Fait du mois

JDE Edition Finistère 29

Réseaux. Passage obligé pour réussir en Finistère

ajouté le 6 novembre 2009

Le BBCA, le club business de l'Étendard de Brest (basket) en visite au château, début octobre.

Avec la crise, la solidarité s'organise. Clubs et réseaux sont encore plus vivants qu'à l'accoutumée. En Finistère, plus qu'ailleurs, difficile de faire sans les réseaux, qu'ils soient formels ou informels.

C'est une petite phrase qui circule régulièrement dans les assemblées en tout genre: Finistère, terre de réseaux. La position géographique mais aussi l'histoire du département expliqueraient-ils une forme de solidarité du bout du monde? «Ici il y a des acquis avec les mouvements de la jeunesse chrétienne et les coopératives» analyse Liam Fauchard, membre du réseau Courants Porteurs et directeur du cabinet conseil en prospective Futurouest (56). Force est de constater que pour un nouvel arrivant, tout passe par là ou presque. «Ici, Les patrons se regroupent facilement. C'est un esprit que je n'ai pas rencontré quand j'étais en Poitou», témoigne ainsi Pierre Corre, gérant de Pierre Corre Finance et Stratégies. Il fréquente - ou a fréquenté - de nombreux clubs qui prospèrent sur le territoire: Centre des jeunes dirigeants, Jeune chambre économique, Rotary, Dirigeants commerciaux de France.... Purement business, territoriaux, regroupés par branches d'activités, caritatifs, sportifs ou culturels: il y en a pour tous les goûts et toutes les professions. Certains sont formels, d'autres informels. «Aujourd'hui, il est difficile de dire à combien de réseaux on appartient. Avec deux ou trois personnes, on peut quasiment toucher tout le monde à l'échelle nationale», estime Bruno Chevallier, chef d'entreprise, lui aussi membre de Courants Porteurs. «Un dirigeant peut s'en sortir sans réseaux formels. Mais il ne passera pas à côté d'un cocktail ou d'une réunion. Réussir sans les réseaux informels, ça n'est pas possible», estime Valérie Viel qui fréquente de nombreuses associations économiques finistériennes. Les clubs n'hésitent d'ailleurs pas à organiser des manifestations conjointes. Le Finistère a cette spécificité d'interconnecter fréquemment ses réseaux. On finit, il est vrai, par voir souvent les mêmes visages.

300 à 400 personnes «qui font» le Finistère
«Dans le département, il y a entre 300 et 400 personnes qui font le Finistère. On les retrouve dans tous les réseaux ou presque», évalue Yann Halna du Fretay secrétaire général de l'Union des Entreprises. Mais du coup, ces rencontres favorisent aussi l'accès aux informations qualifiées, celles qui permettent de gagner du temps et de ne pas se couper du monde économique. Faire partie d'un club sur lequel compter, peut aussi servir en période de crise. Au stade Brestois, malgré la conjoncture, aucune loge (entre 16.000 € et 36.000 €) ne s'est libérée. Preuve que le réseau compte et n'est pas considéré comme une dépense superflue. Et puis, il ne faut pas s'en cacher. On fréquente aussi les clubs pour passer des soirées sympas avec des gens qui ont les mêmes soucis dans leur entreprise. «Ne rentrez pas dans un réseau si vous n'y prenez pas de plaisir», préconise Valérie Viel, conférencière sur le sujet qui conseille de varier les horizons et de choisir des clubs complémentaires. Attention cependant à pas être consommateur. «Si on ne donne pas un minimum, on reçoit peu», estime Bruno Chevallier. D'autant que le réseau a aussi une fonction de lobbying et de développement économique du territoire, pense Guy Mordret, gérant de la SSII Anaximandre à Landerneau. «Il y a dans les réseaux une intelligence collective qui dépasse les contributions de chacun.»

Rompre l'isolement et se perfectionner

Se former, échanger, c'est l'une des utilités des réseaux.

Entouré mais très seul. Cette situation paradoxale, tout chef d'entreprise l'a un jour expérimentée. Souvent, cette solitude motive à pousser la porte d'un club.


En Finistère, les clubs de développement des compétences managériales foisonnent. On pense bien sûr aux Dirigeant commerciaux de France ou au Centre des jeunes dirigeants, qui à travers ses deux antennes finistériennes (Quimper et Brest), oeuvre à la progression managériale et humaniste des moins de 40 ans. Passés cet âge, ils sont nombreux à fréquenter les deux clubs APM (association progrès management) du département. APM regroupe des numéros1 d'entreprises, TPE ou grands groupes, lors de conférences culturelles, économiques et purement techniques. Son objet est de faire progresser le patron tout en contribuant à son ouverture d'esprit par la variété des parcours des uns et des autres. Dans le registre formation des dirigeants, certains réseaux misent clairement sur la solidarité. C'est le cas d'Entreprendre (Page6), qui permet à de jeunes créateurs et repreneurs, de se faire ?coacher? par un pair expérimenté. «Cela aide les personnes accompagnées à sortir la tête du guidon, à prendre du recul et un temps de réflexion pour penser stratégie, management, marketing...», explique Jacques Arnol-Stéphan, créateur de l'entreprise J2-Reliance et accompagnateur d'un dirigeant du Finistère. Une solidarité qui est plutôt un «égoïsme bien compris» puisqu'il concourt au «reboisement économique du territoire» et au développement d'entreprises susceptibles, demain, de contribuer à son dynamisme.

Dénicher des talents
Cette motivation, de développer l'économie départementale et de dénicher les talents, se retrouve dans les réseaux de business Angels. On y croise beaucoup d'anciens numéros1 ou patrons de d'entreprises à la retraite ou en fin de carrière. «L'envie de transmettre, d'apporter ses compétences et son carnet d'adresses», cite Pierre Corre, gérant de Pierre Corre Finance et Stratégies à Quimper, pour expliquer son adhésion récente à Finistère Angels, un réseau fondé en 2008, dans le département. Parfois le regroupement se fait par thème ou par genre. C'est le cas d'Entreprendre au Féminin qui rassemble des femmes dirigeantes du Finistère. Pour se former et échanger, elles éprouvent le besoin de se retrouver entre elles, pour traiter de leur manière à elles d'entreprendre (conciliation avec la vie de famille, confiance en soi...)

Un prétexte ludique pour faire du business

Le business, ce n'est pas forcément guindé. De plus en plus, les affaires se font - ou, du moins naissent - au match de foot, de basket, au théâtre... Les clubs de partenaires d'associations sportives ou de lieux culturels se multiplient.


«Convivialité!» Le terme est un peu galvaudé, mais c'est celui qui revient le plus quand on parle de réseaux sportifs ou culturels. Quoi de plus naturel que de parler business, un verre à la main, entre deux réflexions sur un hors-jeu que l'arbitre n'a pas vu ou la critique de l'acteII de la pièce? Les clubs et les lieux de culture du Finistère l'ont bien compris. Et ces clubs partenaires sont aussi pour eux sources de revenus. Au stade Brestois, les 240 entreprises apportent environ un tiers du budget total du club (10M€). Mais il le leur rend bien. «Salons, loges (19), restaurants, déplacements, comme à Liverpool, récemment. Nous faisons tout pour favoriser les rencontres», explique Pascal Robert, directeur commercial et marketing. 1.000 à 1.200 VIP par match, de quoi se faire un bon réseau. «Dans les travées, les salons, j'ai vu des contacts se nouer, des affaires débuter», ajoute Pascal Robert. De son côté, le basket n'est pas en reste. Le club des entreprises partenaires de l'Ujap de Quimper compte 135 membres. Un ticket d'entrée à 1.500€, des sorties golf, bowling,etc. À Brest, l'Étendard rassemble 48 partenaires et cherche toujours à étendre son réseau.

Le logo ne suffit plus
Pouvoir parler affaires sans être obliger d'en faire. C'est aussi l'argument que mettent en avant les équipements culturels. Au théâtre de Cornouaille, un ?club des entreprises partenaires ?a été créé cette saison. Même si celui-ci existait déjà, sans en porter le nom. «Les entreprises étaient demandeuses, observe Aurélia Abramovici, en charge de la communication. Elles privilégient aujourd'hui moins l'image que le relationnel.Un simple logo sur les affiches ou les documents ne suffit plus. Elles veulent se faire rencontrer leurs clients dans un lieu informel et faire connaissance avec d'autres entreprises». De la communication ciblée. Pour l'instant, le tout nouveau club ne compte qu'une poignée de membres. Le CMB fait venir ses clients au théâtre, avec un cocktail avant le début de la pièce. Un moment hors bureau, mais qui créé du lien. Le Théâtre compte développer le concept dans une salle spéciale, avec traiteur, y compris avec ses partenaires d'horizons variés: du CMB à Armor Lux jusqu'à au chocolatier en passant par le fleuriste d'à côté. «Le théâtre pour tous, c'est aussi pour les chefs d'entreprises!», souligne Aurélia Abramovici. Et pour les faire venir, la promesse d'un réseau et les possibilités de business.

Connaître, se montrer
À Carhaix, si le festival des Vieilles Charrues a depuis longtemps son club, ce n'est que depuis mars que les organisateurs pensent à développer des rencontres entre partenaires. À l'espace Glenmor, on ne s'y est pas encore mis. «Mais on y pense. C'est juste un peu tôt», admet Yann Rivoal, le nouveau directeur. Sylvie Dubois, elle, est membre du club partenaire du Stade Brestois, ancienne présidente du yacht-club de la rade de Brest. «Un réseau est source d'informations», ajoute-t-elle. Sans oublier les conversations dans les salons du Stade. Un bémol cependant. «Les réseaux c'est aussi beaucoup de temps. Il faut savoir choisir, selon ceux que l'on veut toucher», explique-t-elle.

Les réseaux sociaux. Liens virtuels, affaires réelles

Facebook, Viadeo, Linkdln... les réseaux sociaux sur Internet ont la cote.

En quelques clics, les réseaux sociaux permettent de faire du business. Mais rapidement la nécessité de rencontres physiques se fait sentir.


Ils ne jurent que par Twitter, Facebook, Viadéo, Linkedln... Ce sont les dirigeants 2.0, ceux qui se servent des réseaux sociaux, pour se faire connaître ou faire du business. Aymeric Poulain Maubant, diplômé de Télécom Bretagne, vice président de l'association des anciens élèves et vice-président de l'Afeit donne des exemples très concrêts de leur intérêt. «Pendant des années, nous avons eu du mal à recruter des anciens élèves de l'école. Car 50% des diplômés exercent en dehors de France. Avec les réseaux sociaux, c'est beaucoup plus facile de se retrouver.» Facebook est ensuite arrivé. L'association a recensé puis rassemblé les sept initiatives d'anciens élèves. Il fallait aussi s'attaquer à Viadéo. «On a monté un partenariat. Aujourd'hui, dès qu'un ancien s'inscrit sur Viadéo, il est détecté, on lui propose de nous rejoindre et d'avoir accès au service premium», explique Aymeric Poulain Maubant.


Ce professionnel des nouvelles technologies, vice président de l'Afeit (Association des filières de l'électronique, de l'informatique et des télécommunications), participe aussi régulièrement aux ?Open Coffee?. Ils ont lieu tous les deuxièmes mercredi du mois au bar l'Hémingway, à Brest. L'idée, inspirée d'un concept née en Angleterre et développé dans 80 villes françaises, a été impulsée par le technopôle Brest Iroise, Télécom Bretagne et l'Afeit.

?Vie réelle?
Ces réseaux institutionnels et formels sortent ainsi des codes traditionnels et se veulent dénicheurs de talents dans l'internet. «On essaie de capter de jeunes entrepreneurs ou étudiants isolés, qui ont des idées dans leur coin et ne se rendent pas compte de la force des réseaux», explique Aymeric Poulain Maubant. Rapidement la nécessité de rencontres physiques se fait sentir. Les invitations «dans la vie réelle» se font par bouche à oreilles et sur les réseaux sociaux. Car les échanges virtuels ont aussi leurs limites. La prise de contacts fonctionne, à condition de naviguer efficacement, d'identifier des cibles précises et de ne pas se laisser submerger par les vagues d'e-mails. Rigueur mais aussi curiosité sont les deux clés de réussite d'utilisation des réseaux sociaux.

Promouvoir la Bretagne et le Finistère

L'appartenance à la Bretagne, n'est pas un vain mot dans les réseaux.

Un vif sentiment d'appartenance, une forte culture de réseaux. C'est une spécificité du Finistère. Les clubs et réseaux ont à coeur de défendre l'avenir économique d'un territoire excentré. L'éloignement est alors un ciment.


L'identité bretonne dépasse largement les frontières. Et les entiment d'appartenance à la Bretagne permet aussi de faire du business. Témoin, les réseaux BZH-Network qui regroupent sur internet la diaspora économique bretonne, tout comme l'association des cadres bretons (ACB). Ce dernier fédère des hommes et des femmes d'affaires bretons, s'appuyant sur leurs racines pour faire des affaires et promouvoir le rayonnement de la Bretagne. Autre incontournable, le très militant Produit en Bretagne. L'orientation de ce réseau est davantage marketing et son but est de préserver l'emploi régional en incitant le consommateur à acheter breton.

Fracture entre l'Est et l'Ouest de la Bretagne
Sur un territoire excentré, l'identité finistérienne est un puissant ciment dans les clubs et les réseaux. Pour s'en sortir, il faut être uni. La promotion du département, c'est l'objet même d'Investir en Finistère. Ce réseau des plus grosses entreprises départementales, oeuvrant au développement économique exogène, a fait du dossier TGV, le symbole même de la lutte pour le désenclavement du Finistère. Les réseaux sont là pour faire porter la voix du Finistère. S'il y a trois CCI dans le département, certains réseaux (pas tous) ont joué la carte départementale. «On vit quotidiennement cette problématique entre le Nord et le Sud du Finistère», note Yann Halna du Fretay, secrétaire général de l'Union des Entreprises (Medef). Mais, selon lui, l'enjeu est ailleurs. «Le Finistère a de plus en plus de mal à se faire entendre à Rennes.» La fracture entre l'Ouest et l'Est s'accentue. Éviter les querelles de paroisse pour se fédérer, est plus que jamais d'actualité.

En novembre, un annuaire des clubs et réseaux

Tous les ans, le Journal des Entreprises du Finistère publie, en novembre, un classement des 500 premières entreprises du département. Cette année, vous y trouverez, en complément, un annuaire des clubs et réseaux du département, avec des contacts et des adresses pour réussir à la pointe de la Bretagne. Contact: 02.98.33.74.37. jde.29@lejournaldesentreprises.com

Trouver des informations qualifiées

Savoir que telle société sera rachetée par telle autre, que la tendance de développement d'un secteur s'oriente vers un nouveau marché, que le directeur d'un groupe sera bientôt muté à l'autre bout de la France... Toutes ces petites informations, utiles pour gagner du temps, circulent dans les clubs et réseaux. «On est dans le peer to peer. Ce qui est important, c'est la circulation d'informations qualifiées», analyse Liam Fauchard directeur du cabinet conseil en prospective Futurouest. Pour que le réseau soit efficace, les adhérents d'un club doivent alors jouer le jeu du transfert d'informations, sans formatage. Ces informations brutes, quelqu'un d'autre pourra s'en servir, «en faire un outil de développement ou une rencontre», poursuit Bruno Chevallier, chef d'entreprise et membre de Courants Porteurs.

Business, de branche, sur un territoire, caritatifs, sportifs, culturels, sociaux, en ligne... Les réseaux font aujourd'hui partie de la vie d'un chef d'entreprise. (Photo : Fotolia)

Le BBCA, le club business de l'Étendard de Brest (basket) en visite au château, début octobre.