Quand elle vend un produit, il devient créditeur. Le tout sans avoir déboursé ou encaissé le moindre euro. Sonantes n'est toutefois qu'une monnaie de complément. L'échange se fera toujours en partie en euros et en partie en Sonantes, ne serait-ce qu'à cause de la TVA.

2 - Quel est l'intérêt de payer en Sonantes ?
« Une entreprise n'a pas à se soucier de savoir si son fournisseur dispose de la somme suffisante sur son compte : on la paie immédiatement », indique Pascal Bolo. Pour le premier adjoint au maire de Nantes, l'intérêt de la Sonantes, c'est donc que la monnaie locale permet d'acheter sans avoir la liquidité et de vendre de la marchandise à des entreprises qui n'ont pas d'argent. Pour Pascal Bolo, la Sonantes doit permettre « de diminuer le poids de la gestion de la trésorerie. La monnaie ici n'empêche pas les échanges ». À la Chambre de métiers de Loire-Atlantique, le président Joël Fourny voit aussi dans cette nouvelle monnaie une façon de privilégier l'achat local.

3- La Sonantes présente-t-elle des inconvénients ?
Au moins un : il faut acheter en local pour que le système fonctionne. « Pour le chef d'entreprise, la question c'est surtout : "est-ce que je peux dépenser tout de suite ?" », expose Pascal Bolo. La Sonantes est en effet une monnaie qui doit circuler, elle ne peut pas se thésauriser. On ne peut pas non plus spéculer dessus. Les premières entreprises qui ont testé la Sonantes ont également émis quelques craintes sur les éventuelles complications comptables et administratives générées par l'utilisation d'une deuxième monnaie. Des doutes que Joël Fourny balaie d'un revers de la main : « Il serait dommage que les entreprises n'utilisent pas ce dispositif ! ». D'ailleurs, le principal risque pour la Sonantes, c'est que trop peu d'entreprises et de particuliers trouvent un intérêt dans ce dispositif, qui dépérirait alors de lui-même. Objectif de Pascal Bolo : rassembler au moins 150 entreprises utilisatrices fin avril. À terme, « si on touche 10 % des 30.000 entreprises de l'agglo, ce sera bien », estime l'élu socialiste.

4- La monnaie locale fait-elle l'unanimité ?
On en est loin. Au niveau politique, la majorité municipale qui porte ce projet est vivement critiquée par l'opposition de droite. Celle-ci dénonce une nouvelle complexification administrative et un coût de lancement de deux millions d'euros. Quant aux banques, « elles nous regardent parfois un peu bizarrement », confie Pascal Bolo. Au niveau des entreprises, la CCI et la Chambre de métiers sont associées au dispositif et le soutiennent. Ce qui ne veut pas dire que cela est le cas de l'ensemble des entreprises. Au Centre des jeunes dirigeants, la présidente Carine Chesneau, « n'est ni pour, ni contre », mais tout compte fait assez dubitative sur l'intérêt de la monnaie : « Ce qui est positif, c'est que ça peut favoriser les échanges locaux. Mais, le coût de mise en place interpelle », indique-t-elle. Ce qui est certain, c'est que la Ville va devoir faire preuve de beaucoup de pédagogie. Car, comme le dit un dirigeant nantais : « Je ne connais pas une entreprise qui réclame une monnaie locale ». Et pour cause : rares sont les entreprises qui savent qu'il existe en France des monnaies autres que l'euro !